Introduction
Qu’est-ce que le risque ? Toute entreprise, qu'elle soit privée ou publique, avec ou sans but lucratif, espère créer de la valeur, qui peut être non seulement économique, mais aussi sociale (santé, sécurité, bien-être, …) et environnementale. Pour l'entreprise financière, comme pour les autres, le risque de manière générale est l'amplitude potentielle de la différence entre la valeur effectivement créée et l’objectif de création de valeur qu’on s’était fixé.L'objectif de ce dossier thématique est d'examiner de manière concrète, pratique et abordable la transposition des principes et lignes directrices de la gestion des risques dans la microfinance en général, sans bien entendu se limiter au microcrédit.
Risques et gestion
La relation entre risques et gestion est étroite : une bonne approche des risques est une décision de gestion purement et simplement, prise par les responsables de l'entreprise afin d'atteindre les objectifs prévus avec un maximum de certitude, en utilisant au mieux les moyens qui sont mis à leur disposition. Pour mesurer la variation par rapport à une projection, il est donc nécessaire de disposer de la projection en question. En d'autres termes, une bonne approche des risques nécessite une vision stratégique préalable qui fixe les objectifs de création de valeur. Ce pré-requis est indispensable pour être crédible dans ce domaine.Importance de la gestion des risques dans la bonne gouvernance
La gestion des risques, y compris pour les institutions de microfinance, peut dès lors être considérée comme un élément clé d'une bonne gouvernance d'entreprise. Selon l'OCDE, qui a publié en 2004 une version revue des "Principes de gouvernement d'entreprise de l'OCDE", le gouvernement d'entreprise fait référence aux relations entre la direction d'une entreprise, son conseil d'administration, ses actionnaires et d'autres parties prenantes. Il détermine également la structure par laquelle sont définis les objectifs d’une entreprise, ainsi que les moyens de les atteindre et d’assurer une surveillance des résultats obtenus. C'est la seconde partie de cette définition qui concerne la gestion des risques.
Les principes de l'OCDE constituent une proposition générale qui a été déclinée par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (BCBS) dans des principes de bonne gouvernance pour le secteur financier (Principles for enhancing corporate governance). Dans ce document (p. 2), le Comité précise que certaines analyses menées au niveau international ont montré que parmi les pratiques de gouvernance d'entreprise, celle de la gestion des risques a été une des causes de la crise financière qui a débuté en août 2007. La gestion des risques est citée en troisième position dans les domaines clés sur lesquels il faut porter l'attention pour respecter les bonnes pratiques de gouvernement d'entreprise. Tenant compte du rôle fondamental d'intermédiation que jouent les institutions financières, ainsi que de leur rôle croissant dans le développement des économies, le Comité précise cependant que pour elles, l'objectif principal d'une bonne gouvernance n'est pas tant le respect des droits des actionnaires mais bien celui du maintien de la confiance dans le secteur bancaire. Cette confiance est nécessaire à sa stabilité, qui permet elle-même d'assurer la protection des déposants.
Mais qu'en est-il de la microfinance ?
Spécificité des IMF
La microfinance ne fait pas exception à ces principes généraux. Cependant, son business model est fondamentalement différent de celui d'une banque de détail, et sans nier la présence des autres risques, le risque de crédit apparaît comme le risque principal auquel doit faire face une institution de microfinance. Cela signifie dès lors qu'une gestion efficace des risques nécessite une approche particulière, ainsi que des outils et des compétences spécifiques.
L'évolution et le suivi du portefeuille à risque (PAR), peu mis en avant dans le secteur bancaire traditionnel, mais abondamment traités en microfinance dans la littérature spécialisée, doit faire l'objet de toute l'attention des gestionnaires d'IMF.
Malgré la différence de business model, l'adoption d'une méthode de gestion intégrée des risques s'avère tout aussi adéquate pour une IMF que pour une banque de détail traditionnelle. La gestion intégrée est une approche globale et systématique de la gestion des risques qui a pour but de minimiser leur impact de façon durable. L'approche globale permet aussi de se rendre compte de l'interaction et du renforcement de certains risques entre eux.
Risques et contrôle interne
Attention cependant, une gestion intégrée des risques ne dispense nullement de mécanismes efficaces et efficients de contrôle interne.La définition généralement acceptée du contrôle interne précise qu'il s'agit de mesures qui sont mises en place par la direction et qui ont pour but d'assurer que :
(i) les objectifs posés par l’entreprise sont atteints,Cette notion est également définie clairement et plus spécifiquement pour les institutions financières par le Comité de Bâle, dans le document relatif à l'amélioration de la gouvernance d'entreprise (Principle 6 p. 17).
(ii) les ressources sont utilisées de façon économique et efficiente,
(iii) les risques sont contrôlés adéquatement et le patrimoine est protégé,
(iv) l’information financière et l’information de gestion sont complètes et fiables et
(v) les lois et réglementations ainsi que les politiques, les plans, les règles et les procédures internes sont respectés.
En savoir plus
Principes de gouvernance
- Principes de gouvernement d'entreprise de l'OCDE, Editions de l'OCDE, 2004, 76 p.
Spécificité des IMF face au risque
- Principle for enhancing corporate governance, Bank for International Settlements, Basle Committee on Banking Supervision, 2010, 42 p.
Contrôle interne
- La gestion du risque par les IMF (BIM), Gret/Cirad, 1999, 4 p.
- Guide méthodologique du contrôle interne des SFD dans les pays de la zone UEMOA,
PriceWaterhouseCoopers, 2010, 314 p.
- Améliorer le contrôle interne : Guide pratique pour les IMF, Campion, A. ; 2000, 93 p.




