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Services de transfert d'argent

Enjeux pour les IMF

Les transferts de revenus des travailleurs migrants occupent une place souvent sous-estimée dans les économies de nombreux pays du Sud : en 2003, les migrants des pays du Sud avaient transféré environ 93 milliards de dollars US vers leur pays . Si l’on prend en compte les transferts informels, ces chiffres seraient même à réévaluer : une estimation globale pourrait être alors de l’ordre de 150 à 200 milliards de dollars US.

Transfert de revenus ne signifie pas forcément épargne : en effet, une grande majorité des re-venus transférés est affectée à des dépenses courantes dans les pays pourvoyeurs de main d'œuvre et seul un faible pourcentage est converti en épargne ou investissements productifs. Par ailleurs, si ces transferts sont globalement significatifs, une grande partie d'entre eux re-lève de l'informel et échappe donc à tout circuit officiel.

Aujourd’hui, les possibilités d’effectuer des transferts de fonds, pour les migrants notamment, sont souvent peu pratiques et chères :

  • Les banques locales peuvent recevoir des virements internationaux à partir du moment où elles font parties de systèmes internationaux de transferts de type SWIFT. Cette solution peut être plus économique que la suivante mais cela suppose pour le destinataire du virement d’avoir un compte dans la banque locale (ce qui est loin d’être le cas de tous les destinataires). Les délais peuvent être importants et pour récupérer le virement, le destinataire doit se rendre dans une des agences de la banque locale, à supposer qu’il y ait une agence dans la zone concernée (la plupart des banques locales ont en effet très peu de guichets décentralisés).

  • Les acteurs spécialisés du transfert de fonds de type Western Union ou MoneyGram, offrent un service souvent plus adapté. Le destinataire du transfert peut récupérer l’argent très rapidement, directement en liquide, sans avoir à ouvrir un compte. Ces services sont néanmoins assez chers et sont tributaires en termes d’accès pour les clients des réseaux d’agences des partenaires avec lesquels ils s’associent (en général des réseaux bancaires ou postaux).

  • Citons également pour les transferts de fonds à l’intérieur même du pays, les modes de transferts informels. C’est en général le seul mode de transfert d’argent en dehors des grosses villes, et pour cette raison ils représentent encore l’essentiel des transferts. Les modes de fonctionnement sont très variables, s’appuyant souvent sur des réseaux de solidarité entre les villes et les villages et impliquant souvent le transport effectif en liquide des sommes transférées. Ils sont néanmoins souvent peu efficaces et les risques de fraudes sont importants.

En moyenne, les coûts de transfert représenteraient 13% du montant transféré. Ces calculs ne prennent pas en compte les coûts de transaction non monétaires pour le destinataire quand il doit se déplacer à l’agence bancaire ou postale la plus proche.

Les études auprès des clients montrent que les critères essentiels, pour eux, d’un bon service de transfert sont la sécurité, la confidentialité, la destination (peut-on envoyer l’argent jus-qu’au village d’origine ?) ; le coût, qui n’est pas le principal élément discriminant.

Les IMF, grâce à leur proximité avec les destinataires des transferts de fonds ont un rôle ma-jeur à jouer dans cette activité :

  • Pour les destinataires finaux cela signifie un accès de proximité, un service plus adapté, des coûts de transaction (transport, temps perdu) plus faibles.

  • Pour l’IMF c’est une source de revenus sans risques et qui n’alourdit pas ses besoins de financements.

  • C’est également pour l’institution de microfinance un moyen de fidéliser ou conquérir une clientèle en lui proposant par exemple des services d’épargne adaptés pour pouvoir conserver une partie des montants reçus ; et mettre en place des produits d’épargne longue permet à l’IMF de proposer, en retour, des crédits à plus long terme à ses clients. Enfin, des transferts réguliers peuvent aussi permettre de mieux sécuriser les crédits locaux octroyés aux clients.

Les services de transfert d’argent sont donc, de plus en plus, considérés par les IMF comme un vrai marché potentiel. Ces services constituent à leurs yeux une opportunité d’offrir un produit nouveau potentiellement rentable qui peut contribuer au processus de commercialisation.

Le réseau de distribution des IMF est considéré comme très adapté à ce type de service et conforme aux attentes des clients. Plus globalement, ce service peut aussi permettre d’attirer de nouveaux clients pour les services de microfinance parmi les bénéficiaires des services de transfert. Les premières études de marché montrent qu’il existe effectivement un fort potentiel de marché.

Cependant, les IMF, à moins d’opérer en tant qu’institutions financières réglementées, ne sont pas nécessairement les mieux placées pour saisir cette opportunité. Cela en partie pour des raisons de limites légales imposées aux prestataires de services financiers, à cause de leurs capacités institutionnelles et de gestion limitées, de leurs réserves de capital limitées et de leur lien limité aux réseaux internationaux. Certains produits cependant peuvent s’avérer compétitifs et rentables pour les IMF, comme les services de transfert nationaux plutôt qu’internationaux.

Enfin, la nécessité de proposer une couverture nationale pour ce type de service conduit aussi les IMF à réfléchir à une mise en réseau, ou à la mise en place de tels services par l’association professionnelle du secteur. L’avenir pourrait voir ainsi se développer des accords entre IMF pour la mise en place de réseaux de transferts plus ambitieux.

Risques / recommandations

Pour les IMF, la façon a priori la plus simple d’entrer sur ce marché est de d’affilier à un acteur spécialisé du secteur (Western Union ou équivalent). Cela exige de l’institution de microfinance qu’elle ait développé un réseau suffisamment étendu pour pouvoir à la fois intéresser ces acteurs qui sélectionnent leur partenaires locaux avec attention et rentabiliser les investissements que cela demande (déploiement de moyens de communication sécurisés dans toutes les agences). Mais s’affilier implique également, pour l’IMF, de renoncer à une partie de la marge bénéficiaire, captée par cet acteur spécialisé.

Pour ces raisons, la plupart des exemples existants d’IMF proposant des services de transfert ont deux caractéristiques communes :

  • À peu d’exceptions près, ce sont des banques agréées plus que de petites IMF, opérant comme prestataires de microfinance exclusivement ou incluant des services de microfinance, ou des coopératives de crédit ;

  • La plupart d’entre elles servent d’agent pour un opérateur international de transfert d’argent (Western Union ou MoneyGram par exemple).
Exemples

Le service national de transfert d’argent de UMU, Ouganda

Uganda Microfinance Union (UMU) est une association de membres. Créée en 1997, elle est l’une des plus petites IMF d’Ouganda mais figure parmi les cinq principales du pays. UMU a développé une gamme de produits innovants et réactifs à la demande des clients appelée UMU WAY. Elle se compose essentiellement de produits d’épargne et de crédit individuels. Avec six agences et deux bureaux elle est déjà financièrement viable, bien qu’opérant à petite échelle et bénéficiant encore d’appuis substantiels de bailleurs.

UMU a lancé un produit de transfert pilote en avril 2001 avec l’appui financier du Challenge Fund du CGAP. L’expérience pilote était limitée à l’agence de Kayunga, qui se situe à 20 km de la route principale, à peu près à mi-chemin entre Kampala et Jinja. Depuis la fermeture de la Cooperative Bank lors de la crise bancaire de la fin des années 1990, Kayunga ne possédait plus qu’une caisse postale offrant des produits de dépôt et de transfert par le biais de son réseau.

L’UMU de Kayunga compte un petit nombre de clients ayant recours au service de transfert. Hors coût initial du capital, UMU a réalisé un petit bénéfice sur les frais au terme de trois mois de fonctionnement du service. L’expérience pilote est probante mais à ce jour il n’y a pas encore eu de phase d’extension car UMU projette de se transformer en institution de dépôt réglementée et d’établir un service de transfert d’argent via un contrat avec une sous agence.

A cette date, les clients sont essentiellement de grosses entreprises ou des franchises qui ont besoin d’effectuer des transferts de fonds régulièrement pour garantir leur approvisionnement en biens (par exemple pétrole ou tabac). Certains clients utilisent ce service jusqu’à deux ou trois fois par semaine, d’autres à une fréquence hebdomadaire ou seulement bimensuelle. Les transferts sont effectués dans les deux sens, de Kayunga vers Kampala ou l’inverse, quoique la plupart soient dirigés vers Kampala. Le montant des transferts s’échelonne entre 3 et 40 millions USh (environ 1700 à 23000 dollars).

Comment ça marche ?

Le client de Kayunga dépose son argent. Le responsable de l’agence appelle le bureau de Kampala. Le client de Kampala reçoit un chèque, qui sera tiré sur le compte bancaire de UMU. Les clients ont des accords avec leurs fournisseurs qui acceptent les chèques de UMU à titre de paiement. Le temps de transfert réel n’excède généralement pas 30 minutes.

Pour les transferts depuis Kampala, le client dépose l’argent sur le compte bancaire de UMU et l’agence UMU de Kampala lui remet un bordereau de dépôt. L’agence de Kayunga reçoit l’information par téléphone du siège (directeur général ou directeur des opérations) et les clients peuvent obtenir l’argent à Kayunga.

L’argent liquide est transporté une ou deux fois par mois par véhicule blindé de l’agence de Kayunga à Kampala.

Coûts

Pour le client : UMU applique une commission de 0,25 à 0,4 pour cent du montant du transfert, négociable avec le responsable d’agence. La commission minimum est de 17500 USh (environ 10 dollars). Pour UMU : les principaux coûts sont les coûts de location du véhicule blindé et de l’assurance supplémentaire.

Pourquoi les clients utilisent ce service ?

La principale exigence des clients concerne la sécurité. Sont également importants la fiabilité du service et l’accès sécurisé aux fonds au moment voulu. Ceci est essentiel pour certaines transactions comme dans l’industrie du pétrole où les commandes sont soumises à des minima. Les clients qui se disent intéressés mais n’utilisent pas le service trouvent les frais trop élevés. Ils voudraient que la commission soit plus faible pour les montants moins élevés, par exemple inférieurs à 10 millions USH – ce qui est plutôt contraire à la logique de la tarification.

Défis

Les principaux défis initiaux concernent le niveau de liquidité du compte bancaire ainsi que l’analyse des demandes des clients permettant d’évaluer le besoin de liquidité de l’agence et les besoins de transport de fonds. Actuellement, le défi de UMU est d’arriver à étendre la base de clients pour ce produit et notamment de trouver le moyen de toucher des clients autres que les entreprises. En augmentant le nombre de clients et le nombre de transferts, UMU devrait être en mesure de réduire les frais.

A quoi faut-il faire attention ?

La direction de UMU souligne que l’une des conditions préalables au lancement d’un produit de transfert consiste à mettre en place des contrôles étroits pour prévenir la fraude. Cela nécessite des systèmes performants de contrôle et de suivi des transactions.

Source : BIM du 12/10/2004 (Barlet K.)



Pour en savoir plus

Documents de référence généraux :

  • Deux BIM de synthèse :



  • Plusieurs sources intéressantes de chiffres et d’analyse globale du phénomène :

    • Vielajus, J.-L. & Bentaleb, N. & Courtoux, P. & Dembele, Y., Migration et phénomènes migratoires : flux financiers, mobilisation de l’épargne et investissement local, AFD 2004. : http://www.lamicrofinance.org/files/14571_Migration_afd.pdf

    • Puri, S. et Tineke R., Migrant Worker Remittances, microfinance and the informal economy (traduit en français sous le titre Transfert des revenus des travailleurs migrants, microfinance et économie informelle), Working Paper 21, BIT, 1999.

    En anglais :

    Sander C., Capturing a market share? Migrant remittances and money transfers as a microfinance service in Sub-Saharan Africa, Small Enterprise Development, vol. 15, n°1, mars 2004 (Theme issue : Migrant worker remittances). Small Enterprise Development est une publication trimestrielle de ITDG Publishing (http://practicalactionpublishing.org/?id=publishing)

  • Ainsi qu’un numéro de Techniques financières et développement, n°76 (Epargne sans Frontières, 2004), avec plusieurs articles à noter :

    • L'épargne des migrants, nouvel eldorado du développement?

    • Transferts financiers des migrants, un levier pour le financement local du développement?

    • A la recherche de régulation et de supervision: l'histoire du secteur somalien des transferts financiers des migrants.

    • Transferts des migrants: un nouveau financement pour le développement?

Plus spécifiquement, sur le lien entre IMF et transferts d’argent :

Etudes pays et exemples d’IMF :

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