La transition d’une économie socialiste à une économie de marché à partir de 1985 s’est soldée dans les années 90, par des conséquences sociales difficiles pour la population algérienne : détérioration du niveau de vie, accroissement de la pauvreté et du chômage.
La reprise de la croissance depuis quelques années a permis la baisse du taux de chômage de plus de 25 % à 11,3 % de la population active en 2009. Le chômage touche principalement les jeunes et les femmes représentent 25,8% de l'ensemble de la population active en chômage. L'accent est donc mis aujourd'hui notamment sur l'insertion professionnelle des jeunes et des dispositifs de soutien à l'emploi des jeunes sont initiés par le gouvernement.
Le microcrédit a été introduit par l'Etat à la fin des années 90, parallèlement à d’autres actions socio-économiques d’accompagnement de l’économie en transition. Mis en œuvre à l'origine par l'Agence de Développement Social (ADS), il était considéré comme un outil de traitement social de la pauvreté et de soutien aux petites activités économiques (auto-emploi, travail à domicile, activités artisanales et de services, etc…). Ce volet crédit ayant connu quelques difficultés dans sa phase de démarrage dans le cadre du dispositif ADS, des modifications dans les méthodes d'intervention ont été opérées avec un transfert du portefeuille de l'ADS vers l'ANGEM (Agence Nationale de Gestion du Microcrédit).
En Algérie, l'enjeu de l'accès à la microfinance est élargi à celui de la bancarisation de masse des populations à faible revenu et concerne donc également les banques et autres établissements financiers.
Aujourd'hui, le marché potentiel de l'offre de services financiers aux populations à faible revenu (artisans, commerçants, agriculteurs et salariés), correspond à environ 5 millions de ménages et 150 000 très petites entreprises. Le secteur informel occupe une place importante et en croissance avec environ 1,25 millions de travailleurs informels. Par ailleurs les besoins des ménages en services financiers de proximité ne sont loin d'être couverts, avec un taux de bancarisation estimé à 30 %.
Au niveau de l'offre, différents acteurs, aux caractéristiques variées, sont engagés dans la distribution de services financiers de masse ; toutefois et s'agissant du financement des petites unités productives ou commerçantes, le marché est quasiment vierge.
Les opérations des ONG algériennes. Plusieurs d'entre elles opèrent dans l'économie solidaire mais seule l'ONG Touiza a une expertise reconnue en microfinance à travers la mise en place d'un programme de financement des très petites entreprises comportant un volet d'accompagnement de l'entrepreneur.
Le portefeuille de crédits totalise depuis 10 ans plus de 445 crédits octroyés dont 36,6 % à des femmes pour un encours restant du de 39 millions de DZD (1). Le montant maximal de crédit octroyé par Touiza est de 350 000 DZD. Il s'adresse à des commerçants, artisans et agriculteurs enregistrés, capables de rassembler 30 % d'apport personnel et de bénéficier d'une caution pour le crédit octroyé par Touiza. Touiza bénéficie aujourd'hui de l'appui de deux partenaires français, le Crédit Coopératif et la SIDI et explore les pistes d'institutionnalisation.
(1) 1 USD = 90 DZD
Les structures publiques d’aide à la création d’activités économiques. Dans le cadre de la lutte contre le chômage et la promotion de la petite entreprise privée, le gouvernement a mis en place, trois dispositifs d'appui à la création de petites entreprises au travers d'agences publiques que sont : l'ANGEM (Agence Nationale de Gestion du Microcrédit) et l'ANSEJ (Agence Nationale pour le Soutien à l’Emploi des Jeunes) et la CNAC (Caisse Nationale d'Allocation Chômage). Les deux premières visent directement la création d'entreprise et la promotion de l'entreprenariat et la troisième vise la réinsertion dans le monde du travail d'un public de chômeurs.
Ces dispositifs varient en termes de montant de crédit, de population cible et d'objectif social visé par l'Etat, mais fonctionnent tous selon le même type d’organisation. Ils comportent un accompagnement de l'entrepreneur, un prêt à taux bonifié et des exonérations fiscales, notamment en faveur du créateur d'entreprise.
Sauf cas particulier, le prêt consenti dans le cadre de ces dispositifs est octroyé et décaissé par le secteur bancaire public, sous convention de partenariat avec chacun des dispositifs. Le risque de crédit des banques est minimisé au moyen de fonds de garantie alimentés notamment par le Trésor Public.
Les montants de crédit sont très variables et parfois à la limite de la microfinance : les prêts de l'ANGEM démarrent à moins de 30 000 DZD jusqu'à 400 000 DZD, ceux de la CNAC peuvent atteindre 5 millions de DZD tandis que ceux de la ANSEJ vont jusqu'à 10 millions.
Le secteur bancaire public. Le secteur bancaire public est composé de six banques (BADR, CNEP, BNA, BDL, CPA, et BEA). Il représente environ 90 % des guichets d’agence bancaire en Algérie, soit environ 1.100 agences. Traditionnellement spécialisé dans une clientèle d’entreprises, il commence à s’ouvrir à la banque de détail.
Les six banques publiques ainsi que la CNMA (Caisse Nationale de Mutualité Agricole) participent aux dispositifs publics ANSEJ, ANGEM et CNAC (décrits précédemment) sans toutefois disposer initialement d’outils adaptés pour le faire.
Certaines banques publiques ont développé des produits adaptés à une clientèle populaire. La BDL dispose de produits de crédit à la consommation ainsi que de 7 agences de prêt sur gage, héritage des caisses de crédit municipal. Le CPA propose une gamme complète de crédits immobiliers. Les crédits à la consommation notamment pour l'achat d'automobiles, sont arrêtés depuis les dispositions de la LFC 2009, publiée en juillet 2009.
Le réseau Algérie Poste. Algérie Poste est, depuis 2002 un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) assurant à la fois des services postaux et une activité financière. Algérie Poste constitue le premier réseau financier du pays avec 3271 bureaux de poste, tous distributeurs des produits financiers.
Algérie Poste n'est pas autorisée par la loi n°2000-03 à octroyer de crédit. Elle peut toutefois mettre son réseau à disposition de banques ou d'établissements financiers pour assurer le service de caisse lié à des crédits, via les comptes CCP. Elle a d’ailleurs tissé un partenariat "historique" avec la Caisse d'Epargne devenue depuis 1997 CNEP Banque. Les agences d’Algérie Poste offrent donc pour l’instant un accès à des produits d’épargne, de virements de fonds, de distribution de crédit immobilier et enfin de monétique (paiement électronique par carte à puce). Elles domicilient la majorité des salaires des employés algériens. Algérie Poste représente le seul établissement de bancarisation populaire de masse aujourd’hui existant en Algérie de par l’ampleur et la densité de son réseau et la performance de son système d’information.
La mutualité agricole. La CNMA (Caisse Nationale de Mutualité Agricole) est un réseau financier mutualiste assurant des services bancaires à une clientèle populaire, et à dominante rurale. La Mutualité Agricole est composée de 62 Caisses Régionales (CRMA) et d'une Caisse Nationale (CNMA). Le réseau a été autorisé depuis 1995 à effectuer des opérations de banque, puis a créé une banque sous forme de SPA (Société Par Action) début 2006.
La CNMA banque a plus de 230.000 clients essentiellement dans les secteurs de l'agriculture, des forêts, de la pêche et de l'aquaculture.
Un important projet d'extension du réseau, par la création de 36 Caisses Mutuelles de Proximité (CMP) situées dans des zones très défavorisées dans 2 willayas, a été initié en partenariat avec le FIDA. La CNMA apporte son appui technique pour la mise en place et le suivi de la gestion des CMP. Si l'expérience est concluante, ces caisses pourront être intégrées au réseau, ce qui pourrait permettre à la CNMA de développer un véritable réseau financier mutualiste de proximité, au service d'une clientèle de masse, dans des zones rurales où les investisseurs privés sont souvent réticents à s'installer.
Le secteur privé bancaire est aujourd'hui peu impliqué dans des opérations de bancarisation de masse notamment parce qu'il n'est pas outillé pour et qu'il dispose d'un nombre d'agences insuffisant. Il représente 15% du marché bancaire.

