À l’heure où les populations les plus touchées par le tsunami dévastateur qui a récemment frappé l’Asie entreprennent courageusement de reconstruire leurs vies, les institutions de microfinancement (IMF) peuvent jouer un rôle considérable pour assurer le retour à la normale. Dès le lendemain de la tragédie, elles n’ont cessé de fournir et de coordonner des secours d’urgence, et quelques-unes commencent à aider les collectivités locales à reconstruire les habitations et à reprendre une activité économique.
Les directives qui suivent ont pour objet d’aider les IMF à apporter à leurs clients une assistance adaptée sous des formes diverses (secours d’urgence ou appui à plus long terme) et de guider l’action de ces institutions et des bailleurs de fonds pour que leur mission fondamentale – assurer durablement des services financiers – ne soit pas compromise. Veuillez contacter le CGAP par courriel (cgap@worldbank.org) ou télécopie (1-202-522-3744) pour communiquer des informations sur les activités de votre institution et les difficultés auxquelles vous être confrontés. Nous serons heureux de vous fournir des conseils techniques concernant les directives énoncées ci-dessous, et de vous communiquer le nom des personnes à contacter auprès des organismes de secours.
Principes fondamentaux pour les IMF
Maintenir l’engagement d’assurer des opérations viables. Dans la mesure du possible, les IMF doivent collaborer avec les organismes et les bailleurs de fonds spécialisés dans les secours d’urgence, plutôt qu’intervenir directement. En l’absence d’organismes spécialisés, les IMF présentes sur place doivent souvent assurer des secours d’urgence immédiatement après les catastrophes, mais cette assistance doit être apportée sur une période bien définie et être suivie d’un retour aux opérations de prêts non bonifiés dans les phases de remise en état et de reconstruction.Adapter les solutions aux besoins des clients. Il se peut que certains clients aient été gravement atteints par le tsunami, d’autres moins, et quelques uns, mieux lotis, pas du tout. Les IMF doivent pouvoir proposer à chaque ménage une gamme appropriée de services en fonction de sa situation. En ce qui concerne les plus touchés, une intervention d’urgence sera plus adaptée, dans un premier temps, que des services financiers. Pour que cette formule sur mesure fonctionne, le personnel doit avoir les compétences nécessaires pour évaluer la situation et le pouvoir de prendre des décisions sur le champ. Cette approche doit permettre aux IMF d’utiliser des ressources limitées de manière plus efficace que si les mêmes règles s’appliquaient à l’ensemble de la clientèle, et garantir que le personnel reste en contact avec les clients pendant toute la période de reprise de l’activité. Il conviendra de définir des critères précis sur lesquels les chargés de prêts pourront fonder leurs décisions de réaménager des prêts et d’accorder des dons.
Être réaliste quant au rôle des IMF. Les IMF doivent déterminer dans quel domaine elles peuvent apporter l’aide la plus efficace en cas de catastrophe, et éviter de s’engager dans des opérations outrepassant leurs compétences et leur mission. Les plus petites ne disposent peut-être pas des liquidités, des moyens ou de systèmes informatiques assez souples pour gérer des opérations de secours et fournir les prêts à moyen terme nécessaires à la reconstruction d’actifs qui, comme les habitations, ne produisent pas de revenus monétaires réguliers. Dans ce cas, des partenariats avec des banques commerciales, voire avec d’autres IMF, peuvent être envisagés.
Directives à l’intention des IMF
- Opérations de secours. La participation des IMF aux interventions de secours doit généralement se borner à localiser les clients, à mettre ces personnes et d’autres membres de la collectivité en rapport avec les opérations en cours ou à assurer leur transport sur les lieux où ils peuvent recevoir une assistance. Les agents sur place des IMF peuvent cependant jouer un rôle crucial de diffusion de messages de santé publique, en rappelant l’importance de ne consommer que de l’eau potable, par exemple. La coordination avec les organismes de secours est essentielle. Lorsque ces organismes font défaut, une IMF peut conduire des opérations de secours à titre temporaire, mais elle doit faire en sorte que ses clients comprennent bien que sa mission consiste avant tout à fournir des services financiers. Les IMF peuvent renforcer ce message par des signaux visuels, par exemple en faisant porter à leurs employés des chemises spéciales d’« intervention d’urgence » pendant les opérations de secours. Il leur faut également gérer séparément les fonds destinés aux secours et les fonds opérationnels de microcrédit, de manière à pouvoir assurer un suivi exact des dépenses effectuées au titre des secours, présenter des écritures comptables aux bailleurs de fonds et éventuellement obtenir le remboursement de ces dépenses.
- Gestion de l’épargne des clients. Les IMF doivent lever les obligations d’épargne dans les succursales atteintes par la catastrophe jusqu’à ce que la phase d’urgence soit terminée et que les clients abordent la phase de reconstruction. Elles pourront ainsi reconstruire les succursales, localiser leurs clients et veiller à ce que ceux-ci conservent autant de liquidités que possible pour surmonter la crise. Lorsque les IMF envisagent d’ouvrir les comptes de dépôt pour que les clients puissent effectuer des retraits, elles doivent prendre en considération la position de liquidité de ces derniers, ainsi que toute promesse qui leur aurait été préalablement faite quant à la disponibilité de leur épargne durant les situations d’urgence.
- Restructuration des prêts. La restructuration des prêts au cas par cas peut aider les IMF à éviter des pertes et des défaillances sur leur portefeuille de prêts, et garantir que les ménages les plus durement touchés conservent toutes les liquidités encaissées. Cette démarche est également susceptible de renforcer la confiance et la loyauté envers les IMF en temps de crise. Celles-ci peuvent généralement proposer deux solutions à leurs clients : maintenir le remboursement des intérêts et reporter celui du principal, ou interrompre la comptabilisation des intérêts jusqu’à la reprise des remboursements du principal. Dans des cas exceptionnellement graves, elles peuvent envisager d’annuler des prêts, mais doivent veiller à ne pas transmettre de message erroné à la collectivité. Les IMF établies de longue date enregistreront probablement un meilleur taux de remboursement sur les prêts restructurés que celles dont les relations avec la clientèle sont plus récentes. Les programmes de création récente devront donc peut-être prendre d’autres mesures pour renforcer la loyauté de leurs clients, par exemple rester en contact permanent avec eux.
- Prêts à la reconstruction. Les prêts à la reconstruction sont les plus efficaces une fois que la phase d’urgence est passée et que le personnel des IMF peut évaluer les dommages matériels et la solvabilité des clients. Les remboursements doivent faire l’objet d’un suivi attentif, surtout si les prêts sont destinés à financer des travaux de construction (habitations ou latrines) qui ne produisent pas de revenu monétaire régulier. Les prêts visant à financer des « actifs de remplacement » portent souvent sur des montants tels, que l’emprunteur est contraint de contracter par ailleurs trois ou quatre prêts destinés à financer des activités qui lui procurent des revenus suffisants pour rembourser le prêt à la reconstruction.
- Implantation dans de nouvelles régions. Les IMF qui envisagent d’aller dans des zones non desservies pour offrir une assistance financière d’urgence doivent soigneusement planifier leur implantation à long terme dans ces régions. Des clients ignorants des taux commerciaux qu’elles pratiquent et de leur engagement dans la durée risquent de voir en elles, dans un premier temps, de nouveaux organismes de secours ou des programmes temporaires mis en place par des bailleurs de fonds. Si elles veulent pouvoir passer d’une aide financière sous forme de prêts ou de dons d’urgence à des opérations à plus long terme fondées sur le recouvrement des coûts, les IMF devront éventuellement projeter une autre image d’elles-mêmes pendant la phase de secours. Il est essentiel qu’elles aient recours à des signes visuels (voir le paragraphe « Opérations de secours ») et qu’elles expliquent clairement aux clients leur mission première.
- Gestion des déclarations de sinistre. Il conviendra de traiter les déclarations de sinistre dans les meilleurs délais pour permettre aux clients d’obtenir des liquidités d’urgence. Il faudra veiller à écarter les déclarations fallacieuses et à garantir la viabilité à long terme du programme de microassurance. Des prêts d’urgence pourront être consentis sur la base des déclarations de sinistre approuvées au cas où les décaissements se feraient attendre.
Assistance des bailleurs de fonds
Les bailleurs de fonds doivent bien appréhender les choix qui s’offrent aux IMF dans le cadre d’activités consécutives aux catastrophes, ainsi que les contraintes liées à ces choix. En règle générale, ils doivent :- S’adapter aux réalités locales. Cela semble évident mais, dans bon nombre de collectivités, le succès des opérations de microfinancement repose sur une confiance durement acquise entre le créancier et son client. Cette confiance permet aux chargés de prêt de maintenir des taux de remboursement élevés, et aux institutions d’appliquer des taux d’intérêt suffisants pour couvrir leurs coûts. Or, ces pratiques peuvent s’avérer totalement inadaptées face à une catastrophe. En travaillant en coopération avec les parties prenantes locales – responsables communautaires, praticiens du microcrédit, organisations non gouvernementales et autres organismes – les bailleurs de fonds peuvent aider les institutions de microfinancement à concilier les besoins immédiats de la collectivité qu’elles servent et la nécessité à long terme de demeurer viables.
- Veiller à la séparation entre opérations de secours et microfinancement. Les IMF ne sont pas des organismes de secours. Si l’urgence de la situation contraint parfois certaines d’entre elles à conduire des interventions de secours dans la phase suivant immédiatement une catastrophe, les bailleurs doivent veiller à séparer ces opérations des activités de microcrédit dans les plus brefs délais. Il faut éviter que les clients reçoivent des messages brouillés, afin de ne pas porter préjudice à la culture du crédit.
- S’en tenir aux bonnes pratiques de microfinancement. Les bailleurs de fonds et leurs partenaires doivent cerner les besoins des clients et déterminer si ceux-ci peuvent recourir à des services financiers. Lorsque c’est le cas, les bailleurs doivent encourager les institutions de microcrédit à restructurer les prêts plutôt que renoncer à leur remboursement. Si les IMF sont encouragées à renoncer à ces remboursements ou à avoir une fonction de filet de protection sociale, il n’en sera que plus difficile pour elles d’opérer durablement – et d’atteindre une clientèle plus nombreuse – lorsque la phase de secours cèdera la place aux phases de reconstruction, puis de développement.
- Éviter de fixer des objectifs de décaissements. Les bailleurs de fonds doivent éviter de fixer aux institutions de microfinancement un objectif chiffré en termes de « clients servis » ; en effet, une telle démarche pourrait encourager certaines IMF à accepter des clients incapables de rembourser leur dette, ce qui ferait autant de tort aux clients qu’aux institutions et atténuerait les effets à long terme du microfinancement.










