La préoccupation environnementale a déjà gagné le secteur de la microfinance. Objet d’un atelier lors de la dernière Semaine européenne de la microfinance, la préservation de l’environnement est de plus en plus souvent incluse dans les objectifs de performance. Les partisans d’une finance responsable parlent désormais du « triple résultat » (« triple bottom line ») économique, social et environnemental. Plusieurs fonds d’investissement et IMF prennent déjà en compte les aspects liés à la protection de l’environnement dans leurs décisions de financement ou la publication de leurs performances.
Dans une récente publication*, le CGAP avance diverses options offertes aux IMF pour participer plus spécifiquement à la lutte contre le changement climatique. Chaque IMF pourra explorer ses propres pistes, en procédant à un arbitrage entre les risques de l’inaction et les coûts et risques associés à tout changement institutionnel. Dans bien des cas, la contribution des IMF à la protection de l’environnement s’inscrira dans le cadre de partenariats avec d’autres organisations.
Actions au niveau de la clientèle
Promotion de produits énergétiques propres
Les services financiers peuvent aider les consommateurs à réduire leurs émissions en leur donnant les moyens d’adopter des sources énergétiques produisant moins de gaz à effet de serre. Actuellement, la cuisson et l’éclairage sont de loin les deux postes énergétiques les plus importants des clients des IMF dans le monde. Les IMF peuvent prêter directement aux ménages pour l’achat de dispositifs individuels d’économie d’énergie ou aux micro-entrepreneurs qui fournissent ces dispositifs.
Par ailleurs, si elles en ont les capacités, les IMF peuvent envisager d’appuyer des initiatives communautaires d’atténuation.
Lutte contre la déforestation
Pour les IMF, il est difficile de financer des projets de boisement du fait des courtes périodes de crédit et des taux d’intérêt élevés. À l’avenir, cependant, les crédits carbone pourraient changer la donne. Les petits propriétaires qui plantent des arbres sont des bénéficiaires potentiels de paiements dans le cadre des marchés du carbone. Cette approche comporte cependant des difficultés spécifiques : elle implique d’agréger un grand nombre de petites actions et d’opérer un suivi étroit des projets sur de longues périodes.
Les IMF qui appuient des activités dans le domaine de la sylviculture ont un rôle qui se limite généralement au soutien d’activités génératrices de revenus en alternative à la déforestation. Elles le font souvent en partenariat avec des institutions spécialisées, telles que Nature Conservancy et Conservation International.
Biocarburants
Lorsque les déchets organiques, provenant par exemple des animaux domestiques et élevages ou de la transformation du café, sont déjà collectés à d’autres fins, la production de biocarburants est susceptible d’être rentable et de produire des effets d’atténuation du changement climatique. Dans ce cas, en effet, les coûts de la culture, de l’élevage ou du transport des déchets vers un lieu de recyclage ont déjà été supportés en amont ; le coût additionnel de transformation des déchets est faible.
En revanche, les cultures spécifiquement orientées sur la production de biocarburants sont problématiques, tant sur le plan financier qu’en matière d’émission de gaz à effet de serre. À l’heure actuelle, la production de biocarburants dans les pays en développement provoque déjà la destruction de forêts ou la conversion de terres arables auparavant consacrées aux cultures vivrières à la culture des biocarburants. L’impact sur les ressources alimentaires mondiales est extrêmement dommageable.
Pratiques agricoles
L’agriculture est l’un des secteurs où les arbitrages entre le développement économique dans les pays pauvres et l’atténuation du changement climatique sont les plus délicats. Le défi dans la plupart des pays en développement consiste à aider les agriculteurs à moderniser leurs pratiques traditionnelles pour accroître leur production tout en adoptant des méthodes à faibles émissions de carbone (pratiques antiérosives, gestion intégrée des nuisibles, cultures intercalaires, etc.). Les IMF intervenant dans le financement de l’agriculture peuvent envisager de chercher des partenariats avec des institutions qui encouragent l’agriculture à faible intensité de carbone.
Par ailleurs, le changement de climat nécessitera des adaptations de la part des paysans (variétés plus résistantes, introduction de l’irrigation, etc.). Une IMF qui souhaite aider ses clients à s’adapter aux changements doit être consciente de l’incertitude des prévisions climatiques : elle doit inciter ses clients à la prudence, par une diversification progressive et l’introduction graduelle de nouvelles méthodes.
La crise climatique donne une raison de plus aux IMF de diversifier leurs services financiers et de ne plus s’appuyer uniquement sur les produits de prêt. L’épargne constitue une protection essentielle contre les pertes et les difficultés financières ; les institutions qui le peuvent doivent offrir à leurs clients des services de dépôt sûrs. Pour les clients des zones rurales, l’assurance peut être un autre instrument utile de gestion des risques. De nombreuses initiatives voient le jour dans le domaine de l’assurance récolte ou de l’assurance « climatique ». Reste que la diversification de l’offre n’est pas une option envisageable ou pertinente pour toutes les IMF. La capacité d’une institution à développer et à offrir de nouveaux produits, notamment d’épargne, dépend de nombreuses variables internes et externes.
Actions au niveau de l’IMF
Réduction des émissions
De nombreuses actions mises en place pour réduire l’empreinte carbone des entreprises sont simplement de bonnes pratiques institutionnelles, qui permettent de réaliser des économies à long terme. Toutes les solutions adoptées dans les pays riches ne sont pas transposables dans les pays pauvres, mais certaines le sont, comme l’utilisation d’ampoules basse consommation, la lutte contre le gaspillage de papier ou la réduction des trajets en véhicule. Comme les autres entreprises, les IMF peuvent adopter ces bonnes pratiques.
Finance carbone et agrégateurs
Les financements conçus pour répondre aux problèmes relatifs au changement climatique circulent sur le marché obligatoire et le marché volontaire d’échange des émissions de carbone – c’est-à-dire que les paiements sont conditionnés par des réductions spécifiques des émissions de gaz à effet de serre, et proportionnels à ces réductions.
La qualification pour les financements carbone est un processus complexe, qui requiert une documentation considérable et des connaissances spécialisées que les IMF ne possèdent généralement pas. Des entreprises spécialisées sont créées pour agréger les réductions de plusieurs interventions ou pour aider les intéressés à élaborer des propositions en vue d’obtenir des financements.
Actions au niveau systémique
Engagement et contribution au débat sur les politiques
Les IMF sont largement perçues comme des porte-paroles des populations pauvres dans le monde. À ce titre, elles peuvent jouer un rôle déterminant dans le travail de sensibilisation sur le thème du changement climatique, en joignant leurs voix à ceux qui exigent une action rapide et efficace. Là où elles ne peuvent ou ne souhaitent pas jouer un rôle direct, une association nationale ou régionale, si elle existe, peut être un interlocuteur approprié.
Le changement climatique doit être intégré à la planification stratégique des IMF, et cette planification doit comprendre des mesures concrètes tant en matière d’atténuation que d’adaptation. Un moyen simple d’intégrer cette dimension consiste à réaliser une analyse SWOT climatique, pour évaluer les forces, faiblesses, opportunités et risques de l’institution face au changement climatique.
Une fois que des mesures simples de type économie d’énergie ou sensibilisation ont été mises en place, les IMF peuvent se consacrer progressivement à des tâches plus complexes.
L’échelle et la portée d’une IMF, son environnement réglementaire et les compétences de son personnel sont autant de facteurs qui conditionnent sa capacité à diversifier son offre de produits et à supporter de nouveaux risques.
*Ce coup de projecteur est tiré de :
Rippey P., Microfinance et changement climatique : menaces et opportunités, Note Focus 53, CGAP, 2009, 20 p.
Voir aussi :
Financement de l’énergie : l’expérience de MicroEnergy International, le Portail, Coup de projecteur de nov 2009
Dans une récente publication*, le CGAP avance diverses options offertes aux IMF pour participer plus spécifiquement à la lutte contre le changement climatique. Chaque IMF pourra explorer ses propres pistes, en procédant à un arbitrage entre les risques de l’inaction et les coûts et risques associés à tout changement institutionnel. Dans bien des cas, la contribution des IMF à la protection de l’environnement s’inscrira dans le cadre de partenariats avec d’autres organisations.
Actions au niveau de la clientèle
Promotion de produits énergétiques propres
Les services financiers peuvent aider les consommateurs à réduire leurs émissions en leur donnant les moyens d’adopter des sources énergétiques produisant moins de gaz à effet de serre. Actuellement, la cuisson et l’éclairage sont de loin les deux postes énergétiques les plus importants des clients des IMF dans le monde. Les IMF peuvent prêter directement aux ménages pour l’achat de dispositifs individuels d’économie d’énergie ou aux micro-entrepreneurs qui fournissent ces dispositifs.
Des technologies récentes, notamment des systèmes solaires à diodes électroluminescentes (LED) fiables et peu coûteux, offrent à présent des dispositifs d’éclairage capables de concurrencer l’éclairage au pétrole, accessibles même aux personnes à très faibles revenus. Le remplacement des lampes à pétrole par des lampes solaires à LED a été identifié comme le moyen le plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le domaine de l’éclairage.Une étude récente révèle que le prêt aux utilisateurs peut fonctionner pour les équipements domestiques lorsque les schémas de remboursement sont alignés sur les dépenses énergétiques existantes des ménages. Facteur de succès déterminant : l’existence de partenariats mutuellement bénéfiques entre les IMF et les fournisseurs de produits énergétiques propres.
En Asie du Sud, des milliers de ménages sont déjà passés de sources d’énergie polluantes, telles que le bois, le fumier ou le charbon, à des sources d’énergie propres, grâce à des fourneaux améliorés, des digesteurs de biogaz ou des éoliennes.Cependant, le crédit aux utilisateurs finaux n’est pas toujours approprié. C’est notamment le cas lorsque le prix des produits énergétiques est trop bas par rapport aux prêts proposés par les IMF et que les achats peuvent être financés par l’épargne personnelle ou les crédits informels. En revanche, les fournisseurs, ou parfois les importateurs et les fabricants, ont besoin de capitaux d’exploitation, dont le montant peut correspondre à ceux des crédits proposés par les IMF.
Par ailleurs, si elles en ont les capacités, les IMF peuvent envisager d’appuyer des initiatives communautaires d’atténuation.
Parmi ses nombreuses interventions, BASIX soutient des projets d’autoproduction d’électricité décentralisés et communautaires, permettant non seulement l’alimentation de villages hors-réseau, mais également la création de petites entreprises.
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Le partenariat est la clé du succès
Grameen Shakti, entreprise à but non lucratif de la famille Grameen, distribue des produits énergétiques propres dans des régions isolées du Bangladesh. En décembre 2007, elle avait installé plus de 130 000 systèmes solaires domestiques, 5000 fourneaux améliorés et 2000 usines à biogaz. Grameen Shakti attribue son succès à l’association des installations solaires à des activités génératrices de revenus et au renforcement d’un réseau d’entrepreneurs locaux du secteur de l’énergie, qui assurent l’installation et l’entretien des équipements. D’autres exemples de réussite démontrent l’importance centrale du partenariat entre le fournisseur de dispositifs d’économie d’énergie, responsable de l’installation et de l’entretien, et l’IMF qui fournit les financements.
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Lutte contre la déforestation
Pour les IMF, il est difficile de financer des projets de boisement du fait des courtes périodes de crédit et des taux d’intérêt élevés. À l’avenir, cependant, les crédits carbone pourraient changer la donne. Les petits propriétaires qui plantent des arbres sont des bénéficiaires potentiels de paiements dans le cadre des marchés du carbone. Cette approche comporte cependant des difficultés spécifiques : elle implique d’agréger un grand nombre de petites actions et d’opérer un suivi étroit des projets sur de longues périodes.
Les IMF qui appuient des activités dans le domaine de la sylviculture ont un rôle qui se limite généralement au soutien d’activités génératrices de revenus en alternative à la déforestation. Elles le font souvent en partenariat avec des institutions spécialisées, telles que Nature Conservancy et Conservation International.
Biocarburants
Lorsque les déchets organiques, provenant par exemple des animaux domestiques et élevages ou de la transformation du café, sont déjà collectés à d’autres fins, la production de biocarburants est susceptible d’être rentable et de produire des effets d’atténuation du changement climatique. Dans ce cas, en effet, les coûts de la culture, de l’élevage ou du transport des déchets vers un lieu de recyclage ont déjà été supportés en amont ; le coût additionnel de transformation des déchets est faible.
En revanche, les cultures spécifiquement orientées sur la production de biocarburants sont problématiques, tant sur le plan financier qu’en matière d’émission de gaz à effet de serre. À l’heure actuelle, la production de biocarburants dans les pays en développement provoque déjà la destruction de forêts ou la conversion de terres arables auparavant consacrées aux cultures vivrières à la culture des biocarburants. L’impact sur les ressources alimentaires mondiales est extrêmement dommageable.
Pratiques agricoles
L’agriculture est l’un des secteurs où les arbitrages entre le développement économique dans les pays pauvres et l’atténuation du changement climatique sont les plus délicats. Le défi dans la plupart des pays en développement consiste à aider les agriculteurs à moderniser leurs pratiques traditionnelles pour accroître leur production tout en adoptant des méthodes à faibles émissions de carbone (pratiques antiérosives, gestion intégrée des nuisibles, cultures intercalaires, etc.). Les IMF intervenant dans le financement de l’agriculture peuvent envisager de chercher des partenariats avec des institutions qui encouragent l’agriculture à faible intensité de carbone.
Par ailleurs, le changement de climat nécessitera des adaptations de la part des paysans (variétés plus résistantes, introduction de l’irrigation, etc.). Une IMF qui souhaite aider ses clients à s’adapter aux changements doit être consciente de l’incertitude des prévisions climatiques : elle doit inciter ses clients à la prudence, par une diversification progressive et l’introduction graduelle de nouvelles méthodes.
En Ouganda, on estime que 90 % des terres consacrées à la culture du café arabica, le principal produit d’exportation du pays, seront bientôt impropres à la production de café du fait de la hausse des températures.Offre de produits de gestion des risques
La crise climatique donne une raison de plus aux IMF de diversifier leurs services financiers et de ne plus s’appuyer uniquement sur les produits de prêt. L’épargne constitue une protection essentielle contre les pertes et les difficultés financières ; les institutions qui le peuvent doivent offrir à leurs clients des services de dépôt sûrs. Pour les clients des zones rurales, l’assurance peut être un autre instrument utile de gestion des risques. De nombreuses initiatives voient le jour dans le domaine de l’assurance récolte ou de l’assurance « climatique ». Reste que la diversification de l’offre n’est pas une option envisageable ou pertinente pour toutes les IMF. La capacité d’une institution à développer et à offrir de nouveaux produits, notamment d’épargne, dépend de nombreuses variables internes et externes.
Actions au niveau de l’IMF
Réduction des émissions
De nombreuses actions mises en place pour réduire l’empreinte carbone des entreprises sont simplement de bonnes pratiques institutionnelles, qui permettent de réaliser des économies à long terme. Toutes les solutions adoptées dans les pays riches ne sont pas transposables dans les pays pauvres, mais certaines le sont, comme l’utilisation d’ampoules basse consommation, la lutte contre le gaspillage de papier ou la réduction des trajets en véhicule. Comme les autres entreprises, les IMF peuvent adopter ces bonnes pratiques.
Finance carbone et agrégateurs
Les financements conçus pour répondre aux problèmes relatifs au changement climatique circulent sur le marché obligatoire et le marché volontaire d’échange des émissions de carbone – c’est-à-dire que les paiements sont conditionnés par des réductions spécifiques des émissions de gaz à effet de serre, et proportionnels à ces réductions.
La qualification pour les financements carbone est un processus complexe, qui requiert une documentation considérable et des connaissances spécialisées que les IMF ne possèdent généralement pas. Des entreprises spécialisées sont créées pour agréger les réductions de plusieurs interventions ou pour aider les intéressés à élaborer des propositions en vue d’obtenir des financements.
Actions au niveau systémique
Engagement et contribution au débat sur les politiques
Les IMF sont largement perçues comme des porte-paroles des populations pauvres dans le monde. À ce titre, elles peuvent jouer un rôle déterminant dans le travail de sensibilisation sur le thème du changement climatique, en joignant leurs voix à ceux qui exigent une action rapide et efficace. Là où elles ne peuvent ou ne souhaitent pas jouer un rôle direct, une association nationale ou régionale, si elle existe, peut être un interlocuteur approprié.
Le changement climatique doit être intégré à la planification stratégique des IMF, et cette planification doit comprendre des mesures concrètes tant en matière d’atténuation que d’adaptation. Un moyen simple d’intégrer cette dimension consiste à réaliser une analyse SWOT climatique, pour évaluer les forces, faiblesses, opportunités et risques de l’institution face au changement climatique.
Une fois que des mesures simples de type économie d’énergie ou sensibilisation ont été mises en place, les IMF peuvent se consacrer progressivement à des tâches plus complexes.
L’échelle et la portée d’une IMF, son environnement réglementaire et les compétences de son personnel sont autant de facteurs qui conditionnent sa capacité à diversifier son offre de produits et à supporter de nouveaux risques.
*Ce coup de projecteur est tiré de :
Rippey P., Microfinance et changement climatique : menaces et opportunités, Note Focus 53, CGAP, 2009, 20 p.
Voir aussi :
Financement de l’énergie : l’expérience de MicroEnergy International, le Portail, Coup de projecteur de nov 2009





