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1. Spécificité des produits

Ce sous thème présente les principales caractéristiques de la demande en matière de finance rurale. Il montre en quoi les besoins de financement de l’agriculture sont spécifiques au sein de la finance rurale. Il propose des méthodes et des outils permettant d’analyser la demande de financement rural.

1. Quels sont les besoins en matière de financement rural ?

2. En quoi les besoins de financement de l’agriculture familiale sont-ils spécifiques au sein du financement rural

3. Comment analyser les besoins : des méthodes et des outils pour le diagnostic de la demande de financement rural et agricole ?

1. Quels sont les besoins en matière de financement rural ?

Les besoins de financement rural peuvent être divisés en deux grandes catégories :

  • le financement du développement rural qui porte sur les infrastructures économiques et sociales dont le monde rural a besoin pour se moderniser : routes, aménagements, mais aussi écoles, systèmes de formation, centres de santé, … Les besoins de financement afférents portent sur des volumes importants. La rentabilité de ces activités est indirecte ou différée dans le temps. Ces financements sont assurés à travers des fonds spécifiques (fonds de développement local, …) alimentés par différentes sources (budget public, subventions, co- financement, éventuellement crédit ).
  • Le financement des unités économiques rurales : familles, ménages, entreprises, organisations ayant des activités économiques qui dégagent une rentabilité directe. Cette catégorie de besoins de financement relève de services financiers que sont le crédit rural, l’épargne et les assurances.
Au sein de ces unités économiques rurales, deux grandes catégories peuvent être distinguées : un nombre limité d’unités économiques rurales (gros commerçants, moyennes ou grandes entreprises rurales, …) répond aux critères d’accès aux banques, grâce à la nature, au volume de leurs activités économiques et à leur mode de gestion (comptabilité, …) ; en revanche, un grand nombre d’unités économiques rurales ne répond pas aux critères bancaires : activités de petite dimension économique, souvent informelles, faible dotation en capital ne permettant pas de fournir des garanties matérielles, faible capital humain ne permettant pas l’accès aux procédures bancaires… C’est à cette catégorie d’acteurs économiques que s’adresse la microfinance rurale.

Les besoins de financement de cette catégorie d’unités économiques, ainsi que les difficultés qu’ils peuvent rencontrer pour la gestion du crédit et de l’épargne varient en fonction de la diversité des situations rurales. Ainsi la densité de la population, le degré de développement de l’activité économique, des marchés, la diversité des activités, la part de l’agriculture dans les activités rurales, la nature de l’activité agricole insérée ou non au marché, vont influer sur les besoins de financement des populations rurales.

Quatre principaux types d’activités sont pratiquées – et souvent combinées en milieu rural : les activités du secteur primaire (agriculture, élevage, pêche, foresterie), l’artisanat à l’échelle de l’individu ou de l’entreprise de taille variable, le commerce et les services.

Les familles, les ménages, les entreprises rurales informelles sont des unités de gestion économique complexes. L’élaboration de produits financiers adaptés doit prendre en compte cette complexité. Dans de nombreux milieux ruraux, l’unité familiale est complexe, regroupe plusieurs ménages, peut comprendre des dépendants qui sont sous l’autorité d’un chef de famille, mais peuvent gérer parfois un petit budget autonome. Le budget de la famille est étroitement imbriqué avec le budget de l’entreprise ou de l’exploitation agricole. Plusieurs types d’activités économiques, agricoles et non agricoles, peuvent être pratiquées par une même unité économique. Quand une telle unité complexe obtient un crédit, celui ci peut être mobilisé pour l’ensemble des activités économiques, mais aussi pour financer des besoins sociaux (scolarisation, santé, obligations sociales, …) et il devient alors difficile de dire quel est l’effet du crédit sur telle activité spécifique de l’unité économique : c’est ce qu’on appelle la fongibilité du crédit. Il faut donc prêter une attention particulière à la complexité des unités économiques pour l’élaboration de produits financiers adaptés.

En milieu rural, la gestion économique est étroitement insérée dans les pratiques sociales ; la gestion du crédit, de la dette, de l’épargne, de l’investissement est régie par une combinaison de critères économiques et de critères sociaux et culturels, variable selon les milieux. Les sociétés rurales connaissent aujourd’hui des évolutions rapides qui peuvent déstructurer plus ou moins profondément leur cohésion, leurs règles, leurs pratiques de gestion. L’élaboration de produits financiers adaptés devra prendre en compte ces caractéristiques.

Dans la plupart des milieux ruraux, il existe des pratiques de financement informel portant sur le crédit, sur l’épargne ainsi que sur des formes d’assurance. L’importance économique de ces pratiques informelles a été longtemps sous estimée et considérée comme marginale et appelée à disparaître dès lors que se développeraient des services financiers formels. On sait aujourd’hui que ces pratiques sont bien loin d’être négligeables dans les économies rurales, que le financement formel les fait rarement disparaître et que bien souvent les acteurs économiques les utilisent de manière combinée avec les services financiers formels. Une analyse des besoins de financement ruraux doit donc prendre en compte ces financements informels.

Pour aller plus loin

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2. En quoi les besoins de financement de l’agriculture familiale sont-ils spécifiques au sein du financement rural ?

Le terme "financement de l’agriculture familiale" est large et recouvre des domaines de nature différente :

  • le financement de l’exploitation agricole (campagne agricole, équipements, soudure, …)
  • le financement des organisations paysannes
  • le financement de la commercialisation des productions agricoles
  • le financement des services d’appui à l’agriculture (vulgarisation, recherche, infrastructures,…)

Ces besoins de financement ne sont pas de même nature, ne portent pas sur les mêmes volumes et ne peuvent pas être couverts par les mêmes dispositifs financiers. Une large part du financement de l’exploitation agricole et des organisations paysannes relève de services financiers marchands « de proximité » (épargne, crédit, assurance) ; le financement de la commercialisation des produits agricoles porte sur des volumes justifiant la mobilisation des services financiers bancaires ; les services d’appui à l’agriculture, le financement des infrastructures, relèvent d’autres mécanismes de financement dont l’articulation reste à redéfinir dans le contexte actuel de la libéralisation (subventions, taxes para-fiscales, rémunération par le marché ..).

En quoi le financement de l’exploitation agricole est –il spécifique ?
Le budget de l’exploitation agricole familiale est étroitement inséré dans le budget global du ménage. Dès qu’ils ont accès au marché, les ménages développent des systèmes d’activités plus ou moins complexes, mêlant les activités agricoles et non agricoles ; le ménage est une unité économique, mais aussi sociale ; les besoins de financement des activités, des investissements, de la consommation, les besoins sociaux sont étroitement liés. Ce faisant, on ne peut donc pas traiter les problèmes de crédit agricole indépendamment de la demande globale de financement des ménages.

La très grande diversité des besoins est une autre spécificité du financement de l’exploitation agricole. Cette diversité des besoins, assortie d’une forte diversité des contraintes, varie en fonction des contextes agro-économiques, des systèmes de production agricole plus ou moins diversifiés et intensifs, des systèmes d’activités des ménages, de leur degré d’insertion dans le marché… Le document ci joint présente une analyse synthétique de la diversité des besoins de financement de l’agriculture familiale en Afrique de l’Ouest.

Les besoins en services financiers des exploitations agricoles portent sur différents types de crédit :

  • de court terme : pour le financement de la campagne agricole (intrants, main d’œuvre), de l’embouche, du stockage, de la première transformation des produits agricoles
  • de moyen terme : pour l’équipement agricole
  • de long terme pour l’équipement lourd, les plantations de culture pérennes, l’achat de foncier dans certains contextes mais aussi sur des produits d’épargne susceptibles de développer les capacités d’autofinancement des exploitations et des produits d’assurance.
Les besoins de financement et la demande solvable des exploitations atteignent des volumes particulièrement importants dans les zones de culture d’exportation. En Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale, cette demande était couverte jusqu’ici par le secteur public (banques et sociétés de développement) dans le cadre des filières intégrées. La libéralisation démantèle ces mécanismes et ouvre l’espace financier à de nouveaux acteurs, parmi lesquels la microfinance est sollicitée. Mais les volumes en jeu sont souvent disproportionnés par rapport aux portefeuilles actuels et aux capacités de croissance des institutions de microfinance .

La rentabilité des activités agricoles est variable et aléatoire. Elle dépend d’une combinaison de facteurs internes aux exploitations (contexte agro-écologique, degré d’intensification, de maîtrise technique, d’insertion dans le marché, …) et externes, non ou faiblement maîtrisés par les exploitations (prix des produits, coût des facteurs de production, évolution des marchés, qualité des infrastructures). Elle est liée aussi à la qualité des services d’appui à l’agriculture (approvisionnement en intrants, commercialisation, conseil technique, vulgarisation, recherche). Au sein de la combinaison d’activités économiques des ménages, la rentabilité des activités agricoles est souvent plus faible et plus aléatoire que celle des activités non agricoles. L’analyse de la rentabilité des activités doit être conduite par type d’activité, mais aussi plus globalement, au niveau du système d’activités des ménages ruraux.

La saisonnalité des activités et des revenus agricoles est une source de difficulté pour le financement : les besoins de liquidité et les rentrées monétaires mobilisées pour le remboursement du crédit sont concentrés sur des périodes relativement courtes et impératives, ce qui requiert une adaptation étroite des procédures de crédit aux calendriers agricoles et pose aux institutions financières des problèmes de gestion de la liquidité et de la régulation annuelle de la productivité des agents, en cas de portefeuille de crédit fortement agricole.

La difficulté de la mobilisation de l’épargne en milieu agricole et rural est une contrainte forte pour la création d’une offre de financement durable. Les formes traditionnelles d’épargne (bétail, stock de céréales, bijoux, …) ont encore le plus souvent la préférence des populations rurales qui les trouvent plus souples, plus fiables, voire souvent plus rentables que l’épargne offerte par les institutions de financement. La faible mobilisation de l’épargne, et particulièrement celle de l’épargne longue et stable (dépôt à terme) limite la consolidation financière des institutions et leurs ressources de crédit.

Le financement de l’agriculture est par ailleurs caractérisé par un degré élevé de risque.

En quoi le financement des organisations paysannes (OP) est-il spécifique ?
Les besoins de financement des OP couvrent de trois types de préoccupations qui relèvent de dispositifs de financement différenciés :

  • Améliorer l’accès des exploitants agricoles aux services financiers
  • Financer les initiatives économiques collectives
  • Générer des ressources permettant de couvrir les frais de fonctionnement de l’OP, contribuer au renforcement des capacités de l’OP, participer au co-financement de services d’appui à l’agriculture, etc.

Le financement des activités économiques des OP requiert des volumes de financement importants (fonds de roulement, équipement), avec des contraintes fortes liées à la saisonnalité des activités. Le degré de risque pris sur ces financements est élevé.

En milieu rural, les pratiques financières sont étroitement insérées dans les pratiques sociales
Dans les sociétés traditionnelles, les échanges monétaires, les pratiques d’entraide, de solidarité, les notions de dette, sont inscrits dans des codes sociaux qui peuvent avoir une influence déterminante sur l’intervention en matière de financement.

Pour aller plus loin

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3. Comment analyser les besoins : des méthodes et des outils pour le diagnostic de la demande de financement rural et agricole ?

Le diagnostic des besoins de financement d’une zone rurale et agricole doit rendre compte de l’organisation économique générale de cette zone, mais aussi de la complexité des besoins et des contraintes des différentes catégories d’acteurs économiques. Il doit permettre de comprendre comment la gestion économique est insérée dans les pratiques sociales. Il doit apporter aussi un regard sur l’histoire économique et l’histoire du crédit dans la zone.

Dans un premier temps, le diagnostic s’attachera à caractériser l’environnement économique de la zone étudiée, le degré d’intégration dans l’économie de marché, l’étendue des marchés ; les risques afférents à l’activité économique sont identifiés. La diversité des acteurs économiques pourra être appréhendée à travers une typologie.

Le diagnostic s’attachera ensuite à analyser les systèmes d’activités, les budgets annuels de chaque catégorie d’acteurs et leurs pratiques de financement actuelles.

Une attention particulière sera portée aux caractéristiques sociales de la zone étudiée pour évaluer la capacité des populations à s’impliquer durablement dans un système de financement participatif : quelles sont les formes d’organisations sociales traditionnelles ? Comment se caractérisent les pratiques d’entraide ? Quelle place occupent dans la culture et les pratiques locales les valeurs de solidarité, d’honneur, d’intégrité ….

Si ces grandes lignes sont communes à tous les diagnostics, il existe cependant plusieurs méthodes de diagnostic des besoins.

Les documents suivants présentent différents types de méthodes :

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