Cela fait des décennies que vous défendez le microcrédit. Quelle a été la réponse des gouvernements ?
Les gouvernements ne devraient pas s’impliquer financièrement pour une bonne raison. Dès que le gouvernement s’en mêle, la politique s’en mêle. La politique et le microcrédit ne font pas bon ménage. Parce qu’on se met à chercher de l’argent non pas pour changer la vie des gens, mais dans un but politique : nous vous donnons l’argent, et tâchez de vous en souvenir en allant voter. Par contre, les gouvernements devraient établir des législations pour mieux réguler le microcrédit et déterminer quel type d’établissement peut prêter aux plus pauvres.
La Grameen Bank, avec 30 000 personnes et 2 600 branches, n’est-elle pas une multinationale comme les autres ?
Nous avons 8 millions d’emprunteurs, environ 90% remboursent leurs prêts. Nous n’acceptons pas d’argent des agences officielles, du gouvernement, des fondations. Pour ouvrir une banque, il faut avoir des millions de dollars. La banque conventionnelle, c’est comme un énorme paquebot appareillant pour l’océan avec une foule de passagers à bord. La banque de microcrédit, c’est comme une pirogue qui flotte sur une eau peu profonde. Si vous voulez la même architecture qu’une banque conventionnelle, ça ne marchera pas. Il vous faut élaborer une nouvelle architecture.
Les banques traditionnelles veulent frayer dans les mêmes eaux que les banques de microcrédit. Une menace ?
Les banques commerciales ne font pas de microfinance. Elles prêtent de l’argent aux organismes de microfinancement. Mais si ça leur paraît bien, pourquoi ne pas le faire elles-mêmes ?
Le microcrédit est-il condamné à jouer les béquilles du système ou pourra-t-il jouer un grand rôle dans l’économie ?
L’avenir est grand ouvert. A condition qu’on le prenne au sérieux. Sinon, ça restera une sorte de boutique.
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