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Les performances financières contre-balancées par les performances sociales : zoom sur l’initiative « Social Performance Indicators - SPI »

d'après Cerise : Comité d’échanges, de réflexion et d’informations sur les systèmes d’épargne et de crédit

Qu’est-ce que les performances sociales ? Comment les mesurer ? Quelle est leur place aujourd’hui en microfinance ?

Les performances sociales : une préoccupation grandissante au niveau mondial

A l’heure actuelle, de nombreux constats alimentent les réflexions conduisant à s’interroger sur la mesure des performances sociales, au niveau macro-économique ou au niveau des organisations :
  • face à la globalisation et les risques sur les inégalités, quelles sont les conséquences des activités économiques ?
  • dans l’économie globale, sans frontière, quelle structure de gouvernance pourrait inciter les organisations à développer des activités dont les résultats soient bénéfiques socialement, pour l’environnement aussi bien qu’économiquement ?
Face aux problèmes de gouvernance des entreprises, les investisseurs et les autres parties prenantes attendent de plus en plus le respect de standards en termes d’éthique et de transparence, les entreprises sont plus clairement exposées aux attentes des clients et des consommateurs, eux-mêmes soutenus par une couverture médiatique croissante, en ce qui concerne leur contribution au développement durable.

Ainsi, des incitations et des exigences des gouvernements se développent rapidement, qui élargissent le champ du reporting financier conventionnel pour inclure des informations non financières. Encouragés en partie par la demande croissante de fonds sociaux et de fonds éthiques parmi les investisseurs institutionnels et les individus, de nouveaux indices « socialement responsables » apparaissent chaque année (voir Global Reporting Initiative , 2002).

En microfinance : les performances financières contre-balancées par les performances sociales

Les financeurs et les promoteurs de la microfinance constatent eux aussi qu’il existe maintenant des outils pour suivre les performances financières des IMF, mais, au-delà des déclarations d’intentions, il est difficile de suivre les réalisations sociales : quelle est la population réellement touchée ? quelle est la place de la microfinance comme outil de lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion sociale ?

Le thème prend de l’importance si l’on se réfère au 11e principe de la microfinance adopté par les leaders du G8 en juin 2004, qui donne un poids égal aux indicateurs et suivi des performances sociales et aux indicateurs financiers.

Différentes initatives sont en cours, qui développent des approches et des outils sur la mesure et le renforcement des performances sociales en microfinance Les trois plus avancées à ce stade sont celles du réseau ImpAct, celle du CGAP et celle conduite par Cerise dite "initiative SPI".

L’initiative SPI (Social Performance Indicators)

Contexte

Depuis 2002, le réseau CERISE est associé à différents partenaires en Europe (dont la Fondation Argidius, l’Université de Göttingen et la Coopération Suisse), aux Etats-Unis (CGAP) et dans les pays du Sud (un ensemble d’IMF) pour travailler sur la définition d’un outil de mesure des performances sociales. Aujourd’hui, après une phase de test extensive auprès d’une vingtaine d’IMF en Afrique, Asie, Amérique latine et Europe, un questionnaire a été actualisé et des résultats sont ébauchés en termes de mesure des performances sociales.

Une rencontre a eu lieu en mars dernier à Paris réunissant les membres du comité d’organisation ainsi que les IMF ayant testé le questionnaire pour discuter de l’intérêt, des limites et des suites à donner pour de tels outils en présentant les expériences de divers partenaires et en entrant dans le détail du questionnaire et de ses indicateurs.

Cadre d’analyse de l’outil SPI : performance versus Impact, performance sociale et ciblage des pauvres

Le fonctionnement d’une organisation suit une chaîne logique entre les intentions – actions – effets. On définit les performances d’une institution comme les résultats obtenus à chaque maillon de la chaîne.

L’impact, qui traduit les changements sur les clients (et non clients) attribuables à l’action de l’IMF, se situe en bout de chaîne, comme élément final des performances globales.
Parce que l’impact en microfinance est difficile à mesurer, l’initiative SPI se concentre plutôt sur l’évaluation des intentions, des actions et des mesures correctives mises en place par les IMF dans le domaine social : Dans quelles mesures l’IMF se donne-t-elle les moyens d’atteindre les objectifs sociaux qu’elle s’est fixés ?

En outre, l’initiative SPI a voulu élargir le cadre d’analyse des performances sociales qui ne peut être réduit au ciblage des pauvres. La lutte contre la pauvreté est l’un des objectifs des IMF, mais elles peuvent aussi être concernées par l’exclusion en général (place des femmes, des illettrés, des ruraux, des travailleurs précaires, etc.) et par le souci de renforcer la cohésion et le capital social de leurs clients et de la communauté dans laquelle elles travaillent.

Le questionnaire mis au point dans le cadre de cette initiative se décline alors autour de quatre dimensions considérées comme révélatrices des performances sociales en microfinance :
  • Dimension 1 : Ciblage des pauvres et des exclus
  • Dimension 2 : Adaptation des services et des produits à la population cible
  • Dimension 3 : Amélioration du capital social et du capital politique des clients
  • Dimension 4 : Responsabilité sociale de l’institution
L’initiative SPI a pour ambition d’aboutir à la mise au point d’un outil simple de reporting des performances sociales, utilisable sur une base régulière par les IMF pour s’auto-évaluer (tous les ans par exemple), accepté par l’ensemble du secteur et qui peut être audité de l’extérieur.

Par comparaison, l’initiative du CGAP se concentre davantage sur l’évaluation de la pauvreté et les changements des conditions de vie des clients, en lien avec les Objectifs de Développement du Millénaire. L’initiative du programme Imp-Act, quant à elle, porte sur la mise en place, au sein des IMF, d’outils quantitatifs et qualitatifs visant à aider les IMF à améliorer leurs performances sociales.

Les résultats de la réunion SPI de mars 2005

L’enthousiasme des IMFs du Sud est remarquable. Pour chaque IMF présente au séminaire, la participation dans l’initiative SPI et l’utilisation de « l’outil CERISE » a été l’occasion de mettre en œuvre un processus de réflexion et de discussion sur les performances sociales au sein de l’IMF, même s’il n’y avait pas toujours une adéquation parfaite entre les questions soulevées dans le questionnaire et la situation locale.

Des faiblesses subsistent dans la définition de certains indicateurs et dans le système de notation. Elles devront être traitées dans les étapes suivantes du processus d’affinement de l’outil.
En particulier, une question en suspens reste celle de l’applicabilité du questionnaire à ce stade pour la notation (rating) et le “benchmarking”. Les notations et les indicateurs n’étant pas largement partagés et acceptés dans le secteur de la microfinance, le travail qui peut être fait sur le Rating ne peut être que sous forme de test en vue de l’amélioration de l’outil.
Dans ce sens, un parallèle peut être fait avec le processus d’élaboration des normes de performance financière dans le secteur. Il a fallu plusieurs années avant que soit atteint un consensus sur ces indicateurs.

En même temps, la demande est forte, à la fois de la part des IMF et des bailleurs ou investisseurs, pour avoir des outils qui permettent la comparaison et le suivi dans le temps des évolutions d’une institution. Le travail de test et d’amélioration doit donc être poursuivi.

Perspectives

La création d’un « centre de ressource SPI » est envisagée, pour permettre de collecter les résultats des tests réalisés à partir de la nouvelle version du questionnaire, d’améliorer progressivement l’outil et de faire sa promotion auprès de l’ensemble des acteurs du secteur.
Des phases d’échanges et de promotion de l’outil sont d’ores et déjà envisagées par continent.
Il est également prévu un renforcement des liens avec les autres initiatives en cours de définition ou promotion des performances sociales.

Pour plus d’informations sur l’initiative SPI, vous pouvez consultez le site de Cerise (où les derniers documents seront prochainement disponibles) ou contacter directement le réseau : cerise@globenet.org Par ailleurs un dossier thématique sur l’impact et les performances sociales est prévu prochainement sur ce Portail.

Plan du questionnaire SPI

La dernière version du questionnaire complet sera en téléchargement sur le site de Cerise courant mai. La nouvelle version de cet outil sera également disponible en français.

Le questionnaire se compose de trois parties :
  • Première partie: le contexte et la stratégie sociale de l’IMF
  • Deuxième partie: les indicateurs de performance sociale
  • Troisième partie: le lien avec les performances financières

Première partie : contexte de l’IMF et stratégie sociale de l’IMF

La première partie est fondée sur des discussions et déclarations sur le management/gestion et permet de mieux comprendre la stratégie, la logique et l’évolution de l’IMF en terme d’objectifs sociaux.
Elle doit aider à replacer les indicateurs de performance sociale - collectés dans la seconde partie- dans un contexte historique, géographique et socio-économique et faciliter ainsi l’interprétation de la seconde partie du questionnaire.

Elle suit le plan suivant :
  1. Histoire de l’IMF, valeurs et mission sociale
    L’IMF peut-elle dire que la culture de la performance sociale est forte, à tous les niveaux de l’institution ?
    Comment la direction de l’IMF fait-elle pour atteindre sa mission sociale ?
    Viabilité financière : Comment la direction de l’IMF classerait-elle les objectifs de viabilité financière ?
  2. Stratégie sociale de l’IMF
    Quelle est la stratégie de l’IMF vis à vis des quatre dimensions du questionnaire sur les performances sociales ?
  3. Principaux objectifs sociaux de l’IMF
    Pour l’IMF, quel serait le classement, des quatre dimensions, en terme d’objectifs sociaux visés ? 1. Ce n’est pas un objectif, 2. Objectif mineur, 3. Objectif important, 4. Objectif majeur

Deuxième partie : les indicateurs selon 4 dimensions

Dimension 1 : ciblage des pauvres et des exclus

Les IMF cherchent généralement à atteindre une population exclue du système financier commercial. Des IMF peuvent avoir l’objectif de cibler des populations exclues socialement ou des pauvres, ou simplement elles offrent des services financiers dans une région où le système bancaire est absent ou à des personnes rejetées par le système bancaire (mais qui ne sont pas nécessairement pauvres ou socialement exclues)

Les questions portent sur la stratégie de ciblage de l’IMF (ciblage géographique, individuel ou par la méthodologie de prêts) et les résultats de la stratégie de ciblage.

Dimension 2 : Adaptation des services et des produits aux clients cibles

Il ne suffit pas de décider de viser une population cible. Les services de microfinance sont trop souvent standardisés. L’IMF doit étudier la population cible et travailler sur l’élaboration de ses services financiers pour qu’ils puissent être adaptés aux besoins des clients.

Les questions portent sur la diversité des services, la qualité de ces services (rapidité, proximité, transparence, adaptation aux besoins) et l’accès à des services non financiers (politique volontariste ou non de l’IMF dans ce domaine).

Dimension 3 : Amélioration du capital social et du capital politique des clients

Pour l’IMF, la confiance entre l’IMF et le client peut réduire les coûts de transaction et améliorer le taux de remboursement. Cela peut favoriser l’action collective et réduire les comportements de « cavalier seul » , les comportements opportunistes, et réduire les risques. Pour les clients, renforcer leur capital social et politique peut renforcer leur organisation sociale (action collective, partage de l’information, lobbying,…) et la confiance en soi pour faciliter leur développement économique et social.

Les questions portent sur la confiance et le partage d’informations de l’IMF avec les clients, la participation de ceux-ci dans les instances de décision de l’IMF et enfin les actions de l’IMF dans le domaine du renforcement du capital social de ses clients.

Dimension 4 : Responsabilité sociale

Une conscience sociale est nécessaire pour constituer un comportement responsable socialement. La responsabilité sociale demande une politique de ressources humaines adéquate, une adaptation de la culture de l’IMF au contexte culturel et socio-économique, une responsabilité sociale envers ses clients et envers la communauté dans laquelle elle évolue.

Les questions portent essentiellement sur la politique de ressources humaines de l’IMF, les actions de l’IMF qui sont l’expression d’une responsabilité sociale vis à vis de ses clients (études d’impact, etc.), ou vis à vis de la communauté (réinvestissement dans des services à la communauté par exemple).

Troisième partie : liens entre performances sociales et performances financières

Cette dernière partie aide à mettre en relation les éléments de performance sociale avec ceux liés à la performance financière et institutionnelle de l’IMF.

Pour en savoir plus sur les performances sociales en microfinance

Sites internet

  • Cerise
    Accès au site : www.cerise-microfinance.org
    Accès à la page :Impact et performances sociales
    Sont en téléchargement le questionnaire (permière version) ainsi que l’ensemble des documents de travail disponibles (pour l’instant en anglais). Le site proposera prochainement la nouvelle version du questionnaire en particulier en français ainsi que les compte-rendus et textes des interventions de la rencontre de mars 2005.

  • CGAP
    Accès au site : www.cgap.org
    Accès à l’outil d’évaluation de la pauvreté en français


  • Réseau Imp-ACT
    Accès au site : http://www.imp-act.org/
    Accès direct à la page « managing social performance »
    Cette page comprend notamment en téléchargement un guide en anglais sur la manière de gérer les performances sociales au sein de son organisation.

  • Forum finances solidaires de la Fondation pour le Progrès de l’Homme (FPH)
    Plusieurs rencontres avec la FPH sur Microfinance et liens sociaux ont réuni des opérateurs et des réseaux d'IMF venant d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et d'Europe et qui partagent tous une préoccupation pour des approches sociales de la microfinance.
    Accès au site « finances solidaires » : http://finsol.socioeco.org/

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