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4. Comment gérer le risque du financement rural et agricole ?

Les spécificités du risque du financement rural et agricole sont tout d’abord analysées ; puis le dossier examine méthodes et outils utilisés pour gérer ce risque : outils « bancaires » traditionnels (garantie, fonds de garantie, …), outils spécifiques de la microfinance (caution solidaire), méthodes et outils innovants (crédit stockage, associations caution mutuelle, centrale de risques, …), assurances…

1. Les spécificités du risque

2. Les méthodes et outils utilisés pour gérer ce risque

1. Quelles sont les spécificités du risque du financement rural et agricole ?

Le financement rural et celui de l’agriculture en particulier, est caractérisé par un degré élevé de risques, de différente nature : climatique, sanitaire, économique (variation de prix, difficultés d’écoulement de la production agricole, concurrence avec les produits d’importation…).

Ces risques sont souvent covariants : ils pèsent sur l’ensemble des emprunteurs d’une zone donnée (sécheresse, inondations, épizooties, …) au même moment. Les risques covariants sont plus difficiles à mutualiser et désamorcent les mécanismes de sécurisation habituellement utilisés par la microfinance (caution solidaire de proximité).

A ces risques pesant sur l’activité agricole, se conjuguent des risques moins spécifiques, liés à l’emprunteur : défaillance pour décès ou maladie, « mentalité dégradée » par rapport au crédit dans bon nombre de zones rurales où les expériences de crédit laxistes se sont succédées, ou encore défaillance pour cause d’endettement non maîtrisé.

Le financement des organisations paysannes (OP) présente un degré de risque élevé. Ce risque résulte de facteurs externes aux OP (instabilité des marchés agricoles, politiques des prix, ..), mais aussi internes (faible structuration des organisations, capacités et outils de gestion insuffisants, faible capitalisation, …). Les OP ont par ailleurs souvent à porter le poids d’une histoire longue et difficile en matière de crédit (impayés, endettement) qui peut compromettre durablement leur crédibilité auprès des institutions de financement.

Pour aller plus loin…

Lesaffre D., Pesche D., 2002. Microfinance et sécurisation du crédit agricole. In Actes du séminaire de Dakar « Microfinance et agriculture familiale »

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2. Comment la microfinance gère-t-elle le risque rural et agricole ?

2.1 Des outils « classiques » : garanties matérielles, fonds de garantie, assurance
  1. Dans les institutions financières « classiques », le risque est géré par la prise de garanties matérielles, l’obligation d’un apport personnel de l’emprunteur, l’obligation de domiciliation des ressources, assurance….


  2. Dans les pays du Sud, le recours à des fonds de garantie de différente nature est un mode de gestion du risque qui a été souvent mobilisé et qui perdure aujourd’hui. Ses limites sont bien connues : « oreiller de paresse », il déresponsabilise le prêteur comme l’emprunteur, aucune des parties ne prenant de risque sur ses propres fonds ; vite épuisé et difficile à reconstituer, il n’est souvent pas un outil de sécurisation « durable ».

    Sur les potentialités et limites des fonds de garantie « classiques » :


  3. L’assurance de l’emprunteur est autre outil « classique » mobilisé par les banques pour sécuriser leur crédit. La microfinance explore cette voie avec plus ou moins de succès.
    Microfinance rurale et assurance

    Les « clients » de la microfinance rurale sont exposés à des risques nombreux et variés :

    • les risques climatiques et sanitaires pèsent sur la production de l’agriculture et de l’élevage
    • les risques liés à la santé peuvent compromettre la force de travail d’un ménage rural, d’une exploitation agricole et peuvent entraîner des dépenses importantes et imprévues qui parfois ne peuvent être couvertes que par la vente de biens productifs (animaux, outils, voire terre, …)
    • les risques liés à l’instabilité des marchés peuvent entraîner des baisses importantes et imprévues de revenu des emprunteurs
    Face à ces risques, la microfinance participe à la réflexion sur différentes formes d’assurance :

2.2 La caution solidaire, innovation majeure de la microfinance
La microfinance a profondément renouvelé les modes de gestion du risque rural et agricole en développant la caution solidaire. Fondée sur la mobilisation d’un capital social en lieu et place d’une garantie matérielle, ce principe a révolutionné les approches en matière de financement et permis l’accès aux services financiers aux plus pauvres.

Cependant, même si elle reste le fondement d’une part importante des IMF, ses limites apparaissent progressivement : la caution solidaire est souvent davantage l’expression d’une pression sociale que d’une réelle solidarité ; le mécanisme ne fonctionne que dans les contextes de forte cohésion sociale ; il s’érode au fil du temps, il peut être manipulé et reste étroitement enchâssé dans les systèmes de pouvoirs locaux … Par ailleurs, la caution solidaire n’est d’aucun secours face aux risques co-variants (si tous les emprunteurs sont touchés par la même catastrophe, aucun d’entre eux ne pourra rembourser pour le groupe solidaire), ce qui limite considérablement son emploi pour la sécurisation du crédit agricole.

2.3 De nouvelles innovations pour maîtriser le risque rural et agricole
Face à ces limites, une nouvelle génération de mécanismes de sécurisation tente de renforcer la caution solidaire (responsabilité collective) par une responsabilisation plus forte de l’individu et par la transformation de la caution sociale en garantie matérielle ; en cours d’expérimentation, certains de ces mécanismes pourraient ouvrir des perspectives pour le financement de l’agriculture.
  1. De nouvelles formes de garanties solidaires transforment la caution sociale en garantie matérielle : les fonds de garantie paritaires et les sociétés de cautionnement mutuel

    Le concept de fonds de garantie paritaire tente de contourner le problème de déresponsabilisation des emprunteurs et des prêteurs qu’entraîne le fonds de garantie classique : le fonds paritaire est abondé au moins partiellement par les différentes parties de la transaction de crédit, qui devraient être ainsi plus attentives à sa gestion.

    Les sociétés de cautionnement mutuel reprennent et affinent ce principe.

    Les structures de caution mutuelle sont des institutions qui visent à constituer un mécanisme de garantie du crédit pris par leurs membres auprès d’une institution de financement. Les premières expériences en la matière ont été créées, sous forme de société, en Europe et au Canada, en lien avec le mouvement mutualiste. Aujourd’hui, cette idée est reprise notamment en Afrique, pour sécuriser les dispositifs de crédit de la microfinance. Les exemples existant sont à un stade expérimental (4 ou 5 ans de fonctionnement seulement) et ont été créés sous des formes juridiques variant en fonction des contextes législatifs nationaux (sociétés ou associations).

    La caution mutuelle conjugue les principes classiques du mutualisme (épargne préalable) avec l’approche de la caution solidaire. C’est un fonds de garantie abondé par les emprunteurs et la structure de financement, qui peut être mobilisé dans des conditions clairement contractualisées en cas de défaillance de remboursement du crédit.

    Pour en savoir plus sur les structures de cautionnement mutuel



  2. De nouvelles formes de contrats : crédit stockage, warrantage, délégation de créance

    Le "crédit-stockage" ou warrant agricole (en anglais "warehouse receipt financing" ou "inventory credit") est une innovation explorée par des projets de développement et repris par la microfinance. Elle vise à sécuriser le crédit à des agriculteurs, en s’appuyant sur des contrats de stockage.

    Quel en est le principe ?

    Les petits agriculteurs vendent habituellement leurs produits pendant la période de soudure juste avant la récolte et stockent leur production nouvelle jusqu'à la soudure suivante, au moment où les prix et le potentiel de bénéfice sont optimums. Cependant, du fait de techniques de conservation ou de séchage inappropriées, de mauvaises conditions de stockage et/ou de besoins impératifs de trésorerie, les petits producteurs sont parfois privés de cette marge de manœuvre. Le 'crédit-stockage' leur offre la solution suivante : en stockant leurs produits dans un entrepôt fiable jusqu'à ce que leur cours augmente, et en utilisant ces produits comme garantie, les petits agriculteurs peuvent accéder à des ressources financières avant de vendre leur production. Selon les modalités du système, celui-ci offre également une sécurité alimentaire aux paysans qui peuvent prélever de quoi subsister sur leur stock pendant la période de soudure.

    Pour en savoir plus sur la sécurisation du crédit par des contrats de stockage : crédit –stockage, warrant agricole, délégation de créance …



  3. Renforcer le traitement individualisé de la demande de crédit

    Quand le crédit est accordé sur la seule base de la caution solidaire, c’est le capital social de l’individu qui est évalué, sa situation et son projet économiques ne sont pas souvent connus par l’IMF. Cette forme de garantie permet un traitement de masse et une réduction des coûts de transaction, particulièrement appréciables dans le cas de petits crédits. Mais quand la cohésion sociale est trop faible pour permettre le fonctionnement de la caution solidaire, ou encore quand les montants de crédit augmentent – crédit moyen terme à l’équipement, par exemple -, le traitement individualisé de la demande de crédit est une alternative à nouveau explorée par certaines IMF. Elle implique une analyse de la situation économique de l’emprunteur, ainsi qu’une analyse du projet qu’il veut financer à crédit. Dans la pratique, cette analyse reste rudimentaire et, du fait de l’absence de documents de gestion, est conditionnée par la connaissance étroite que le personnel ou les élus d’une IMF ont de leurs membres. Une forte décentralisation de l’IMF, un pouvoir d’octroi de crédit détenu par les élus locaux, une formation des décideurs à l’analyse économique sont des conditions pour que cette forme de traitement de la demande de crédit soit efficace.

  4. Le conseil de gestion pour sécuriser le crédit ?

    Les méthodes du conseil de gestion, mises en pratique avec les exploitants agricoles, mais aussi avec les organisations paysannes, peuvent être des outils efficaces pour améliorer la production d’information sur les besoins et contraintes spécifiques de l’agriculture, et renforcer la confiance entre l’emprunteur et l’IMF.

    Pour aller plus loin



  5. Des outils de la régulation sectorielle pour sécuriser le crédit : les centrales de risque

    Dans toutes zones où la microfinance s’est fortement développée, avec une multiplication des systèmes financiers travaillant dans les mêmes espaces, avec les mêmes populations, les besoins de maîtrise du risque, de contrôle et de régulation se renforcent. Les risques liés à la concurrence entre IMF d’un même territoire sont importants : risque de cavalerie, endettement des ménages, impayés… Le problème est renforcé dans les zones où de lourds impayés de crédit bloquent tout accès à de nouveaux financements.

    La centrale de risque est une convention de collaboration entre différentes institutions de financement présentes dans une même zone. La convention instaure des procédures de régulation de la concurrence, d’échange d’information, de traitement des problèmes de financement de la zone : impayés, retards, …

    La centrale de risque est un outil de régulation de la concurrence entre IMF et d’assainissement des situations d’impayés de crédit. Si l’outil est séduisant, sa mise en œuvre reste largement problématique, et on ne connaît pour l’instant que peu d’expériences réussies. L’exemple de la centrale de risque mise en place par les institutions financières intervenant à Niono au Mali est à ce titre particulièrement intéressant.

    Pour aller plus loin

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