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Microcrédit : revoir la copie

Mathilde Goanec-www.grotius.fr, 6 mai 2012

Loin d’être aussi efficace que prédit pour vaincre la pauvreté, le microcrédit montre ses limites

Les différentes études, menées sur le terrain depuis une dizaine d’années, notamment par le J-Pal ( Abdul LatifJameel poverty action lab, unité de recherche sur la pauvreté créé par Esther Duflo et Abhijit Barnajee aux Etats-Unis), montrent sans fard les défaillances du projet : les entreprises, lancées grâce au microcrédit sont le plus souvent de taille microscopique, et permettent à peine à leurs propriétaires de subsister.

Mickaël Knaute, directeur d’ Oxus, la branche microcrédit de l’ONG Acted, est conscient des limites de l’entrepreneuriat : « Il y a 20 % de nos clients pour qui le crédit peut tout changer, car ils sont créatifs, capables, autonomes. Certains ont aussi le truc ou l’idée, mais auront besoin d’éducation pour mener leur projet à bien. Les autres, environ 30 %, vont avoir beaucoup de mal à y arriver, aggravant même parfois leur situation en prenant un crédit. »

Pour Jean-Michel Servet, fondateur du programme de recherche sur la microfinance à l’Institut français de Pondichéry. « L’erreur fondamentale, c’est de croire que le microcrédit s’adresse aux pauvres. Il s’adresse en réalité et en priorité aux exclus bancaires, parmi toute une panoplie d’outils financiers comme l’épargne ou la micro-assurance. Mais pour réellement lutter contre la pauvreté, ce qui marche, ce sont de vrais politiques de santé et d’éducation. » Mickaël Knaute insiste sur le fait que le microcrédit à lui seul étant loin d’être suffisant : « Pour un développement économique sur le long terme, il faut aussi une vraie protection sociale, une redistribution des richesses, des infrastructures et un marché structuré. »

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