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Le Kenya, laboratoire des services financiers de demain

www.revue-banque.fr, 29 mai 2012

Réflexion à partir de l'expérience de M-PESA : succès et défis à relever

Avec 42 % de sa population ayant accès aux services financiers, le Kenya fait figure d’exemple à suivre sur le continent africain, et même au-delà. À l’origine de ces bons résultats, une rupture technologique : le service de paiement mobile M-Pesa et les multiples utilisations qu’en a fait le secteur bancaire.

Un réseau de 50 000 agents

Lancé en 2007, M-PESA profite de la prédominance de Safaricom sur le marché kenyan et la forte pénétration du mobile jusque dans les campagnes. Fin 2008, le paiement par mobile était utilisé par 5 millions de personnes, un an après, le double. Selon la Banque Mondiale, 68 % des Kenyans déclarent avoir utilisé leur mobile pour des services financiers sur les 12 derniers mois, contre 16 % en moyenne pour l'ensemble du continent africain. Parfois employés d’un « corner » dédié dans une pharmacie ou un cybercafé, les 50 000 agents du réseau ouvrent les comptes M-Pesa sur simple présentation d’une carte d’identité, et surtout effectuent les dépôts et les retraits de cash. Ils sont également l’interface qui aide à résoudre tout problème avec le service.

Première marche d’un escalier très haut

Toutefois, s’il permet l’accès à un service financier du secteur formel, le m-payment ne revient pas à la « bancarisation » de l’usager. L’outil reste principalement une solution de transfert d’argent de particulier à particulier (64 milliards de shillings, soit dix fois plus que les autres usages dans le cas de M-Pesa). En particulier, il n’est pas conçu pour l’épargne, qui est l’objectif prioritaire de la bancarisation. « Les cultures du cash sont une culture du court terme: on ne peut pas économiser le cash pour des raisons de sécurité et on ne peut donc pas s’assurer contre les événements en épargnant.», analyse Yves Eonnet, président fondateur de Tagattitude, une PME française qui fournit des solutions de services financiers mobiles aux banques, notamment celles des pays en développement.

La microfinance, concentrée de technologie

Au Kenya, M-Pesa est également en train de révolutionner le quotidien des institutions de microfinance (IMF). Juhudi Kilimo, petite IMF spécialisée dans le financement de l’activité agricole (vaches à lait, volaille, serres, moissonneuses…), a adopté une nouvelle méthode de travail : « Entre nous et nos bénéficiaires, les transactions se font sans cash, se félicite Nat Robinson, son PDG. Ils épargnent au préalable via M-Pesa, nous leur versons leur prêt via M-Pesa, ils nous remboursent via M-Pesa… Ils peuvent même, pour certains, acheter leur vache via M-Pesa ! »

L’expérience kenyane illustre ce que la technologie peut apporter à l’accès aux services financiers dans un pays en développement. « M-Pesa a décollé au Kenya parce que c’était un produit dicté par la demande. Il répondait à un vrai besoin », analyse Betty. Il a en tout cas bénéficié du vaste effort de pédagogie de Safaricom au moment du lancement. Pour servir l’objectif de bancarisation, cette pédagogie doit désormais être reprise par les banques : au-delà d’offrir des comptes-courants, elles doivent apprendre aux populations à bas revenus comment gérer un budget, comment fonctionnent les services financiers…

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