DEBAT. Le pape du microcrédit, Prix Nobel de la paix 2006, accuse des fonds d'investissement de chercher le profit avant tout. Le professeur Michael Chu défend le rôle du secteur privé.
«La microfinance est sans doute une réponse à la pauvreté qui touche plus de quatre milliards de personnes dans le monde. Pour réussir, elle doit intervenir de façon massive et dans la durée. Elle doit aussi être efficace et économiquement efficiente. Les organisations non gouvernementales de crédit ou autres associations à but non lucratif assument leur part. Mais pour obtenir des résultats à la mesure du défi, la mobilisation des investissements privés internationaux est indispensable.»
Cette profession de foi faite par Michael Chu, cofondateur du fonds d'investissement Ignia et professeur à la Harvard Business School, au deuxième jour du World Microfinance Forum Geneva, n'est pas partagée par Muhammad Yunus. Le pape du microcrédit, Prix Nobel de la paix 2006 et patron de la Grameen Bank au Bangladesh, se méfie de la finance mondiale. «Son objectif est de maximiser les profits, même sur le dos des pauvres. Le nôtre est d'offrir une chance aux plus démunis», a-t-il lancé.
Se référant à la crise actuelle qui ébranle la planète finance, Muhammad Yunus a expliqué que le microcrédit n'a rien à voir avec «l'économie de casino», mais plutôt avec l'économie réelle, où les pauvres se battent pour trouver une place. «La banque Grameen, pour prendre un exemple, travaille depuis quatre ans avec 100000 mendiants au Bangladesh. Puisqu'ils font déjà du porte-à-porte, nous voulons les transformer en vendeurs de biscuits, de bonbons et de jouets.» Selon lui, le pari est déjà gagné: 10% d'entre eux ne mendient plus.
Pour Michael Chu, les mécanismes de marché, la concurrence et les techniques de gestion seraient utiles pour que le microcrédit atteigne un plus grand nombre de personnes.
Lire l’article complet





