Les taux d’intérêt des microcrédits sont-ils abusifs ?
Le Portail, d’après une étude CGAP
Une étude chiffrée verse des éléments concrets au débat
Le montant des taux d’intérêt appliqués sur les microcrédits – généralement plus élevé que celui des banques traditionnelles en raison de coûts supérieurs – est critiqué depuis les débuts de la microfinance moderne à la fin des années 1970. Les critiques se sont cependant intensifiées au cours des dernières années et le plafonnement réglementaire des taux d’intérêt est discuté dans un nombre croissant de pays.
Cette préoccupation accrue s’explique en partie par la médiatisation de la microfinance qui reçoit une attention croissante du public et des politiques, et par le fait qu’un nombre assez significatif d’IMF sont aujourd’hui transformées en sociétés commerciales privées (notamment pour être autorisées à collecter l’épargne du public).
Une violente controverse a éclaté en avril 2007 lorsque les actionnaires de Compartamos, une IMF mexicaine opérant avec une licence bancaire, ont vendu une partie de leurs actions à un prix incroyablement élevé lors d’une entrée en bourse qui a fait de certains d’eux des millionnaires.
L’une des principales raisons expliquant ce niveau de prix est que Compartamos appliquait à ses clients des taux d’intérêt très élevés et réalisait des bénéfices très importants. Le taux d’intérêt annualisé était supérieur à 85% (sans compter une taxe supplémentaire de 15% payée par les clients), et procurait un rendement annuel de 55% aux actionnaires.
En réalité, la plupart des IMF appliquent des taux d’intérêt bien inférieurs à ceux qui ont déclenché cette controverse, mais l’histoire de Compartamos a naturellement cristallisé les préoccupations existantes sur la question.
Alors les taux d’intérêt des microcrédits sont-ils abusifs ?
Il n’y a évidemment pas de réponse simple et universelle à cette question, non seulement parce qu’il existe d’énormes différences dans les taux et les contextes propres à chaque IMF dans le monde, mais aussi parce qu’il n’existe pas de consensus sur ce qui est ou non « abusif ».
Le CGAP s’est efforcé d’analyser le niveau et l’évolution des taux d’intérêt des microcrédits et de les comparer avec d’autres taux payés par les emprunteurs à faible revenu. Puis il a entrepris de décomposer les produits d’intérêt des IMF en étudiant le niveau de ses quatre principaux composants : le coût des ressources, les charges de provisions pour créances douteuses, les charges administratives et le bénéfice.
Les chiffres et graphiques qui suivent sont basés sur l’étude d’échantillons d’IMF communiquant leurs données au MIX (échantillon de 175 ou 554 IMF selon les données, voir l’étude CGAP citée à la fin).
Niveau des taux d’intérêt
- Sur la base des meilleures données disponibles, l’étude montre qu’en 2006 le produit des intérêts médian des IMF pérennes (i.e. rentables) était de 26,4% de l’encours de crédit. Les 85% de Compartamos sont réellement exceptionnels : moins de 1% des emprunteurs payent un taux d’intérêt de ce niveau.
- Les taux d’intérêt pratiqués par les IMF ont baissé de 2,3 points de pourcentage par an entre 2003 et 2006, bien plus rapidement que les taux de banque.
Evolution du taux des microcrédits en Bolivie, 1992-2007

(MFI : IMF ; Banks : banques)
Comparaison avec d’autres taux payés par les emprunteurs pauvres
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Les taux d’intérêt pratiqués par les IMF étaient généralement plus élevés que les taux appliqués par les mutuelles de crédit dans les 10 pays pour lesquels des données ont été trouvées. Mais dans les cas où les mutuelles offraient un produit de microcrédit spécialisé, leurs taux d'intérêt avaient tendance à être les mêmes, voire supérieurs. Toutefois, il est difficile d’en tirer des conclusions, parce que la taille de l'échantillon est faible et parce que nous savons peu de choses sur la comparabilité des clients et des produits.
Taux des IMF comparés aux taux des crédits à la consommation
| Inférieurs aux taux des crédits à la consommation |
Proches des taux des crédits à la consommation |
Supérieurs au taux des crédits à la consommation |
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Bangladesh Bolivie Cambodge Congo Ethiopie Inde Indonésie Jordanie Kenya Kyrgyzstan Mongolie Népal Nicaragua Pakistan Philippines Serbie/Monténégro Sri Lanka Togo Thaïlande
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Arménie Bosnie et Herzégovine Colombie Equateur Egypte Madagascar Mexico Roumanie Tadjikistan
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Cameroun Pérou Sénégal Tanzanie Ouzbékistan Zambie
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Coût des ressources
- Les IMF payent plus cher leurs ressources que les banques (en moyenne le ratio charges financières/dettes s’établit à 5,1% pour les IMF contre 3% pour les banques en 2006) et le coût des ressources en pourcentage du portefeuille de crédits (environ 8%) ne montre aucun signe de baisse entre 2003 et 2006.
Provisions pour créances douteuses
- Les taux d’intérêt des IMF ne sont pas gonflés par des taux de perte déraisonnables. Les taux d’impayés sont très faibles (environ 1,9% en 2006).
Pertes sur créances annuelles en % de l’encours brut de crédits, 2003-2006

(World : monde ; Africa : Afrique ; EAP : Asie Sud-Est & Pacifique ; ECA : Europe et Asie centrale ; LAC : Amérique latine & Caraïbes ; MENA : Moyen-Orient & Afrique du Nord ; South Asia : Asie du Sud)
Charges administratives
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Les prêts de très petit montant impliquent plus de frais administratifs, qui ne sont pas substantiellement compensés par les économies d'échelle. A mesure de leur progression sur la courbe d’apprentissage, les IMF parviennent cependant à réduire leurs frais de manière significative.
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Les charges administratives, s’établissant à environ 11% du portefeuille de prêts en 2006, constituent le poste le plus important dans la fixation des taux d'intérêt, mais elles ont baissé de 1 point de pourcentage par an depuis 2003. Ce recul semble être lié à une amélioration du coût du service aux emprunteurs, pas seulement à l’augmentation des montants de prêt.
Bénéfices
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En moyenne, les IMF affichent un rendement des actifs plus élevé que celui des banques commerciales, mais le rendement des fonds propres qu’elles offrent à leurs actionnaires est inférieur. Le rendement médian des fonds propres des actionnaires d’IMF se montait en 2006 à 12,3%, soit environ 4% de moins que celui des banques. Autant dire là encore que le cas Compartamos est très loin d’être représentatif.
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Dans le même temps, les 10% les plus rentables du portefeuille de microcrédit mondial produisaient en 2006 un rendement sur fonds propres de 34%, un niveau sans conteste suffisamment élevé pour soulever des interrogations chez certains observateurs, même si une grande proportion de ces bénéfices revient aux ONG et non aux investisseurs privés. Déterminer si ces bénéfices sont « abusifs » nécessite de prendre en compte les circonstances de chaque contexte, notamment le niveau de risque encouru par les investisseurs.
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Les bénéfices des IMF rentables, mesurés en pourcentage du portefeuille de prêts, ont baissé d’environ 1/10ème (0,6 pp) par an depuis 2003.
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Les bénéfices ne constituent pas un élément prédominant dans la constitution du taux d’intérêt. Pour une IMF médiane, le scénario extrême consistant à supprimer complètement la marge bénéficiaire reviendrait à diminuer le taux d’intérêt d’environ 1/7ème, ce qui n’est pas insignifiant mais serait peu susceptible de modifier l’avis de ceux qui jugent les niveaux abusifs.
Evolution du rendement des intérêts, en % de l’encours brut de crédits, 2003-2006
 (World : monde ; Africa : Afrique ; EAP : Asie Sud-Est & Pacifique ; ECA : Europe et Asie centrale ; LAC : Amérique latine & Caraïbes ; MENA : Moyen-Orient & Afrique du Nord ; South Asia : Asie du Sud ; Avg. change per year : variation annuelle moyenne)
Niveau des coûts et bénéfices en % des revenus, 2006

(Op. expense : charges d’exploitation ; Cost of funds : coût des ressources ; Loan losses : pertes sur créances ; Profit : bénéfice. Revenus = produits des intérêts et autres revenus moins taxes)
En réalité la question doit plutôt être posée en ces termes : les taux de crédit déraisonnables restent-ils des exceptions ? L’étude montre qu’on ne trouve pas de schémas répandus d’exploitation des emprunteurs par des taux abusifs.
Elle conforte en revanche l’observation selon laquelle les charges d’exploitation sont bien plus élevées pour l’octroi de très petits prêts que pour l’octroi de prêts bancaires classiques, conduisant à la fixation de taux d’intérêt plus élevés. Elle montre un schéma général de bénéfices modérés pour les propriétaires d’IMF. Enfin elle révèle une diminution assez rapide des taux d’intérêt, des charges d’exploitation et des bénéfices au cours des dernières années.
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Pour la transparence des taux d’intérêt des IMF : une initiative intéressante
Microfinance Transparency a été créée en 2008 par Chuck Waterfield avec comme objectif spécifique de promouvoir la transparence sur les taux d’intérêt, notamment au travers d’un site (en anglais) [www.mftransparency.org] qui propose divers outils de calcul et d’analyse du niveau de facturation pratiqué par les IMF.
Le site met à disposition des ressources permettant de mieux comprendre et de mieux calculer le TEG et a pour but, un peu sur le modèle du MIX, de collecter les données sur les taux d’intérêt effectifs dans toutes les régions du monde. Le dispositif va dans un premier temps se focaliser sur quelques pays puis sera progressivement étendu. Les taux d’intérêt effectifs annuels seront directement extraits des calendriers d’amortissement communiqués par les IMF.
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Pour en savoir plus
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