La microfinance est-elle socialement responsable ? C’est le titre du dernier numéro de la revue Tiers Monde sorti en mars 2009. Régulièrement cette revue consacre un de ses numéros à la microfinance pour faire le point sur les évolutions et enjeux du secteur (1996, 2002, 2009). Ce dernier numéro s’inscrit dans un contexte de crise sans précédent du secteur financier où les ménages pauvres et insolvables sont les premières victimes d’un système qui cumule les dysfonctionnements. Comment, dans ce contexte de défiance généralisée, la microfinance s’assure-t-elle de respecter ses propres « fondamentaux » (proximité, connaissance des clients, simplicité des produits, etc) pour limiter les dérives constatées dans le secteur financier ? Pour alimenter cette question, le dossier est organisé en deux parties : une première partie dresse l’état des lieux du secteur et ainsi que les réflexions et expériences en cours centrées sur la double finalité économique et sociale de la microfinance. Une seconde partie s’attache à faire le point sur les analyses en termes de résultats de la microfinance auprès des clients.
Le Coup de projecteur de ce mois est une synthèse de l’article introductif de cette revue, écrit par Anne-Claude Creusot et Christine Poursat, qui présente l’évolution du secteur et les principaux enjeux en cours.
La revue peut être commandée auprès de l’éditeur Armand Colin à l’adresse suivante : http://www.armand-colin.com/revues_num_info.php?idr=30&idnum=330005
I. La portée de la microfinance aujourd’hui
I. 1 Une croissance forte de l'offre, mais très inégale
Le nombre d'institutions de microfinance dans le monde est généralement estimé à plus ou moins 10 000, même si à ce jour, aucune base de données exhaustive ne permet d'avoir des chiffres précis. En réalité, la plupart de ces structures sont de très petite taille ; 70 % des IMF desservent moins de 2 500 clients (Microcredit Summit, 2007).
Le secteur est très concentré
Les 100 IMF les plus importantes en termes de nombre de clients touchés, soit 1% des IMF, avec 44,2 millions d’emprunteurs, couvriraient plus du tiers des emprunteurs actuels (Mix Market, 2007). Ce sont ces IMF qui assurent l’essentiel de la croissance du secteur. Si l'on regarde l'origine géographique de ces 100 plus grandes IMF, seule une trentaine de pays est réellement concernée.
L’Asie à elle seule représente 85% du secteur. La forte densité de la population et le faible développement du secteur bancaire expliquent en partie l'extraordinaire essor de la microfinance dans cette région du monde.
La microfinance est devenue un investissement financier attractif
Les 100 IMF les plus performantes du point de vue de leur rentabilité ont obtenu en 2006 un rendement moyen des actifs[1] de 14%, contre 2% pour le secteur bancaire dans les mêmes pays. L'atteinte de tels niveaux de rentabilité pose fondamentalement la question de l'éthique du secteur. Lorsque des IMF deviennent rentables, les clients bénéficient-ils du fruit de cette réussite à travers des baisses de taux notamment, ou est-ce réservé aux investisseurs ?
Néanmoins, cette rentabilité alléchante ne correspond qu’aux premières IMF du secteur, matures, structurées, financièrement viables. Ainsi, sur l'ensemble des IMF transmettant leurs informations au Mix Market, la valeur médiane du rendement des actifs n'est que de 0,9%, mettant en évidence l'énorme fossé entre les IMF les plus performantes et la grande majorité des institutions.
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Les IMF de premier niveau, souvent appelées « stars », « leaders » ou « majors » du secteur (300 à 400 IMF, correspondant plus ou moins aux institutions faisant partie de l'échantillon du Microfinance Banking Bulletin). Cette catégorie constitue l'essentiel de l'offre « visible » de microfinance aujourd'hui. Ces IMF se caractérisent par leurs bons critères de performances du point de vue de la portée, de la rentabilité, de la qualité du portefeuille et/ou du management. Elles sont en mesure d'assurer le financement de leur croissance par des financements d'origine privée ou quasi-privée. Les investisseurs se bousculent pour les financer, ce qui peut parfois créer un risque de surfinancement. Ces IMF illustrent parfois les excès de la commercialisation de la microfinance, avec des objectifs de rentabilité qui prennent le pas sur les exigences d’impact.
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Les IMF intermédiaires (environ 1 500 IMF, dont la plupart reportent plus ou moins régulièrement leurs informations financières au Mix Market) : Elles se distinguent des premières par des résultats moindres en termes de critères de performance - soit qu'elles bénéficient d'une maturité ou/et d'une portée moins grandes, soit qu'elles se situent sur des marchés moins porteurs. Il peut s'agir d'IMF relativement plus jeunes, non encore viables financièrement, ou dont l’équilibre financier est encore fragile. Il peut s’agir d'IMF déjà développées et assez anciennes, mais qui souffrent de faiblesses en termes de structuration interne, de gouvernance ou de positionnement de marché (système d'information défaillant, leadership et gouvernance fragiles, offre de services peu attractive). Certaines IMF peuvent au contraire être solides d’un point de vue organisationnel, mais peiner à se rentabiliser en raison d’un marché difficile notamment dans certaines zones rurales. Il peut s'agir encore d'IMF de type coopératif ou participatif qui peine à se refinancer de par leurs contraintes statutaires (pas d’investissement en capital d’acteurs externes et difficulté à respecter les ratios de solvabilité imposés par la réglementation locale du fait de la faiblesse de leurs fonds propres). Ces IMF ont en commun de faire preuve d'un certain professionnalisme mais avec des besoins plus ou moins importants d'accompagnement et elles éprouvent des difficultés à attirer de nouveaux financements externes pour assurer leur croissance.
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Les IMF de troisième niveau (environ 8 000 IMF, pour lesquelles peu d'informations existent) : c'est la catégorie la plus disparate et la plus vaste. On y trouve des startups qui n'ont pas encore fait la preuve de leur capacité à durer et à mener leur activité de manière professionnelle et des IMF plus ou moins formalisées, qui n'ont pas forcément vocation à croître. Dans leur grande majorité, il s'agit d'IMF de petite taille (généralement moins de 3000 clients), dont la capacité à se développer et se pérenniser semble plus incertaine.
I.2 L’écart toujours considérable entre offre et demande En 2007 et selon les estimations, la microfinance toucherait par le crédit, entre 130 millions et 150 millions de personnes à travers le monde sur un marché potentiel de l’ordre de 1,5 milliard de personnes (chiffre qui correspond à 50% du nombre total estimé de personnes en âge de travailler dans les pays en développement et exclues du système bancaire classique). L'offre actuelle de microfinance ne couvrirait donc que 10% environ des besoins potentiels en crédit. Après avoir fait la preuve de sa rentabilité, la microfinance est aujourd'hui confrontée à un nouveau défi majeur, celui du changement d'échelle et de la bancarisation de masse. S'il est avant tout quantitatif, ce changement d'échelle est également nécessaire du point de vue de la diversification des segments de clientèle et des zones géographiques touchées (notamment les zones rurales, les petites et très petites entreprises, les populations marginalisées).
Les IMF de troisième niveau (environ 8 000 IMF, pour lesquelles peu d'informations existent) : c'est la catégorie la plus disparate et la plus vaste. On y trouve des startups qui n'ont pas encore fait la preuve de leur capacité à durer et à mener leur activité de manière professionnelle et des IMF plus ou moins formalisées, qui n'ont pas forcément vocation à croître. Dans leur grande majorité, il s'agit d'IMF de petite taille (généralement moins de 3000 clients), dont la capacité à se développer et se pérenniser semble plus incertaine.





