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Crédit aux très petites entreprises

Enjeux pour les IMF

Le financement de la très petite entreprise (TPE) est souvent considéré, à juste titre, comme le chaînon manquant entre les banques formelles et les IMF :

  • On sait que le segment de marché des TPE a très peu accès au crédit formel, car le financement des TPE appelle des techniques spécifiques (notamment parce que les garanties classiques, ainsi que l’analyse des dossiers et le suivi des remboursements bancaires ‘types’ sont inadaptés). Il s’agit d’un métier en soi différent de celui des banques classiques, qui connaissent mal ce segment en général.

  • Aujourd’hui, les IMF ne couvrent encore que très partiellement les besoins de ce segment. Les IMF ciblent majoritairement le microcrédit et le court terme. Elles disposent en général de produits adaptés pour financer la trésorerie des activités génératrices de revenus (AGR) et de la microentreprise (pour donner un ordre de grandeur, crédits court terme inférieurs à 1500 euros). Cela couvre une partie des besoins des TPE, mais une faible partie seulement.

Les services financiers destinés à ce créneau des TPE encore peu couvert, entre microcrédit et services bancaires classiques « macro », sont souvent dénommés sous le vocable de « mésofinance ».

De plus en plus toutefois, des IMF viables diversifient progressivement leur offre de produits pour répondre plus largement aux besoins des micro et petits entrepreneurs. Il y a à cela des raisons multiples (maturité de ces institutions, concurrence croissance, prise de conscience de la diversité des besoins des clients et de la nécessité d’adapter les services pour fidéliser ces derniers). D’autres institutions financières, spécialisées, se créent également en ciblant directement ce segment de marché.

Pour comprendre

  • TPE : de quoi parle-t-on ?

    La définition des « très petites entreprises » suscite des interprétations variées. Or il est évidemment clé, pour une institution financière, de connaître cette cible pour pouvoir correctement répondre à sa demande.

    L’une des références les plus répandues, pour distinguer les TPE entre microactivités et entreprises de plus grande taille, couvertes par le secteur bancaire, est une définition multicritères, synthétisée dans le tableau ci-dessous.

    Typologie des entreprises (atelier de Ouagadougou, Juin 1997)

    Caractéristiques Micro enterprises Très petites entreprises (TPE) Moyenne entreprise
    Micro entreprise Petite entreprise
    Promoteur Attitude liée à l’acquisition de revenus de subsistance ou complément de revenu Acquisition de revenu dans une activité spécialisée Attitude entrepreneuriale dès la constitution Attitude entrepreneuriale, vision à moyen et à long terme
    Pas de compétences particulières Compétences techniques simples Certaines formes d’expertise Capacité technique et de gestion
    Auto emploi Auto emploi + parfois famille ou apprentis Patron + famille + apprentis + salariés Patron + personnel
    Activités Micro service ou commerce de détail. Activité complémentaire, temporaire ou saisonnière Une activité principale, petite taille, parfois saisonnière Activité bien définie et exercée à plein temps Activité spécialisée, parfois diversifiée, exercée à titre de profession habituelle
    Environnement / Intégration Absence de statut, mais paye parfois des taxes commerciales Statut non clairement défini, mais paye souvent des taxes (patentes, etc.), parfois inscrit au Registre du Commerce Début de légalisation, souvent enregistrée (Entreprise Individuelle), paiement d’impôts, existence d’organisations professionnelles Enregistrée (chambre de commerce, etc.), parfois en Société
    Barrières d’Entrée dans l’activité Très faibles, surtout de la force de travail Technologies simples Technologies simples avec investissement Plus grande complexité technologique et/ou production en (denu) série
    Absence de local (rue, domicile ou marché) Moyens de production élémentaires (petit outillage), parfois sans local permanent Investissement et équipements légers (énergie électrique) + local permanent Moyens de production relativement adaptés, site spécialisé
    Pas de besoin en capital – Petit fonds de roulement de départ Fonds de roulement (stocks, matières premières), besoin de renouvellement de petit matériel Capital (équipement (loyer, matières premières, etc.) Capital important (local, équipement, formation) et fonds de roulement parfois très important. Réelle intensité capitalistique
    Potentiel d’évolution Très faibles ou inexistant. Activités généralement féminines Faible ou diversification horizontale des activités. Logique de reproduction plutôt que de croissance Début d’accumulation de capital, parfois avec un potentiel de croissance mais plutôt logique de reproduction (transmission familiale, etc.) Potentiel d’accumulation et de croissance

    Alors que le développement des micro entreprises répond essentiellement à un objectif de lutte contre la pauvreté par la création et l’augmentation de revenus, le développement des TPE répond également à d’autres enjeux :

    • elles jouent un rôle déterminant dans la création d’emplois et l’intégration sociale notamment pour les jeunes, une problématique clef en milieu urbain

    • elles contribuent de manière significative à la croissance économique nationale et locale.

  • Des initiatives de la part des IMF, banques et institutions spécialisées, pour mieux desservir les TPE

    Des exemples d’initiatives encourageantes d’IMF se multiplient, vers le secteur des TPE. Un exemple significatif est celui d’ACEP au Sénégal, qui a choisi d'augmenter progressivement son plafond de crédit pour le porter à 15 millions de FCFA tout en étendant parallèlement le délai maximum de prêt à 18 mois. L'individualisation des prêts, caractéristique d'ACEP par rapport à d'autres IMF qui réalisent des crédits fondés sur des garanties de groupes, lui a permis de modifier son offre pour suivre l'évolution des besoins d'une fraction de sa clientèle (demeure une faible part de son portefeuille).

    Quelques institutions spécialisées dans le financement de ce secteur se sont développées ces dernières années obtenant de bons résultats en terme de remboursement comme de rentabilité de l’institution. A coté du développement d’institutions spécialisées, une des problématiques clefs consiste donc aujourd’hui à accompagner des institutions non spécialisées qui le souhaitent (banques ou IMF) dans le développement d’un guichet et d’une offre de financement adaptée aux TPE.

  • La nécessité d'une offre diversifiée

    On s’accorde aujourd’hui à reconnaître que le financement des petites entreprises ne repose pas sur un produit standard, mais sur une combinaison de produits possibles : crédit d’équipement, mais aussi leasing et rétro leasing (voir la partie Crédit bail de ce dossier), et autres solutions innovantes :

    • Certaines institutions, dans des conditions favorables (filières intégrées, entrepreneurs appuyés par des projets ou des dispositifs d’appui, structuration forte du milieu professionnel), financent avec succès le crédit équipement moyen terme des micro et petites entreprises (expériences de la FECECAM avec la filière coton ou la filière anacarde, financement de la transformation de produits agricoles par le Crédit rural de Guinée en lien avec le PASAL, expériences de leasing de la Grameen Bank).

    • Le crédit-bail ou leasing est une solution qui permet, notamment, de contourner le problème de garantie que rencontrent les IMF souhaitant répondre aux besoins des TPE en crédit moyen terme (voir la partie Crédit bail de ce dossier).

    • Un certain nombre d’IMF déjà consolidées mettent en place, en complément, des outils innovants pour financer le cycle d’exploitation des petites et moyennes entreprises : association de caution mutuelle des opérateurs commerciaux et des transformateurs des filières de produits vivriers en Guinée et fonds de garantie des artisans pêcheurs affiliés aux coopératives de pêche de l’UCOPAD financés par le Crédit rural de Guinée (CRG).
Risques / Recommandations

Le financement des TPE appelle des techniques spécifiques. Pour évoluer vers le segment des TPE, les institutions financières doivent intégrer plusieurs contraintes :

  • L’évolution vers le segment des TPE implique un changement de métier. Les méthodologies des IMF, définies pour le micro crédit, ne sont souvent plus adaptées dès lors que l’on parle de crédits plus importants, sur une durée plus longue. Le financement de l'investissement impose un certain temps d'analyse du projet car la décision de crédit ne pourra plus se faire uniquement sur la base de l'histoire de crédit partagée avec l'entrepreneur (progressivité des crédits) une fois que les sommes deviennent plus importantes. D'autre part, la réalisation des garanties devient également plus laborieuse et plus aléatoire, la caution solidaire / de groupe en particulier n’étant plus une solution adéquate. L'augmentation du plafond induit donc généralement des problèmes d'analyse technique des dossiers soumis, d'où un nécessaire recours à la sous-traitance technique ou à une spécialisation des cadres sur ce thème.

  • La création d’un département spécialisé TPE au sein de l’IMF, séparé des activités de microfinance, sera une option souvent recommandée.

  • L’IMF doit disposer de ressources suffisantes pour :

    • former son personnel à la gestion et à l’étude de dossier des TPE,
    • supporter l’octroi de crédits de montants plus importants, et à plus long terme,
    • supporter des coûts de transaction et de suivi plus importants.


  • Un problème d’accès aux ressources long terme se pose également pour ces institutions, qui disposent essentiellement de ressources à court terme, et sont peu disposées à se centrer sur des emplois à moyen et long terme.

  • L’activité de prêt aux TPE exigera donc un investissement important en efforts et en argent ; il y a donc un risque de « cannibalisation » de l’activité de microfinance par le lancement d’une offre pour les TPE, et l’IMF devra analyser correctement l’investissement à mener, par rapport à sa clientèle cible et sa mission.

  • Enfin, se pose la question du nécessaire couplage entre services financiers et services d’accompagnement non financiers de l’entrepreneur : quels appuis non-financiers offrir (entre l’appui en comptabilité-gestion et les services de recherche et développement, d’appui à la commercialisation, de formation professionnelle, etc.) ; comment financer de façon pérenne ces fonctions d’appui (part prélevée sur le coût du crédit, part externe prise en charge par la filière?).

Toutes les IMF ne peuvent donc se lancer sur ce segment du financement des TPE : pour débuter, il est préférable de privilégier les entreprises saines, ayant une activité établie (par exemple, depuis plus de cinq ans), et ne présentant pas des risques trop élevés.

L’estimation correcte du coût et des moyens nécessaires à cet investissement devra être réfléchi en tenant compte de la mission de l’IMF, de la concurrence, des ressources disponibles.

Il est par ailleurs crucial pour l’IMF, en préalable à toute réflexion sur ce créneau des TPE, de bien analyser le cadre légal et réglementaire du pays. Une IMF qui, pour ses activités traditionnelles de microfinance, est régie par une législation spécifique, pourra tomber sous le coup de la législation bancaire générale pour le financement des TPE…

Exemples

BRAC (Bangladesh) : la montée en gamme d’une IMF

BRAC, la plus importante IMF du Bangladesh, propose à ses plus gros clients un produit spécifique, le Mela. Fin 1999, le portefeuille «Mela» de BRAC représentait 3,5 millions de $ US et 4 700 emprunteurs. Le taux de prêts en souffrance était faible (0,6%).

Le succès de BRAC sur le segment des TPE s’explique en partie par le fait que le personnel a pour consigne d’éviter le moindre risque, et attache une grande importance à l’analyse de l’entreprise du client. Les prêts sont accordés contre garanties substantielles. Enfin, la faible concurrence sur ce segment permet à BRAC de sélectionner les emprunteurs au meilleur potentiel.

BRAC a pour projet de créer la Brac Bank, centrée sur les activités de prêts aux PME (de 10 000 à 200 000 $US). BRAC dispose déjà de sérieux atouts pour ce projet : une infrastructure de distribution déjà consolidée, en milieu urbain et rural, une connaissance de son marché, une image de marque affirmée, un personnel formé et un système de management rodé.

Source : Rossin N, traduction et synthèse du document Best practices in financial innovations for SMEs, secrétariat de la conférence des NU sur le commerce et le développement, 2001 ; fiche Mésofinance.

Un « guichet TPE » : l’exemple de Banco Ademi, en République Dominicaine

Ademi a été créée en tant qu’ONG spécialisée en microfinance en 1982 ; elle a commencé de financer des TPE à partir de 1992. Banco Ademi a créé un département spécialisé avec un directeur propre, pour les crédits aux TPE, entre 36 000 et 250 000 dollars US (montant moyen 52 700 $) ; les micro-crédits « classiques » d’Ademi étaient d’un montant maximum de 2 000 $. Cette décision d’un département autonome traduisait une volonté à la fois d’accompagner les clients les plus avancés de microfinance, et de pénétrer plus avant le marché des TPE directement.

Banco Ademi a choisit de réduire ses risques en se concentrant dans un premier temps sur les entreprises qu’elle suivait déjà depuis un certain temps, ainsi que sur les TPE ayant déjà passé le cap critique des cinq premières années d’existence. Banco Ademi a maintenu également plusieurs règles de prudence : croissance très progressive du montant et de la durée des prêts ; détail précis des garanties requises. Le personnel de Banco Ademi a été formé spécifiquement à la gestion des TPE, et peut fournir une assistance technique (rapports financiers, inventaires, marketing, etc.). Cette politique a permis à Banco Ademi de développer ses crédits aux TPE, tout en maintenant une qualité de portefeuille comparable au département microcrédit (taux de non remboursement de 0,9% seulement). Entre 1992 et 2000, Ademi a prêté à 400 TPE.

A fin 1999, Banco Ademi avait 14 000 clients en cours pour un portefeuille de 42 millions de $ US.

Source : Rossin N, traduction et synthèse du document Best practices in financial innovations for SMEs, secrétariat de la conférence des NU sur le commerce et le développement, 2001 ; fiche Mésofinance.

Un exemple concret des difficultés rencontrées : le projet PULSE (Peri-urban Lusaka Small Enterprise) en Zambie

Lancé en 1994, le projet PULSE visait à offrir des services de microfinance aux populations pauvres de la périphérie urbaine de Lusaka, avec des prêts en moyenne de 200 à 600 $ US. Pulse a progressivement augmenté la taille de ses prêts, jusqu’à environ 10 000 $. Pulse fournissait des crédits aux membres de la Lusaka Province Small Business Association (LPSBA), qui avaient reçu une formation organisée par USAID. Les prêts étaient octroyés sans garanties ou contreparties, mis à part des frais d’assurance et de dossier. La LPSBA s’engageait toutefois à garantir les emprunts de ses membres, mais n’a pas mis en place de réel mécanisme de prise en charge du risque.

Un audit en 1999 a révélé que la plupart des emprunteurs de PULSE dans le cadre de ce programme étaient défaillants, et les tentatives pour recourir aux garanties de la LPSBA ont été vaines. Le rapport d’audit a identifié plusieurs failles :

  • les agents de Pulse n’avaient pas été suffisamment formés aux techniques spécifiques de prêts aux TPE (étude de dossier, suivi des remboursement…),

  • le fonctionnement et la structure de Pulse n’avait pas évolué, d’une activité de microcrédit à celle de prêt aux PME : capacités financières et administratives insuffisantes, absence de mécanisme de garantie collective, etc.

Source : Rossin N, traduction et synthèse du document Best practices in financial innovations for SMEs, secrétariat de la conférence des NU sur le commerce et le développement, 2001 ; fiche Mésofinance.

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