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Quel est l’impact de la crise financière sur les IMF dans le monde ?

D’après un article du Microcredit Summit sur Microfinance Gateway

Témoignages de plusieurs responsables d’IMF sur les conséquences de la crise

De récentes dépêches montrent les inquiétudes du secteur de la microfinance face à la crise financière mondiale :

 

La Campagne du Sommet du microcrédit a mené une enquête pour savoir comment les institutions de microfinance vivaient réellement cette crise. Les dirigeants de neuf institutions de microfinance d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine ont participé à cette enquête au cours de la semaine du 13 octobre 2008. Des extraits tirés du bulletin d'information du MSC  donnent un aperçu des conséquences de la crise sur le terrain.

Certaines institutions de microfinance n'ont pas encore ressenti l'impact de la crise, tandis que d'autres sont les témoins de la forte augmentation du coût des ressources et des effets directs sur les conditions de vie des clients.

Shafiqual Haque Choudhury, Président de ASA au Bangladesh et John de Wit, Directeur général de la « Small Enterprise Foundation » en Afrique du Sud, expliquent que leurs organisations respectives n’ont pas encore rencontré de difficultés dans la gestion de leurs fonds de crédit. D'autres dirigeants d’institutions de microfinance affirment quant à eux avoir déjà constaté les effets de la crise financière.

 
Crise de liquidité

Udaia M. Kumar, directeur général de Share Microfin Limited en Inde :

« SHARE est confrontée à une difficulté d’accès aux ressources en raison de l’assèchement des liquidités. Bien qu'en principe, SHARE ait négocié des financements à hauteur de 155,6 millions USD, assortis d’un taux d’intérêt favorable, nous sommes confrontés à une situation dans laquelle les banquiers et institutions financières tentent d’introduire des clauses pour relever les taux d'intérêt à des niveaux exorbitants et demandent des garanties personnelles à nos administrateurs. La situation est alarmante car elle affecte notre crédibilité et met en péril la confiance construite pendant 20 ans auprès de nos clients. Cette situation pourrait se traduire par des défauts de remboursement des clients. »

 

Roshaneh Zafar, Président de la Kashf Foundation au Pakistan :

 

« Le premier impact a été la pénurie de liquidités sur les marchés financiers - réduisant notre capacité à mobiliser des fonds supplémentaires cette année. En mars 2008, nous avons révisé nos plans de croissance de 500 000 à 350 000. Au cours des neufs derniers mois, la croissance de la Fondation a été de 6%.

 

Le deuxième impact est une forte augmentation du coût des activités. En raison des contraintes de liquidité, le coût des ressources a augmenté de plus de 450 points. Dans le même temps, la crise de l'énergie a fait grimper le coût du transport et de l'électricité, et suscité l'espoir que les salaires suivent l'inflation. Une récente enquête auprès du personnel a montré que plus de 50% de nos effectifs actuels ne sont pas satisfaits de la situation salariale et attendent un ajustement prenant en compte l’augmentation du coût de la vie. Cela aura des répercussions sur la productivité des agents de crédit ainsi que sur l'efficacité et la pérennité globales.

Le troisième impact se fait sentir sur la qualité du portefeuille, à cause de l’augmentation des abandons de clients du fait des faillites d’entreprises, et plus généralement de la moindre capacité de la clientèle à faire face aux remboursements.

 

La stratégie de Kashf pour faire face à ces effets est la suivante :

  • Etre prudent et se développer plus lentement au cours de cette période ;
  • Rester en contact étroit avec les clients ;
  • Améliorer l'efficacité pour compenser la hausse des prix ;
  • Améliorer globalement la conformité et le suivi ;
  • Maintenir un bon niveau de liquidité ».

 

Effets du déclin des exportations sur les clients

 

Santa Isabel de Euceda, directrice de l'ODEF (Organización de Desarrollo Empresarial Femenino) au Honduras :

 

« La crise financière mondiale affecte les clients de l’ODEF et l'institution elle-même parce que beaucoup de nos clients vivent dans des zones dominées par les usines d'assemblage. Ce secteur a été l'un des premiers à ressentir les effets de la crise car les produits de ces usines sont destinés à être exportés vers les Etats-Unis. La crise a provoqué une baisse des revenus ainsi que des licenciements, et de ce fait une diminution des ventes des micros et petites entreprises dont ces travailleurs constituent la clientèle. Cela réduit la capacité de nos emprunteurs à rembourser les prêts et a contraint l’ODEF à procéder à l’ajustement des conditions de certains prêts en cours.

 

La crise va continuer à affecter les secteurs d'exportation tels que le mobilier, l'art et l'agriculture, ce qui va fortement peser sur l'économie hondurienne. Pour réduire les effets de cette crise sur nos clients, nous avons ajusté des prêts à risque, éliminé les crédits à la consommation et nous étudions de plus près les nouvelles demandes de prêt. »

 

Pas encore touchés par la tempête

 

Tony Fosu, directeur de Sinapi Aba Trust (SAT) au Ghana :

 

« Bien que l'effet de la crise semble aujourd’hui très minime, nous nous attendons à des conséquences fortes sur la disponibilité de financement à l’avenir. Nous pensons que l’impact se fera sentir aussi bien sur les prêts commerciaux que sur les subventions de bailleurs de fonds. »

 

Mekonnen Yelewem Wessen, directeur général de l’ACSI (Amhara Credit and Savings Institution) en Éthiopie :

 

« Même s’il n'y a pas encore de signes clairs de l'effet de la crise sur les activités de l'ACSI, étant donné l'état actuel des choses, la probabilité de réalisation de certains risques est assez forte. Cela nous oblige à nous préparer à d'éventuels troubles. Le décalage des échéances entre les produits de prêt et les produits d’épargne est un risque. Cela suppose de diversifier notre structure de prêt afin d'éviter une panique bancaire. »

 

Carmen Velasco, directrice de PROMUJER Bolivie :

 

« Pro Mujer n'a pas encore été touchée par la crise financière, mais le sera bientôt très sérieusement. Nous augmentons les provisions afin d’anticiper une éventuelle hausse des impayés.

 

Nos clients vont subir une baisse de leurs ventes et une hausse des coûts de stockage. Les marges bénéficiaires vont diminuer, ce qui va pousser les clients à réduire la taille de leur entreprise. Ils prendront en conséquence probablement de plus petits prêts. Les clients dont les entreprises auraient eu besoin d'un prêt de 1000 ou 2000 dollars, n’auront peut-être plus besoin que de 500 $. Les clients pourront cependant être enclins à continuer d’emprunter plus pour maintenir leur niveau de consommation. Cela risque d’avoir des conséquences négatives sur leur entreprise et sur la croissance de Pro Mujer. »

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Sur les conséquences de la crise alimentaire, voir aussi :

La « livelihood finance », une réponse de la microfinance face aux enjeux de la crise alimentaire ? Betty Wampfler, BIM du 26/11/2008, EspaceFinance

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