Plusieurs raisons à ces préoccupations récentes :
- la priorité donnée aux performances financières justifiée par la volonté de pérenniser l’accès aux services financiers éloigne parfois les IMF de leur mission sociale initiale. On observe dans certains cas des dérives et crises, telles que des glissements de cible ou encore le surendettement des clients.
- Le mouvement actuel de privatisation de la microfinance avec une implication accrue de banques et financeurs privés, comme condition du changement d'échelle de la microfinance, pose la question du devenir des performances sociales dans ce contexte.
- La microfinance est trop souvent présentée comme un outil miracle de lutte contre la pauvreté et beaucoup de critiques s'élèvent aujourd'hui face au décalage entre ses effets attendus très nombreux et ses effets réels.
En réponse à ces évolutions, le secteur de la microfinance réagit et se dote progressivement d'un cadre conceptuel et d'outils de mesure qui permettent de donner une vision objective des performances sociales.
Plusieurs initiatives se sont ainsi développées en parallèle ces dernières années, parmi lesquelles :
- les différents outils d'évaluation de la pauvreté :
- « Outil d’évaluation de la pauvreté en microfinance » du CGAP
- « Progress out of Poverty PPI » de la Grameen Foundation,
- Travaux d’IRIS (en anglais) avec l’USAID, qui mesurent quels clients les IMF touchent réellement
- « Outil d’évaluation de la pauvreté en microfinance » du CGAP
- L'outil de mesure des performances sociales (SPI) développé par le réseau CERISE en lien avec un ensemble de praticiens du Nord et du Sud et qui est destiné à apprécier la pertinence et l’efficacité des actions et des moyens que l’institution consacre à ses objectifs sociaux. La mise au point de cet outil a permis pour la première fois la formulation d'un cadre conceptuel des performances sociales
- L'outil de gestion des performances sociales (SPM), développé par le Consortium Imp-Act et qui vise à accompagner les IMF dans l'amélioration de leur impact social.
Devant le développement de ces initiatives, un travail d'échanges et de coordination a été jugé souhaitable à la progression de l'ensemble du secteur. Deux groupes de travail ont ainsi été initiés, en 2005 : le premier (Social Performance Task Force) réunit un ensemble d'acteurs intéressés par les performances sociales dans la microfinance (praticiens, chercheurs, bailleurs de fonds, investisseurs, agences de notation) et vise à développer les échanges sur le sujet. Le second, organisé par les bailleurs de fonds (CGAP Donor Working Group on Social Performance) doit renforcer la coordination de ces derniers autour de la prise en compte des performances sociales et travailler sur un étalonnage (benchmarking) d'indicateurs.
Ces groupes de travail ont abouti à une définition commune des performances sociales en microfinance. Cette définition élargit le concept de performance sociale au-delà du simple ciblage des pauvres pour intégrer les notions de responsabilité sociale et de développement des "capabilities".
Les concepts d’impact et de performances sociales La confrontation en mars 2005 à Paris des approches de différentes initiatives travaillant sur les performances sociales, a conduit à l’élaboration d’un cadre commun sur l’impact et les performances sociales. Chaîne d’activité d’une IMF Le fonctionnement d’une IMF suit une chaîne logique : « intention/mission => action => effet/impact » On définit les performances globales d’une institution comme les résultats obtenus à chacune de ces étapes en fonction de l’impact recherché et des moyens mis en œuvre par l’IMF pour atteindre ses objectifs. Les performances globales peuvent se décliner en performances économiques et financières et en performances sociales. Sur la base de cette chaîne, on peut distinguer l’organisation interne de l’institution (principes et action, en amont de la chaîne) et les effets, en bout de chaîne, sur l’environnement de l’IMF (clients, non clients, communauté locale, etc.). L’impact et sa mesure L’impact est généralement défini comme l’ensemble des changements attribuables à l’action de l’IMF, souhaités ou non. Il porte sur le client, le groupe auquel il appartient (famille, communauté) et son environnement socio-économique. L’impact se situe en bout de la chaîne d’activité d’une IMF, comme élément final des performances globales. L’analyse de l’impact consiste à comprendre, mesurer et évaluer les effets d’une action. Elle nécessite des informations externes à l’IMF (situation des clients, des non clients, de la communauté, etc.). |
Le cadre conceptuel développé par Cerise et repris dans le cadre de la Social Performance Task Force Le questionnaire d'évaluation des performances sociales SPI-CERISE est construit autour de quatre grandes dimensions des performances sociales :
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La Social Performance Task Force (SPTF) vient de se réunir pour la 5° fois les 10-11 et 12 juin 2007 à Paris et a regroupé une soixantaine de participants. Le cadre conceptuel des performances sociales étant globalement admis, les enjeux se situent aujourd'hui en aval. En voici les principaux :
- Les efforts se concentrent sur la sensibilisation et la promotion des performances sociales auprès des IMF. Deux réseaux travaillent principalement à la diffusion d'outils de mesure et gestion des performances sociales : l'alliance PROSPERA, issue du groupe de travail initié par CERISE et qui organise en Afrique, Asie et Amérique Latine divers séminaires à destination des IMF sur la mesure des performances sociales. PROSPERA (PROmotion of Social PERformance – l’Alliance des praticiens) propose également d'accompagner les IMF qui le souhaitent dans l'application de l'outil d'évaluation SPI, le suivi du profil de leurs clients, le lien avec les indicateurs sociaux du MIX et dans l'amélioration de leurs performances sociales. Imp-Act réalise un travail similaire avec ses propres outils dans les pays du Sud, et de l'Est.
- Le MIX, en collaboration avec la SPTF, travaille depuis plus d’un an à la mise au point de critères de suivi des performances sociales au même titre que les IMF suivent des critères de performances financières. Ce travail se fait en lien étroit avec les praticiens et se construit de façon progressive car il faut du temps pour que l'ensemble des acteurs s'accordent sur des indicateurs communs à intégrer désormais dans leur système d'information. Beaucoup de questions se posent ainsi sur la contrainte de comparabilité et de standardisation des indicateurs (ex. l'approche de l'exclusion en fonction d'un seuil monétaire de pauvreté peut ne pas correspondre à tous les contextes), sur la définition de certains indicateurs (il faut qu'elle soit irréprochable), sur la difficulté de reporting des IMF qui ne sont pas encore préparées à cela. Voir le Mix pour l'état du travail et des discussions en cours.
- Les trois principales agences de rating (PlanetRating, M-Cril, Microfinanza Rating) testent depuis 2 ans la mise en point d'une notation sociale en parallèle de leur dispositif de notation plus classique. Sous l'égide de la SPTF, elles travaillent à l'adoption d'un cadre de travail commun, même si chacune des agences a mis au point ses propres outils d'évaluation, en s’inspirant en particulier de l’outil SPI-CERISE. Après une période de test de leur outil, chacune d'elles semble maintenant en mesure de répliquer leur système de notation sociale. D'autres travaux sont à venir et concernent par exemple l'élaboration, à l'initiative du CGAP, d'un guide méthodologique de référence sur la mesure, le reporting, l'audit et la notation des performances sociales pour aider les IMF à se situer parmi les nombreuses initiatives en cours et à mieux prendre en compte les performances sociales dans leurs activités.
En conclusion, si l'on veut éviter que la mesure des performances sociales ne soit qu'un effet de mode, il faut se donner les moyens que les IMF puissent intégrer ces outils et ces démarches dans leur quotidien, il faut que ces outils soient reconnus par l'ensemble des acteurs du secteur et il faut pouvoir illustrer et prouver la valeur ajoutée de ces approches.
Pour en savoir plus :
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