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1. Vue d’ensemble sur différentes démarches

La notion de « performances sociales » a été définie au sein de la Social Performance Task Force comme « la traduction effective dans la pratique de la mission sociale d’une institution de microfinance en lien avec des valeurs sociales communément acceptées qui fixent de servir un nombre croissant de personnes pauvres et exclues, d’améliorer la qualité et l’adaptation des services financiers, de créer des bénéfices pour les clients et d’améliorer la responsabilité sociale d’une IMF ».

1. Définition

Cette acception se base sur le principe que les institutions de microfinance ont généralement un double objectif de résultat (« double bottom line » en anglais), à la fois financier et social. Dans cette perspective, les performances sociales et financières d’une IMF sont complémentaires et composent ensemble ses performances globales.

Les notions de performances sociales et de responsabilité sociale de la microfinance sont aujourd’hui considérées comme une entrée nouvelle et complémentaire de l’évaluation financière du secteur.

Responsabilité sociale et performances sociales

On entend ici par responsabilité sociale la préoccupation des parties prenantes (IMF, réseaux, investisseurs, bailleurs) à s’assurer que leurs actions sont transparentes (accountability), qu’elles contribuent à l’offre de services financiers et qu’elles n’ont pas d’effets négatifs sur leurs partenaires (employés, clients, communauté, environnement). La notion de performances sociales va un pas plus loin dans la mesure où les IMF cherchent par leurs actions à remplir une mission sociale en faveur de leurs clients et s’assurent que ces derniers et leur famille en tirent un bénéfice économique et social (Cerise, 2008).



2. Pourquoi évaluer socialement la microfinance ?

Face aux enjeux de changement d’échelle et à la montée parallèle des critiques du secteur, le renforcement et la valorisation des performances sociales de la microfinance sont cruciaux pour sa crédibilité et sa pérennité.

Les raisons et modes d’évaluation sociale de la microfinance ont beaucoup évolué ces dernières années, en parallèle aux mutations du secteur.

Jusqu’il y a quelques années, l’évaluation sociale provenait d’une demande avant tout extérieure. En effet, la solidité du secteur doit beaucoup à l’appui des bailleurs, des ONG et des gouvernements qui ont vu dans la microfinance un outil efficace de lutter contre la pauvreté. Ayant choisi d’investir dans ce secteur plutôt que dans d’autres comme la santé et l’éducation, il est important pour ces acteurs de prouver qu’il existe un lien entre les activités de microfinance et les changements observés sur la population cible. Ainsi, à la fin des années 1980, on privilégiait l’impact économique sur les clients avec des études très académiques, souvent longues, coûteuses et peu adaptées aux praticiens.

Au milieu des années 1990, l’objet d’attention principal s’est porté sur la croissance et la pérennité du secteur .On s’est focalisé sur le nombre de clients, la rentabilité, l’autonomie vis-à-vis des subventions, etc. Cependant aujourd’hui, la résurgence de crises (impayés, faillites, désaffections massives de clients) et de critiques conduit à rappeler l’importance de l’analyse qualitative et à reposer la question de l’adéquation des services microfinanciers vis à vis de leur clients.

Pour accompagner les IMF dans leur démarche d’adaptation à la demande et au contexte économique, on a maintenant établi un meilleur équilibre entre les études de recherche visant à démontrer l’impact (« to prove » en anglais) et celles conduites par les praticiens cherchant d’abord à améliorer opérationnellement les services pour un meilleur bénéfice pour les clients (« to improve »). Pour les praticiens, sur la base des avancées de la recherche, et en partant de l’analyse de la stratégie d’une IMF, il est possible de définir des études « sur mesure », simples et opérationnelles, pour alimenter l’amélioration de ses pratiques au bénéfice des clients. Cette démarche conduit à internaliser autant que possible les études, afin que l’institution s’approprie cette connaissance de la clientèle, en tire des outils de pilotage et renforce ses capacités managériales.

Par ailleurs on assiste à un regain d’intérêt de la part des investisseurs privés, qui veulent connaître la plus-value sociale de leurs investissements. Pour leur part, les bailleurs et les Etats s’interrogent aussi sur le soutien règlementaire et financier dont bénéficie la microfinance.

De leur coté, les IMF sont conscientes que renforcer les performances sociales peut être un moyen de renforcer leurs performances financières. En effet, dans un contexte de concurrence accrue, l’amélioration de leurs relations avec la clientèle permet de limiter les impayés et les abandons de clients, ainsi que d’attirer des investisseurs ou d’autres partenaires.

Grâce au développement récent d’un nouveau pan de l’évaluation de la microfinance, on s’achemine aujourd’hui vers un nouvel équilibre dans la gestion des IMF, qui prend en compte les performances à la fois sociales et financières. Ce dossier cherche à faire le point sur les outils, approches et résultats récents dans le domaine de l’évaluation et de la gestion des performances sociales en microfinance. Il s’articule autour des questions clés que se posent les IMF et leurs partenaires afin de guider les acteurs dans la compréhension et l’utilisation des outils et des approches en termes de mesure et de gestion des performances sociales et de l’impact.


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3. Différents niveaux d’évaluation

En 2005, le CGAP et les fondations Argidius et Ford ont impulsé la création de la « Social Performance Task Force », un groupe de travail dont l’une des premières réalisations a été de définir un cadre de référence commun entre les différentes initiatives qui travaillent sur le thème des performances sociales et de promouvoir les outils d’évaluation et de gestion des performances sociales.

On peut en déduire plusieurs types d’évaluation, tout au long de la chaîne, en utilisant une gamme d’outils complémentaires, chacun permettant de répondre à des questions spécifiques :

  • L’activité de l’IMF est-elle adaptée à ses objectifs sociaux ?
  • Qui sont les clients de l’IMF ?
  • L’IMF répond aux besoins des clients ?
  • Quels sont les effets de l’IMF sur les conditions de vie de ses clients?
  • Comment aller plus loin pour améliorer les performances sociales ?

Chacune de ces questions sera abordée dans les sections suivantes. Les outils qui permettent d’y répondre et leurs modes d’application seront présentés, ainsi que des éléments de résultat.

Pour en savoir plus

Vers un cadre concerté pour l’évaluation des performances sociales
Tour d’horizon des approches sur les performances sociales.
CAPAF,
2006.

Contribution de la microfinance à la lutte contre la pauvreté
Rôle de la microfinance dans les efforts mondiaux de lutte contre l'extrême pauvreté
Mees, M.
2004

Le suivi-évaluation au sein des institutions de microfinance : proposition d’un cadre de travail général
Comment mieux suivre les clients et mieux évaluer l’impact des programmes d’IMF ?
Copestake, J.
2003

Indicateurs de performances sociales : état des lieux, (BIM 1/2), 5p
Panorama des méthodes de mesure des performances sociales au niveau macro-économique et des organisations : des indicateurs de richesse et de performance sociale
Lapenu, C.
2003

Indicateurs de performance sociale pour les IMF (BIM 2/2), 8p
Mesure des effets "sociaux" des IMF ; présentation de deux initiatives visant à définir des indicateurs de performance sociale : le chantier SPI auquel participe CERISE et le Chantier de finance solidaire de la Fondation pour le Progrès de l'Homme (FPH)
Iserte, M. & Lapenu, C.
2003

L’évolution récente des enjeux et outils de l’analyse d’impact en microfinance
CERISE – Technique financière et Développement, Mars 2003, N°70

Voir aussi, en anglais :

Focus Note Nº 41 : Beyond Good Intentions: Measuring the Social Performance of Microfinance Institutions
Une vision d’ensemble des différentes approches et outils de mesure des performances sociales en microfinance.
Hashemi, S.
2007

Social Performance Progress Brief Nº1 : Introduction to Social Performance,
Etat d’avancement des réflexions menées à l’échelle du secteur autour du thème des performances sociales
SEEP
2006.


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