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La microassurance : un nouveau champ d'intervention pour les institutions de microfinance ?


Le point sur une thématique qui prend de l'ampleur

La microassurance devient aujourd’hui un enjeu clé pour toute intervention qui prétend permettre aux populations à bas revenus d’améliorer leurs conditions de vie. Dans ce sens, de plus en plus d’IMF songent à ce type d’intervention en complément de leurs produits traditionnels d’épargne et de crédit.

Encore faut-il savoir de quoi on parle, comment procéder et quels sont les pièges à éviter pour les IMF qui veulent se lancer dans ce type d’intervention mais aussi pour les bailleurs de fonds souvent sollicités pour financer ces nouveaux programmes expérimentaux.

I. "La micro-assurance en dix questions, dix réponses"

II. Sélection de ressources télechargeables en français



I. "La microassurance en dix questions, dix réponses"

Cette "foire aux questions" vous permet d'avoir un premier aperçu sur un dossier thématique consacré au sujet qui ouvrira dans le courant de l’année.

1. Qu’est-ce que la microassurance ? Pourquoi en avons-nous besoin ?

2. Quels sont les principes fondamentaux de la microassurance ?

3. Qui offre des produits de microassurance ?

4. Qu’est-ce que l’assurance vie ? Qu’est-ce que l’assurance invalidité ?

5. Qu’est ce que l’assurance santé?

6. Qu’est ce que l’assurance des biens ?

7. Qu’est-ce que l’assurance récolte ?

8. Qu’est ce que la réassurance ?

9. Quels sont les modèles commerciaux de microassurance les plus courants ?

10. Quels sont les obstacles à la conception d’un programme de microassurance ?


II. Sélection de ressources télechargeables en français

La consultation d’une première sélection de ressources téléchargeables et en français vous permet de mieux comprendre les enjeux de la microassurance.

Le Microinsurance Focus

Microinsurance Focus est le centre de ressources en anglais du Microfinance Gateway sur la microassurance. Ce centre est principalement alimenté par les travaux menés par le groupe de travail du CGAP sur la microassurance.

Parmi les premières productions de ce groupe de travail figurent une lettre d’information trimestrielle ainsi qu’une publication intitulée «Lignes directrices préliminaires en micro-assurance, destinées aux bailleurs de fonds».

Ci-dessous les 5 premiers numéros de la lettre d’information et un résumé en français des lignes directrices.



Le Centre sur la Microassurance

microinsurancecentre.org, un site Internet en anglais spécialisé publie régulièrement en anglais des notes d’information pour tous les acteurs intéressés par la microassurance.

Ci-dessous, la version française de ces notes d’information.




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1. Qu’est-ce que la microassurance ? Pourquoi en avons-nous besoin ?

La microassurance consiste à octroyer des assurances à des ménages à faibles revenus. Ces familles pauvres sont en effet particulièrement vulnérables au risque, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles ou de risques plus communs de type maladies et accidents.

Les Institutions de microfinance (IMF) ont activement contribué à réduire cette vulnérabilité en leur octroyant des crédits leur permettant d’exploiter les activités générant un revenu. Les IMF leur proposent aussi des services d’épargne leur permettant de se constituer une réserve à utiliser éventuellement en cas d’urgence.
Cependant, ces accidents déclenchent encore toujours une crise au sein de bon nombre de ménages pauvres et érodent le profit économique qu’ils ont pu constituer grâce aux programmes de microfinance.

Les services d’épargne et de crédit ne permettent donc pas aux ménages de faire face à des risques qui se traduisent par des pertes supérieures à leurs moyens. D’où le besoin de services d’assurance complémentaires.
Aujourd’hui, les microassureurs proposent différents types d’assurance vie, maladie, invalidité, assurance sur les biens, les activités agricoles (récoltes), etc. Dans ce cadre, les ménages pauvres payent une petite prime assurant une couverture limitée en cas de pertes.

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2. Quels sont les principes fondamentaux de la microassurance ?

Les principes de base que devraient suivre les microassureurs sont les principes universels de l’assurance et de la gestion du risque. Parmi ceux-ci :

1. Catégories exposées au même niveau de risque.

Les assureurs exigent que les risques au sein d’une catégorie ou d’un groupe particulier de polices soient identiques. Un assureur vie exigera donc que les détenteurs d’une police d’assurance vie déterminée aient tous la même exposition au même risque de décès.
De même, les assureurs demandent que le groupe assuré (ou "risk pool"), soit représentatif de l'ensemble des risques de la population totale. Plus l'échantillon est grand, plus on réduit l'éventualité de sélection adverse (lorsque la proportion d'assurés présentant un risque est plus élevé que dans la population totale) et plus on augmente la probabilité que la fréquence effective des déclarations se rapproche de la fréquence retenue pour le calcul des primes.

2. Contrôle limité de l’assuré sur le risque assuré.

Aucune protection ne sera octroyée si l’assuré peut contrôler la réalisation du risque assuré. Si l’assuré peut exercer un contrôle suffisant sur la réalisation du risque, il peut alors profiter de l’assureur.
Vendre un camion assuré et déclarer qu’il a été volé, mettre le feu à une vieille maison assurée pour en construire une nouvelle avec l’argent de l’assurance, ne pas soigner correctement une chèvre qui a été assurée et augmenter ainsi le risque qu’elle meure ou tombe malade.

Tous ces exemples montrent comment l’on peut profiter de l’assureur en gonflant la valeur du sinistre par rapport à ce qui était attendu. Ces comportements sont qualifiés de "risques moraux".

3. Existence d’un intérêt assurable.

L’assurance ne peut pas être fournie à un assuré qui a un intérêt avéré à ce que la perte ait lieu. Une police d’assurance des biens sur une maison ne peut être vendue qu’aux résidents effectifs de l’immeuble assuré.

4. Les pertes sont évaluables et mesurables.

Les assureurs doivent prévoir un mécanisme de vérification de l’occurrence d’une perte, d’identification des causes et d’estimation de la valeur.

5. Les pertes ne doivent pas être généralisées.

L'assureur doit vérifier qu'il n'est pas en situation d'assurer les risques dont la probabilité de réalisation serait généralisée.

6. Le risque de pertes est calculable.

La détermination des primes d’assurance se base sur une estimation de l’importance des pertes attendues et de la probabilité de la perte.

7. Les primes sont abordables économiquement.

Généralement, pour qu’une police soit un achat attractif, le coût de la prime doit être de loin inférieur à l’avantage offert par la police.

Sources: Insurance provision for low-income communities: Part 2: initial lessons from micro-insurance experiments for the poor (2000) de Warren Brown et Craig Churchill.

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3. Qui offre des produits de microassurance ?

De par le monde, ces produits sont émis par des assureurs formels (compagnies d’assurance), des institutions de microfinance (IMF), des prestataires de services santé, des coopératives agricoles et de santé, des sociétés traditionnelles (les sociétés funéraires par exemple) et bien d’autres catégories d’institutions.

Les institutions de microfinance occupent peut-être une position unique dans le monde de la microassurance parce qu’elles reposent sur d’amples réseaux et fournissent déjà des services financiers à des clients à faibles revenus. Dans certains cas, les IMF s’associent à des compagnies d’assurance classiques et agissent alors comme agents de l’assureur formel, bien que l’assureur porte l’ensemble du risque.

Les IMF peuvent également se constituer en société en participation avec des assureurs classiques et se répartir le risque et la gestion. D’autres IMF encore considèrent que, bien qu’elles disposent de réseaux parmi les populations pauvres, elles ne jouissent pas des compétences techniques leur permettant d’offrir des services assurance.

Elles coopèrent alors avec des assureurs professionnels ayant l’expertise technique requise. FINCA International (Ouganda) a bâti un partenariat avec American International Group (AIG), compagnie d’assurance et de services financiers jouissant d’une renommée internationale.
D’autres, comme SEWA, agissent en qualité d’assureurs directs en émettant des assurances santé et des assurances des biens

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4. Qu’est-ce que l’assurance vie? Qu’est-ce que l’assurance invalidité?

L’assurance vie prévoit le versement d’une prestation aux bénéficiaires désignés, lors du décès de l’assuré. Il y a trois grands types de couverture par l’assurance vie : à terme, pour la vie entière et assurance à effet différé.

L’assurance vie à terme s’accompagne d’une couverture d’un montant fixe sur une période de temps déterminée (un, cinq, dix ou vingt ans, par exemple). Cette assurance est indiquée pour un assuré qui n’a besoin que d’une couverture temporaire. A la différence d’autres assurances vie, c’est un produit facile à gérer pour l’assureur.
C’est d’ailleurs la police d’assurance la plus commune parmi les populations à faible revenu des pays en développement.

L’assurance pour la vie entière est une police à valeur de rachat en espèce qui garantit une protection à vie. Elle n’est que très rarement souscrite sur les marchés à faibles revenus dans les pays en développement.

L’assurance à effet différé, paie la valeur nominale assurée si l’assuré décède avant une date déterminée. C’est donc une police à plus long terme que l’assurance à terme, qui n’est que très peu demandée dans les pays en développement.

L’assurance invalidité est, le plus souvent, liée aux produits d’assurance vie. Elle garantit à l’assuré et à sa famille une protection au cas où un de ces membres deviendrait invalide. Elle n’est pas très fréquente parmi les compagnies d’assurance. FINCA (Ouganda) et CARD (Philippines) sont des exemples d’IMF qui proposent une assurance invalidité à leurs clients.

Source: Adapté de Principles of Risk Management and Insurance ( ) de George Rejda.

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5. Qu’est ce que l’assurance santé?

L’assurance santé offre une couverture contre les maladies et accidents provoquant des blessures physiques. Les IMF se sont rendues compte que les frais engendrés par des problèmes de santé sont une cause importante de défaut de paiement de crédit par exemple et empêchent les personnes d’améliorer leurs conditions de vie.

Plusieurs IMF ont donc soit lancé leurs propres programmes d’assurance santé, soit dirigé leurs clients vers des programmes existants. La couverture effective varie mais, en général, les assureurs couvrent un montant limité de frais d’hospitalisation pour une maladie ainsi que le prix des consultations médicales et des médicaments.

Certains assureurs fournissent également des services de premiers soins : vaccination et contraception par exemple.

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6. Qu’est ce que l’assurance des biens ?

Ce type d’assurance apporte une couverture contre la perte d’un bien ou pour un dommage occasionné à un bien. Ce type d’assurance pose difficulté car il faut vérifier l’étendue du dommage et déterminer si, oui ou non, la perte est effective. Pour la majorité des IMF, il est ardu de se prémunir contre ce risque moral.

Cependant, certaines d’entre elles émettent ce genre d’assurance. Parmi elles, SEWA (Inde), assure contre des dommages occasionnés à une habitation ou à l’actif productif. Grameen Bank (Bangladesh) offre à ses clients des assurances couvrant la mort du bétail et COLUMNA (Guatemala) assure contre les dégâts du feu.

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7. Qu’est-ce que l’assurance récolte ?

L’assurance récolte garantit à l’assuré une protection au cas où il verrait ses récoltes détruites par une catastrophe naturelle telle qu’une inondation ou une sécheresse. Les expériences d’assurances récolte dans les pays en développement et même dans les pays développés, ont eu des résultats variables.

Dans les années 70 et 80, pour augmenter la capacité des agriculteurs à rembourser les prêts octroyés par les banques agricoles de développement, nombreux sont les gouvernements qui ont mis sur pied des programmes d’assurance récolte.
Ceux-ci proposaient un remboursement du prêt et, à l’occasion, un supplément de revenus aux agriculteurs dont la production était en deçà du plancher fixé.

Ce type de programme fut lancé dans des pays aussi différents que le Brésil, l’Inde, les Philippines et les USA et, dans tous les pays, les résultats furent désastreux vu que les frais (administratifs et de plaintes) dépassaient de loin les rentrées. Parmi les causes d’échec de l’assurance récolte, citons : la faiblesse du programme, le risque covariant (généralisé) caractéristique des agricultures très soumises à la pluviomètrie et, dans certains cas, des catastrophes naturelles désastreuses qui n’avaient pas été prévues.

Source: Insurance provision for low-income communities: Part 2: initial lessons from micro-insurance experiments for the poor (2000) de Warren Brown et Craig Churchill.

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8. Qu’est ce que la réassurance ?

La réassurance est le transfert de tout ou partie de l’assurance originale d’un assureur à un autre. Elle est au cœur des opérations de tout assureur commercial.

La réassurance réduit l’exposition au risque d’un assureur et est une source utile de financement et d’expérience actuarielle. Cette pratique peut servir à stabiliser les bénéfices contre de fortes fluctuations des résultats financiers d’une année à l’autre.
Elle permet aux petits assureurs de partager le risque avec d’autres opérateurs situés dans d’autres régions ou à l’étranger en créant des pools de risques suffisamment importants, grâce à la mutualisation du risque de nombreux assureurs.

Malgré ses avantages incontestables, la réassurance est très peu présente en microfinance alors qu’elle permettrait de stimuler le développement de microassureurs aussi bien que la croissance des opérateurs existants.
FINCA International (Ouganda) est une de ces IMF qui pratique la réassurance dans le cadre d’un partenariat conclu avec American International Group (AIG), en vue de fournir à ses clients des assurances vie et invalidité.

Sources: Adapté de Principles of Risk Management and Insurance (2000) de George Rejda. Et de Insurance provision for low-income communities: Part 2: initial lessons from micro-insurance experiments for the poor (2000) de Warren Brown et Craig Churchill.

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9. Quels sont les modèles commerciaux de microassurance les plus courants ?

Il existe quatre modèles de fourniture de services d’assurance aux pauvres.
  • Dans le modèle partenaire/agent, les assureurs et IMF s’associent pour profiter mutuellement de leurs avantages comparatifs. Les assureurs bénéficient des mécanismes de fourniture efficaces des IMF qui apportent les ventes et des services de base à leurs clients.

    Quant aux IMF, grâce au partenariat, elles peuvent assurer leurs clients sans encourir de risque et en limitant la charge administrative. FINCA International (Ouganda) a conclu un tel partenariat avec American International Group (AIG) pour fournir des assurances à ses clients.
  • Dans le modèle dit communautaire (ou mutualiste), les assurés sont eux-mêmes propriétaires et gestionnaires du programme d’assurance. Ce modèle est utilisé principalement dans l’assurance santé. Ce sont les membres qui conçoivent les produits, les développent et les vendent. Ils négocient également avec les prestataires de soins de santé extérieurs.

    UMASIDA en Tanzanie est l'un de ces modèles.
  • Le modèle ‘Tous services’ est comparable au modèle appliqué par les assureurs du secteur formel dans lequel le fournisseur est seul responsable de toutes les étapes allant de la conception des produits, leur vente et la fourniture de services jusqu’à l’examen des déclarations de sinistre.

    L’assureur est pleinement responsable de tous les coûts et pertes liés à l’assurance mais est, par ailleurs, le seul bénéficiaire de tous les profits. SEWA, en Inde, correspond à ce modèle de fournisseur ‘tous services’.
  • Dans le modèle fournisseur, fournisseur et assureur font un. Ce modèle est, comme le modèle communautaire, plus courant dans le secteur de la santé où hôpitaux et médecins proposent des polices d’assurance à des individus ou à des groupes.
    Gonoshatsasthya Kendra, au Bangladesh, suit ce modèle.

    Source: Adapté de Health care microinsurance - case studies from Uganda, Tanzania, India and Cambodia (2000) Michael McCord


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10. Quels sont les obstacles à la conception d’un programme de microassurance ?

Plusieurs obstacles rendent la conception d’un programme de microassurance sain compliqué. L’assurance est un domaine complexe qui exige un certain degré de compétence technique que la plupart des IMF ne possèdent pas. C’est la raison pour laquelle nombre d’IMF mettent sur pieds des partenariats avec des sociétés d’assurance formelles qui jouissent, elles, de cette expérience technique.

Les services aux pauvres restent, malgré tout, un défi. Dans les régions pauvres, la demande est souvent ténue à cause des primes régulières exigées des assurés. C’est souvent par essai-erreur que les institutions en arrivent au bon équilibre entre prix et services, ce qui prend du temps, exige des efforts et des compétences.

En outre, les assureurs trouvent qu’il est difficile d’opérer dans des régions fréquemment frappées par des catastrophes naturelles de très grande ampleur. Le risque moral et la sélection adverse sont deux autres risques qui rendent ce type de transactions difficiles.

Le risque moral découle de ce que des individus tirent avantage de l’assureur et surestiment sciemment leurs biens pour faire ensuite une déclaration de sinistre qu’eux-mêmes ont contribué à provoquer.

La sélection adverse arrive lorsque tous les individus souscrivant à une police d’assurance risquent d’encourir les mêmes dommages. Ils font augmenter les coûts des annuités.

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