Portail Microfinance  

CGAP logo ada GRET

English     عربي     Rechercher dans le site: 

 

Les produits d'épargne volontaire

Enjeux pour les IMF

Une demande réelle…
Pour les clients de la microfinance, même très pauvres, l’accès à des services d’épargne est essentiel ; ce point a été documenté par de nombreuses études.

L’erreur consiste souvent à retenir une interprétation restrictive de la notion d’épargne : considérer que l’épargne, c’est l’accumulation d’argent en prévision d’une vie confortable après la retraite. En réalité, l’épargne, plus globalement, peut être définie comme « le moyen d’assurer la consommation future en tous temps » : dans cette interprétation plus large, on comprend que tous les ménages, pauvres ou aisés, sont concernés.

Les familles ont en effet besoin de mettre de l’argent de côté pour se sécuriser face à des risques (mauvaise récolte, problème de santé, décès, catastrophe naturelle…) et pour anticiper des dépenses importantes (mariages). Si l’épargne constituée est suffisante, elle permettra à la famille de dépasser une utilisation simple de « filet de sécurité » et d’améliorer son bien-être ou sa situation économique à plus long terme : en investissant sur de nouvelles activités, en scolarisant les enfants, en achetant des terres, etc.

Stuart Rutherford (voir « pour en savoir plus ») dans une approche innovante des comportements financiers, explique en quoi crédit et épargne relèvent de la même logique financière et qu’il convient de proposer simultanément ces deux types de services aux clients des IMF.

Les pauvres ont besoin d'épargner, car quels que soient le montant et la régularité de leurs revenus, ils sont souvent confrontés à des besoins élevés d’argent par rapport à leurs ressources immédiatement disponibles (notamment pour faire face à des évènements cycliques, aux imprévus et aux opportunités d'investissement ou d'acquisition). Le seul moyen pour eux de réunir ces sommes est de les constituer d'une manière ou d'une autre à partir de leur épargne soit par la vente ou l’hypothèque d’actifs, soit par la conversion de petits montants d'épargne en “ grosses sommes d’argent ”.

Dans ce dernier cas, deux grands types de “ conversion ” sont possibles.

  • L'épargne a priori ou “ épargne classique ” : c'est le moyen le plus évident de conversion de l'épargne en grosses sommes d’argent. L'épargne est accumulée aujourd'hui pour être utilisée demain. C'est pour beaucoup le moyen le plus apprécié car la somme constituée n'est pas “ grevée ” et peut être utilisée librement. Le problème est que la plupart des pauvres ont des difficultés à trouver un endroit sûr pour épargner.

  • L'épargne a posteriori : c'est le système inverse. La somme globale est utilisée - donc empruntée - aujourd'hui, et les petits montants d'épargne futurs serviront à la rembourser après coup. Le crédit préalable est donc considéré comme une forme d’épargne a posteriori. La difficulté dans ce cas de figure consiste à trouver un prêteur. Le crédit est une forme d’épargne a posteriori.

Les pauvres ont donc besoin en permanence de jongler entre ces différents types d’épargne d’où l’intérêt pour eux de se voir proposer simultanément par les IMF des services de crédit et d’épargne.

De fait, les services de dépôts proposés par les IMF, combinant flexibilité et proximité, offrent à des clients pauvres des avantages significatifs : ils représentent une forme d’épargne sûre et liquide. Le client de l’IMF peut également épargner et emprunter auprès de la même institution, ce qui réduit pour lui le « coût de transaction ».

…mais une offre parfois limitée
Aujourd’hui encore, de nombreuses IMF n’ont que peu ou pas développé de produits d’épargne volontaires, pour des raisons variées : contexte défavorable (inflation, zones rurales de population dispersées, confiance limitée de la population après un historique de faillites d’intermédiaires financiers), réglementation contraignante (lorsque par exemple, seul un agrément sous forme de mutuelle permet de lever l’épargne). Lorsque des produits d’épargne sont proposés, ils sont souvent très peu diversifiés.

Une opportunité pour les IMF…
Le déploiement de services d’épargne est aussi une opportunité importante pour les institutions de microfinance :

  • La mise en place de services d’épargne adaptés aux besoins des clients, dans un contexte concurrentiel, est un enjeu réel pour l’IMF. Via un nouveau produit d’épargne, l’IMF peut aussi espérer toucher une clientèle cible différente.

  • La mobilisation de l’épargne accroît la fidélisation des clients dans la mesure où elle établit un climat de confiance réciproque.

  • Lorsque la demande des clients s’oriente vers des crédits à plus long terme (ex crédit d’équipement, crédit habitat), il est nécessaire pour l’IMF de sécuriser des ressources à moyen terme ; mobiliser l’épargne longue est un atout également en ce sens.

  • L’épargne est une source de financement interne et pérenne, qui rend l’IMF moins dépendante de financements externes, notamment de ressources limitées dans le temps (subventions des bailleurs de fonds).

  • L’épargne peut constituer une source de financement en monnaie locale à des taux compétitifs. Le rôle de l’épargne comme source de financement est particulièrement valorisé dans un secteur où le manque de ressource en devises locales est souvent l’un des principaux freins au développement des IMF. Des institutions coopératives africaines financent depuis leur création leur croissance presque exclusivement grâce à l’épargne collectée auprès de leur membre.

…et des contraintes !
Pour une IMF, se lancer dans la mise en place d’un service d’épargne volontaire présente des risques et inconvénients :

  • Collecter l’épargne peut contraindre l’IMF à demander un agrément spécifique ; dans tous les cas, la réglementation précise souvent les conditions dans lesquelles l’IMF a ou non le droit de lever l’épargne, et les conditions prudentielles qu’elle doit respecter.

  • La sécurité de l’épargne est pour le client un élément essentiel ; les IMF qui réussissent à lever durablement l’épargne ont un « capital confiance » auprès de leurs clients. Assurer cette sécurité suppose d’investir dans les infrastructures de dépôts (coffres, guichets, etc…), mais aussi renforcer / adapter son SIG et son système de contrôle interne.

  • L’IMF doit donc être consciente de la nécessité d’assurer la sécurité des fonds collectés : c’est un engagement fort, vis à vis de sa clientèle. En particulier, elle devra s’imposer des critères prudents d’utilisation de l’épargne, comme par exemple ne pas mobiliser l’épargne à vue pour accorder des crédits.

  • Les études montrent que la proximité et la grande souplesse du service sont des facteurs incitatifs déterminants pour les clients potentiels (en revanche la plupart des clients de ces services ne considèrent pas le taux de rémunération de l’épargne comme un facteur déterminant .). Or pour l’IMF, notamment en milieu rural, offrir un service d’épargne de proximité, avec de fréquents retraits et dépôts, représente potentiellement un coût important. Tout dépend évidemment de la politique de tarification des produits d’épargne, retenue par l’IMF. Dans des contextes favorables à l’épargne, même des clients pauvres ont l’habitude de payer pour avoir accès à l’épargne. Néanmoins, des taux de rémunération attractifs peuvent être nécessaires pour lever l’épargne, notamment dans des environnements concurrentiels. Le coût total du produit d’épargne doit donc être évalué correctement, en additionnant taux de rémunération, et coût de collecte et de gestion.

Pour comprendre

Epargne volontaire : de quoi parle-t-on ?

On distingue en général épargne obligatoire et épargne volontaire (ou “ libre”), deux produits que les IMF combinent souvent.

  • On parle d’épargne obligatoire lorsque l’IMF oblige ses clients ou membres à épargner sur une base régulière et systématique (elle en fait par exemple une condition d’accès au crédit). Cette épargne est souvent bloquée sur un compte.

  • Par opposition, pour l’épargne volontaire, l’épargnant est libre de déposer ou non son argent, et de réaliser des retraits, dans la limite du produit proposé (voir plus loin la distinction entre dépôts à vue et dépôts à terme, à titre d’exemple).

Du point de vue d’une IMF, l’instabilité de l’épargne volontaire constitue souvent un facteur limitant du développement de services financiers car elle peut difficilement transformer cette ressource instable en crédits pour ses clients. A contrario, l’épargne obligatoire et bloquée représente une ressource stable et intéressante pour elle. Souvent aussi, cette épargne obligatoire est utilisée comme garantie des prêts, c’est-à-dire que les clients ne peuvent pas retirer leur épargne obligatoire tant qu’ils n’ont pas remboursé leurs prêts.

Du point de vue des déposants, ce type d’épargne est contraignant et les intéresse généralement peu. Ils recherchent avant tout à épargner sur une base volontaire. C’est pour concilier les intérêts divergents entre l’IMF et les épargnants que les IMF combinent parfois les deux types de produits.

La diversification des produits de l’IMF concerne en général le développement de produits d’épargne volontaire, qui peuvent répondre à des besoins variés, et sont donc susceptibles d’attirer ou fidéliser les clients des IMF.

La diversité des produits d’épargne volontaire

Comme dans le cas du crédit, les besoins en services d’épargne des clients sont variés. Pour être attractive, une IMF peut développer des produits d’épargne différents, correspondants à des clients cibles et des besoins divers :

  • Le compte courant ou dépôt à vue (DAV)

    Le dépôt à vue est le compte d’épargne le plus liquide. Flexible, il ne rapporte que peu ou pas d’intérêt, demande un montant d’ouverture bas, et donne habituellement accès à des services de paiement (chèques, cartes de crédit).

    Les comptes à vue peuvent s’avérer difficiles à gérer et très coûteux : les opérations de dépôts et de retrait peuvent être très fréquentes, pour des sommes très faibles. D’autre part, leur liquidité en fait des ressources difficiles à réutiliser pour financer l’octroi de crédit. Beaucoup de réglementations en vigueur limitent ou interdisent le « recyclage » de l’épargne à vue.

    Rarement rémunérés, les DAV peuvent même être payants pour les clients, dans des contextes favorables à l’épargne (Afrique de l’Ouest).

    Une variante du compte courant est le compte d’épargne, très répandu auprès des IMF, qui impose des limites aux clients : nombre limité de retrait de dépôts dans l’année ou le mois, même si le montant d’ouverture reste en général très bas. Dans beaucoup de cas, le taux d’intérêt augmente proportionnellement au solde du compte. Dans d’autres cas, le compte n’est pas rémunéré en dessous d’un montant minimum.

    Exemple : la BRI (Indonésie) propose un compte courant pour les clients ayant besoin d’un service très liquide. Un intérêt faible est calculé et payé chaque mois sur les comptes dont le solde dépasse un montant minimum. Chaque semestre, les épargnants peuvent participer gratuitement à une loterie ; le nombre de coupons de loterie obtenu est proportionnel au montant épargné.

    Source : DDC

  • Le dépôt à terme (DAT)

    Le principe du DAT est que l’épargne versée est bloquée pendant une durée déterminée (de quelques semaines à plusieurs années). En général, il est possible de retirer l’épargne avant le terme en cas d’urgence, mais en perdant tout ou partie de l’intérêt accumulé.

    Ces comptes sont souvent assez bien rémunérés, en général en fonction de la durée du dépôt. Le montant minimum est relativement élevé pour l’ouverture du compte.

    Ce type de produit présente l’avantage, pour l’IMF, de pouvoir planifier la gestion de la liquidité des dépôts et de représenter une assiette de financement pour les crédits. Le dépôt à terme est privilégié par les clients aisés, qui veulent épargner pour le long terme. Toutefois, même les clients pauvres peuvent apprécier les produits d’épargne de ce type, qui leur permettent de soustraire une partie de leurs économies aux contingences et pressions quotidiennes.

    Exemple : ASA (Bangladesh) propose un compte d’épargne long terme contractuel sur 5 ans, avec une contribution mensuelle fixe. Au bout de cinq ans, les clients reçoivent leur épargne avec un intérêt composé (9%/an). S’ils n’effectuent pas les dépôts mensuels à temps, ils payent des frais ; après cinq dépôts non effectués, le compte est clôturé et une partie de l’intérêt perdu.

    Source : DDC


  • Vers des produits d’épargne de plus en plus diversifiés

    Beaucoup d’IMF ont innové et créé des produits d’épargne très divers, pour mieux s’adapter à des segments de clientèles distincts (jeunes, personnes âgées, associations…) et à des besoins spécifiques d’épargne (éducation, pèlerinage, logement…).

    En outre, les IMF s’inspirent souvent de formes d’épargne traditionnelles locales, comme les tontines, pour adapter leurs produits.

    Enfin, les nouvelles technologies de l’information ont permis de réduire le coût des prestations dans des zones rurales reculées (voir plus loin, l’exemple de PRODEM FFP en Bolivie). Pour les IMF qui ont développé des produits de transferts d’argent pour les migrants (Voir partie sur les services de transferts d'argent de ce dossier), des produits d’épargne long terme (plan épargne logement, éducation, etc) sont souvent développés pour capter l’épargne des migrants, et pouvoir in fine proposer également des produits de crédits à plus long terme.

    Trois exemples de produits d’épargne spécifiques répandus :

    • Epargne éducation : Il s’agit de compte d’épargne, assez répandus, permettant de payer les frais scolaires. Certains sont périodiques (couvrent les frais d’école pour les classes primaires et secondaires une ou deux fois par an), d’autres à plus long terme (accumulation de montants forfaitaires pour investir in fine dans des études plus coûteuses, études universitaires par exemple).

      Exemple : Le compte « dépôt à terme plus » de la Banque Rurale de Talisayan aux Philippines prévoit des versements réguliers par tranches pour payer les frais scolaires. Les clients de ce service peuvent participer à une loterie et faire un emprunt à la hauteur de leur épargne pour des urgences.

      Source : DDC

    • Epargne logement : pour permettre l’achat d’un logement, une IMF peut proposer une épargne régulière de petites sommes sur une longue durée. L’épargne accumulée peut permettre d’acquérir le logement, ou dans d’autres cas d’accéder à un prêt complémentaire, pour cet achat.

    • Epargne investissement : Plan d’épargne qui combine une épargne d’un montant défini au préalable, avec un prêt ou un crédit-bail permettant aux clients d’accéder à des biens productifs (charrue, machine à coudre, etc).

    Sans souci d’exhaustivité, on peut citer également : l’épargne retraite, funérailles ou mariage ; l’épargne pour les soins médicaux, ou l’épargne pour les urgences (compte d’épargne contractuel permettant de débloquer un crédit en cas d’urgence).

    Risques / recommandations

  • Le contexte économique et légal de la mobilisation de l’épargne

    Pour offrir des garanties de sécurisation des fonds, la mobilisation de l’épargne ne peut être réalisée que dans des conditions adaptées :

    • La stabilité macroéconomique et politique du pays est essentielle pour la confiance de la clientèle. Dans un contexte de forte inflation, les épargnants privilégient l’épargne en nature, dont la valeur réelle sera maintenue ; la collecte d’épargne monétaire sera moins adaptée. Les IMF ne doivent pas promouvoir l’épargne dans un tel contexte. Celles qui mobilisent déjà de l’épargne peuvent réduire les effets négatifs de l’inflation en suivant de près les indicateurs macro-économiques, et en adaptant leurs politiques d’investissements (par exemple, en plaçant leurs liquidités dans une devise forte) et de taux d’intérêt. Ainsi, durant la crise financière est asiatique de 1997, les IMF d’Indonésie se sont maintenues et ont même gagné la confiance des déposants, qui se sont retirés des banques commerciales.

    • La supervision des autorités d’un pays vise à protéger les épargnants et éviter l’effondrement du système financier. En général, les IMF ne représentent pas un poids suffisant dans le système financier d’un pays pour mettre en danger l’ensemble du secteur financier, mais l’écroulement de systèmes d’épargne (les pyramides en Albanie, la faillite de coopératives dans de nombreux pays) doit être prévenu. En théorie, les autorités devraient superviser uniquement les institutions qui collectent l’épargne volontaire ; souvent, le cadre légal et réglementaire concernant la microfinance va au-delà de cette exigence, et réglemente également les IMF proposant seulement du crédit ; il est fréquent que la collecte de l’épargne soit soumis cependant à des conditions plus strictes. Les exigences du cadre légal et réglementaire et la supervision des autorités, toutefois, ne suffisent pas à garantir la sécurité de l’épargne : les moyens de supervision sont en effet rarement adaptés. Il est donc indispensable qu’outre le respect des normes prudentielles et de la transparence exigés par la loi, les IMF se dotent de systèmes de contrôle interne performants.


  • Quand et comment les IMF peuvent-elles commencer à collecter l’épargne ?

    Trois ensembles de conditions doivent donc être réunis pour décider une IMF à mobiliser l’épargne de ses clients ou membres :

    • Environnement macroéconomique favorable c’est-à-dire, cadre juridique et réglementaire de la microfinance approprié (qui autorise la levée d’épargne), degré raisonnable de stabilité politique et économique (permettant de maintenir la valeur du capital épargné), densité de population minimum (permettant de rentabiliser le service) ;

    • Supervision du secteur : dans l’intérêt de leurs clients, et surtout des déposants, il faut que les institutions qui mobilisent l’épargne volontaire soient supervisées par les pouvoirs publics.

    • Capacités internes propres à l’institution : avant de mobiliser l’épargne volontaire de la population, l’institution de crédit doit d’abord démontrer qu’elle a toujours bien géré ses propres fonds. La mise en place d’un service d’épargne modifie en effet fondamentalement le fonctionnement d’une institution. Elle doit donc vérifier qu’elle a les capacités institutionnelles appropriées, notamment le personnel et la structure opérationnelle adaptée à la gestion de l’épargne (proximité et disponibilité vis-à-vis des clients).


  • Quelle démarche suivre, pour introduire un produit d’épargne ?

    On recommande généralement aux IMF qui n’ont pas d’expérience dans la collecte d’épargne, de procéder par étapes progressives pour mettre en place ce nouveau type de services ; les risques réels de fraude peuvent mettre en effet en péril la confiance entre l’IMF et ses clients, si l’institution ne procède pas prudemment :

    • rassembler d’abord des informations sur l’épargne volontaire (pratiques existantes, habitudes locales…), réaliser une étude de marché ;

    • préparer une phase pilote, avec une véritable formation du personnel à ce nouveau produit ;

    • évaluer les résultats de la phase pilote ; et surtout, adapter le SIG et vérifier la qualité du contrôle interne, avant d’étendre le service.

    Il est recommandé de commencer par un produit d’épargne particulier, simple à gérer (DAT par exemple) ; la diversification progressive de l’offre permettra ensuite de collecter des volumes plus importants. In fine la palette de produits proposés par l’IMF devrait inclure des produits liquides (à un taux d’intérêt faible ou nul), et des produits à terme (avec une rémunération plus attractive), afin de tenir compte de la diversité de la clientèle de l’IMF. Le seuil minimum défini pour les dépôts devra être faible, si l’IMF compte voir épargner des clients pauvres.

  • Quelles recommandations pour faciliter la collecte d’épargne à un coût acceptable pour les IMF ?

    • Localiser la collecte de l’épargne sur le marché où les populations viennent s’approvisionner et vendre leur production, par exemple.

    • “ Mobiliser l’épargne par des groupes autogérés ” : les membres du groupe épargnent un montant donné chaque semaine ou chaque mois ; cette épargne est bloquée et constitue un fonds que le groupe utilise pour faire des crédits aux membres qui en ont besoin ;

    • Appliquer le principe de la “ subvention croisée ”. Le but est de couvrir les coûts des services aux très petits épargnants par les marges dégagées sur les services aux bénéficiaires plus aisés (qui vont épargner des sommes plus importantes et pour qui la liquidité sera moins importante). Elle suppose d’une part que l’institution financière atteigne une diversité de population incluant des franges plus aisées, et qu’elle préserve durablement cette diversité. Celle-ci lui permet de limiter les coûts de transaction et la prise de risque.

    • Limiter le coût du personnel. Pour mobiliser de manière durable la très petite épargne et, a fortiori, en zone défavorisée, il est impératif de limiter les coûts de personnel. Les agents de terrain peuvent être recrutés localement dans la même couche socio-économique que les épargnants ciblés. Une base de bénévolat ou de semi bénévolat peut aussi être envisagée. Pour être maîtrisables par un personnel faiblement formé, les produits et procédures d’épargne doivent être simples.

    • S’appuyer sur l’intermédiation des groupes. Même si elles disposent d’un réseau de points de services étendu, les institutions formelles ont des difficultés à toucher individuellement les très petits épargnants. Les IMF peuvent avoir intérêt à s’appuyer sur l’intermédiation de groupes existants. En Inde, la Banque Nationale pour l’Agriculture et le monde rural travaille avec 400 000 groupes, comptant 7 millions de femmes. Le partenariat est à bénéfice réciproque : les groupes mobilisent leurs ressources et leur temps pour collecter l’épargne et limitent ainsi les coûts de transaction de la banque ; la banque sécurise l’épargne des groupes et leur donne accès au crédit.

    • Mobiliser les groupes autogérés dans les zones difficiles. Le même principe s’applique aux populations des zones défavorisées, enclavées ou éloignées des centres urbains où les institutions de financement ont du mal à se développer. Le recours à l’intermédiation de groupes autogérés assurant une partie de la transaction financière est une voie intéressante.

      Exemples

      L’expérience de collecte en milieu rural de Mushuc Runa (Equateur)

      Mushuc runa (terme qui signifie « nouvel homme ») est une coopérative d’épargne et de crédit lancée par un groupe de leaders indigènes de la communauté de Cibuleo, dans les montagnes équatoriennes. L’objectif initial de la coopérative était de fournir un accès au crédit ; mais très vite, les leaders ont pris conscience de la nécessité de mobiliser l’épargne, pour assurer le fonds de roulement de l’institution. Le cadre légal autorise les coopératives à collecter l’épargne.

      Dans un premier temps, Mushuc Runa n’a développé qu’un produit d’épargne obligatoire (montant moyen 70 USD) préalable au crédit. La crise du système financier en Equateur a changé la perception des clients envers les banques commerciales ; dans les provinces et les petites villes, les clients se sont tournés vers les institutions « non conventionnelles », avec une confiance croissante.

      Mushuc Runa a adapté sa stratégie de collecte d’épargne :

      • Accessibilité : la coopérative est située en ville ; les clients de communautés voisines viennent en ville régulièrement pour les ventes de récoltes et divers achats ; la coopérative a adopté des horaires d’ouverture plus souples, samedis et jours fériés inclus.

      • Diversification de l’offre, pour répondre à une demande de comptes d’épargne volontaire et de dépôts à terme.

      • Amélioration des systèmes opérationnels et de contrôle : l’IMF a mis en place un SIG pour l’enregistrement instantané des opérations, et renforcé ses mécanismes de contrôle.

      • Taux d’intérêt attractif : le taux de rémunération des épargnants est supérieur à ceux d’autres institutions financières locales.

        En décembre 1998, Mushuc Runa n’avait que 350 épargnants. En septembre 2003, l’IMF attirait plus de 30 000 épargnants, pour un encours de dépôt de 8 millions de $. L’épargne représente la seule ressource de l’institution, pour proposer des crédits à ses clients. La coopérative dessert une clientèle vaste, avec des taux de couvertures élevés parmi les ménages à bas revenus, secteurs ruraux et urbains marginaux, notamment indigènes.

        Grâce à cette stratégie active de collecte d’épargne, Mushuc Runa a démontré qu’une IMF bien gérée pouvait mobiliser des fonds importants et contribuer à l’émergence d’un véritable « marché financier » local, au bénéfice des communautés.

        Source : DDC, La mobilisation de l’épargne

      PRODEM (Bolivie) : l’utilisation des nouvelles technologies de l’information

      PRODEM FFP (Fonds Financier Privé) est une IMF réglementée, créée en Bolivie en 1999, après plus de 10 ans d’activité de microfinance en tant qu’ONG.

      Pour mieux répondre aux besoins de sa clientèle rurale (plus de 90% de la population rurale bolivienne est considérée comme « pauvre »), PRODEM a créé ses propres cartes à puce et distributeurs de billets, avec un système technologique innovant de reconnaissance des empreintes digitales. Ce système permettait de tenir compte d’un taux d’analphabétisme élevé en milieu rural, et du manque d’instruments classiques d’identification (cartes d’identité).

      Par cette combinaison de cartes à puce et distributeurs de billets vérifiant l’identité par les empreintes digitales, PRODEM peut s’assurer que les détenteurs du compte réalisent bien la transaction (les distributeurs classiques, avec un numéro de code, sont beaucoup moins sécurisés). Les distributeurs peuvent s’exprimer dans la langue locale des clients, et les clients analphabètes peuvent recevoir des instructions audio dans leur langue, en étant guidés sur des écrans sensoriels en fonction des couleurs.

      La carte à puce présente l’avantage de simplifier le traitement des dépôts, en enregistrant toutes les données personnelles et financières du client. Les transactions des distributeurs peuvent ainsi être réalisées sans connection électronique directe au bureau central, ce qui rend les transactions possibles mêmes dans des zones rurales isolées.

      Depuis l’introduction de ce système de cartes à puce en mai 2001, PRODEM FFP a acquis la part de marché la plus importante, pour les dépôts, parmi les FFP boliviennes. A fin septembre 2003 PRODEM FFP avait un encours de dépôt de plus de 14 millions de $ US pour 46 000 comptes d’épargne (montant moyen par compte : 309 $) ; 3000 nouveaux comptes étaient ouverts chaque mois.

      PRODEM FFP a le réseau le plus étendu du pays, avec 63 bureaux en zone autant urbaine que rurale, dans les neuf départements du pays. Les comptes d’épargne avec cartes à puce sont disponibles dans tous les bureaux de PRODEM FFP : un dépôt de 10 $US suffit pour ouvrir un compte ; les frais annuels de tenue de compte (7 $) sont payables un an après l’ouverture du compte. Les distributeurs installés dans 34 bureaux sont accessibles 24H/24.

      Le succès de cette expérience repose sur une combinaison réussie entre sécurité, simplicité, accessibilité et rapidité des dépôts, et la possibilité d’intervenir même dans des zones rurales reculées.

      Source : DDC, La mobilisation de l’épargne

      Pour en savoir plus

      • Documents de référence généraux



      • Comprendre pourquoi et comment les pauvres épargnent

        • Une référence incontournable :
          Rutherford S. “ Comment les pauvres gèrent leur argent ? ” . 2002. Editions GRET/KARTHALA.

      • Etudes de cas / études pays

        • Les systèmes d’épargne postaux dans la microfinance : Expériences africaines. Kamewe, H. in Exclusion et Liens Financiers - Rapport du centre Walras 2003, p. 330-341.

        • Goldstein G. Barro I., Etude sur le rôle et l’impact des services et produits d’épargne du secteur informel et des institutions de microfinance en Afrique de l’Ouest, PNUD-FENU, SUM, MicroSave-Africa, 1999.

        • Barlet K., Mobilisation de l'épargne en Bolivie (BIM), 2003 : http://microfinancement.cirad.fr/fr/news/bim/Bim-2003/BIM-06-05-03.pdf


      • Eléments pratiques pour la mise en place de produits d’épargne

le site en détail | nous contacter | contribuer | envoyer cette page à un ami