Portail Microfinance  

CGAP logo ada GRET

sites affiliés:     English     عربي     Español    
 

4. Outils d’évaluation des performances sociales

Un premier stade dans l’étude de l’impact et des performances sociales consiste à se demander dans quelle mesure l’institution se donne les moyens de remplir la mission sociale qu’elle s’est fixée par une analyse des systèmes internes et des processus organisationnels . Ce niveau d’évaluation est relativement léger et simple à mettre en place car il se base sur une information déjà disponible au niveau de l’IMF. Il part de l’hypothèse que des processus et des actions en ligne avec la mission sociale de l’IMF ont une probabilité forte d’aboutir à l’impact social attendu.

    1. Introduction

Il importe de partir de la mission sociale que chaque IMF s’est fixée, afin de rendre compte de la diversité des objectifs, des approches et des processus mis en œuvre. Les objectifs sociaux d’une IMF peuvent se décliner selon les dimensions suivantes :

  • servir un nombre croissant de pauvres et d’exclus sur une base durable ;
  • améliorer la qualité et l’adéquation des services proposés aux clients ciblés, individus ou micro et petites entreprises ;
  • créer des bénéfices pour les clients de la microfinance, leur famille et leur communauté tels que l’augmentation des actifs, des revenus, la réduction de la vulnérabilité, l’amélioration de l’accès aux services et la satisfaction des besoins de base, l’amélioration du capital social et des liens sociaux ;
  • engager la responsabilité sociale de l’institution vis-à-vis de ses employés, de ses clients, de la communauté dans laquelle elle s’insère et de l’environnement.

    2. Outils

Ces dernières années, tout un pan de l’évaluation de la microfinance a été rendu opérationnel par la définition d’outils innovants, simples et peu coûteux, répondant à différentes étapes de l’évaluation sociale, et complémentaires de l’évaluation financière.
On dénombre quatre types d'instruments d'évaluation sociale, qui viennent compléter les dispositifs d'évaluation financière. Les audits et les ratings sociaux étudient les processus internes des IMF. Trois autres approches, qui seront traitées dans les chapitres suivants, se focalisent davantage sur les résultats observés au niveau des clients : les outils de mesure de la pauvreté, les outils d’évaluation de la satisfaction et les études d’impact.

    1. Les audits sociaux

Un audit social est un outil de diagnostic que l'équipe dirigeante d'une IMF peut utiliser en interne pour évaluer sa performance sociale. En règle générale, un audit examine si les intentions déclarées par l'institution sont alignées avec ses actions, et si l'institution a les moyens et les processus en place pour atteindre ses objectifs sociaux. L’audit peut être conduit par une équipe interne mais aussi par un auditeur externe.

Depuis 2002, CERISE a travaillé en collaboration avec les IMF, les réseaux, des organismes d’assistance technique et des investisseurs pour développer l’outil d’audit social SPI (« Social Performance Indicators »). L'outil SPI, en accès libre (il suffit de s’enregistrer), a été développé en utilisant une approche ouverte, collaborative et transparente. En mai 2011, il a été utilisé par 350 institutions de microfinance dans le monde et les résultats de plus de 420 audits SPI ont été collectés par CERISE dans la base de données. SPI est une référence internationale en matière d'évaluation des performances sociales.

SPI mesure les performances sociales d’une institution en évaluant ses intentions, actions et mesures correctives. Il se base sur un questionnaire et son guide d’utilisation en ligne. Le questionnaire évalue les quatre dimensions des performances sociales :

1. Ciblage des populations pauvres et exclues
2. Adaptation des produits et des services pour les clients
3. Bénéfices économiques et sociaux pour les clients
4. Responsabilité sociale

SPI est standardisé, adaptable aux différents types d’IMF et à leur contexte local. Simple d’emploi, il permet une représentation visuelle des résultats.

Exemple utilisation SPI

On voit ci-dessus l’exemple intéressant des performances sociales d’une institution de microfinance africaine (rouge) comparées à celles d’un groupe de pairs composé d’IMF du même pays et de même niveau de maturité (bleu).
On observe que le ciblage se centre avant tout sur une stratégie géographique plutôt qu’individuelle. L’adaptation des services est encore limitée, étant donné la jeunesse et le caractère rural de l’institution, qui développe une intervention porteuse d’amélioration du capital social de ses clients (groupes de solidarité, formation et participation des clients, etc.).
La responsabilité sociale envers les employés et les clients reste à consolider, mais elle est déjà très forte vis-à-vis de la communauté. Plus d’informations et d’exemples sont disponibles sur le site de CERISE.

Autres outils d’évaluation des performances sociales

Le Centre de Microfinance (MFC), pour l’Europe centrale et de l’Est a développé un outil d’audit qui aide les IMF à identifier leurs forces et faiblesses dans la gestion des performances sociales. Cet instrument dénommé Quality Audit Tool(QAT) vise avant tout à accompagner une analyse qualitative en interne.

La Banque Triodos et GRI (Global Reporting Initiative) ont conduit une initiative qui vise depuis 2004 à soutenir les IMF dans l’utilisation d’un cadre de reporting orienté sur la notion de développement durable qui prend compte un triple objectif de résultattriple bottom line ») : économique, social et environnemental. Ce cadre est commun à l’ensemble des activités économiques et des critères spécifiques à la microfinance sont encore à déterminer.

L’Institution Financière de Développement Néerlandaise (FMO) a mis au point une méthode d’audit du risque social et environnemental pour aider les IMF à mieux prendre en compte les activités qu’elles financent. L’outil inclut une liste d’exclusion de secteurs d’activités à ne pas financer, une matrice pour l’analyse des risques sociaux et environnementaux des secteurs financés et un guide pour faciliter un suivi en continu de ces aspects. Il comporte trois sections : un guide théorique, un guide pratique et un guide de formation.

    2. Les ratings sociaux

Le rating social (aussi appelé notation sociale) est une estimation indépendante de la performance sociale d'une IMF à l'aide d'un barème de notation standardisé. Ce type d’évaluation sert à estimer le risque social (le risque de voir la mission sociale non accomplie) et la performance sociale (la probabilité de créer de la valeur sociale).

Méthodologie
En se basant sur la compréhension actuelle de la performance sociale, de la gestion de la performance sociale et de la responsabilité sociale, la notation sociale permet d’évaluer les pratiques, de mesurer une série d’indicateurs et de leur attribuer une note par rapport à des niveaux de comparaison, des meilleures pratiques ou des normes internationalement acceptées. La notation sociale évalue également la qualité et la crédibilité des comptes sociaux et identifie les domaines d’amélioration et de renforcement des capacités (d’après le site de la Rating Initiative).

Les agences de notation
Microfinanza, M-CRIL, MicroRate et Planet Rating ont développé des méthodologies de rating social, dont les critères sont similaires à ceux des outils d’audit. Elles ont été conçues en suivant une démarche commune, afin d’assurer leur cohérence avec la vision des performances sociales partagée par l’ensemble des acteurs du secteur. Cette compatibilité permet une complémentarité entre les actions de mesure et de gestion menées en interne par les IMF et des activités de notation qui apportent ponctuellement une validation externe, essentielle pour la crédibilité du processus.

La Rating Initiative
La Rating Initiative poursuit les 3 objectifs suivants :

  • Promouvoir et renforcer l’établissement d’un marché mondial de la notation en microfinance financièrement viable, durable et performant, à la fois en termes d’offre et de demande, dans des régions mal desservies en ce qui concerne les notations financières et dans toutes les régions en ce qui concerne les notations sociales.
  • Remédier, à long terme, au manque d’informations transparentes disponibles sur les IMF pour les investisseurs, les donateurs et d’autres acteurs de la microfinance, y compris les IMF eux-mêmes.
  • Garantir la disponibilité des informations de marché relatives aux IMF mais également à l'ensemble du secteur de notation en microfinance.

La Rating Initiative a été lancée par ADA en collaboration avec le Gouvernement du Luxembourg, l’Initiative Microfinance du Liechtenstein, la Coopération Suisse au Développement, Oxfam Novib, Oesterreichische Entwicklungsbank (OeEB), ICCO, la Principauté de Monaco et Blue Orchard. La Rating Initiative collabore avec responsAbility, le Forum African Microfinance Transparency (AMT) et la Social Performance Task Force pour tous les aspects techniques liés aux notations.


Haut de page

    3. Modes d’application et qualité des données

L’évaluation des performances sociales peut être réalisée par l’institution, avec ou sans appui extérieur, ou elle peut être complètement externalisée, comme c’est le cas du rating social. La solution à privilégier dépend beaucoup des objectifs de l’exercice.
(Voir par exemple les différentes applications de SPI, en auto-évaluation, auto-évaluation accompagnée, auto-évaluation avec audit externe, ou audit externe, développées sur la page Wiki en anglais)

    1. Application par les IMF
S’il s’agit de mener une réflexion interne ou un diagnostic stratégique, alors l’implication des acteurs de l’IMF est primordiale. Des expériences ont même été menées qui associent les clients et les employés de terrain, pour une réflexion approfondie. Les IMF utilisent alors les résultats pour discuter au sein de leur conseil d’administration ou définir leur stratégie sociale, les indicateurs à suivre, les actions à mener ou réorienter, etc.

Lorsqu’il s’agit d’attirer des bailleurs ou des investisseurs sensibles aux objectifs sociaux, il est toutefois important pour les IMF de pouvoir produire des informations vérifiées par un auditeur ou une agence de notation.
Des études récentes sur des bases de données combinant informations sociales et financières tendent à prouver que performances sociales et financières peuvent aller de pair.

    2. Application par les réseaux d’IMF
Dans certains pays, comme la Bolivie, l’Equateur ou le Bénin, des mécanismes d’évaluation des performances sociales ont été mis en place au niveau des réseaux nationaux d’IMF, qui permettent des analyses à l’échelle du secteur et des analyses croisées avec des pairs. Les évaluations menées au niveau de réseaux d’IMF sont certifiées par le contrôle des « pairs ».

Les associations professionnelles, qui structurent la coordination nationale entre pouvoirs publics, bailleurs et IMF, renforcent leur légitimité vis-à-vis de leurs partenaires en se portant garant de la diffusion des standards en termes de critères d’évaluation et en offrant des services utiles de renforcement des performances sociales.

    3. Application par des acteurs externes
S’il s’agit de rendre des comptes vis-à-vis de parties prenantes extérieures, comme des bailleurs, des investisseurs ou l’Etat, alors l’intervention d’un auditeur extérieur peut devenir nécessaire, afin d’assurer la crédibilité des résultats. En apportant des informations claires, fiables, rapides et comparables sur les performances des IMF, l'évaluation de la performance sociale permet de gagner en transparence. Outre qu'elle rassure les bailleurs et investisseurs, et peut limiter les risques de réputation, elle leur permet de mieux connaître et renforcer la plus-value sociale de leur investissement.

Les investisseurs et les bailleurs ont un rôle important pour promouvoir les performances sociales auprès de leurs IMF partenaires : ils peuvent appuyer des démarches en faveur de la protection des clients, d’une vision équilibrée entre objectifs sociaux et financiers, et de l’amélioration du suivi et de la transparence sur les résultats sociaux.

    4. Intérêt d’une approche combinée
L’intervention externe complète l’évaluation interne plus qu’elle ne s’y substitue, comme le montre la représentation schématique ci-dessous, souvent employée par les agences de notation :


Source : Planet Rating

La cohérence entre les outils d’évaluation interne et les ratings permet de donner une validité aux auto-évaluations qui sont menées sous le contrôle d’un éventuel rating social.

A mesure que l’évaluation des performances sociales se généralise, on considère qu’il faut conjuguer les évaluations internes, qui permettent la réflexion et l’amélioration au niveau des IMF, et des évaluations externes régulières, qui garantissent la qualité de l’information diffusée.

    4. Éléments de résultat

De plus en plus, les IMF intègrent les performances sociales dans leur stratégie d’intervention et elles ont développé une expertise interne afin de gérer et de suivre leurs objectifs sociaux. D’une façon générale, le développement d’outils et d’approches a permis ces dernières années une large prise de conscience de l’importance et de l’opérationnalité de ces notions. De nombreux réseaux et IMF se sont appropriés les concepts et les outils ; des bailleurs et investisseurs, parfois parties prenantes de ces avancées, reconnaissent ces approches et les intègrent de plus en plus dans leurs démarches.

La mesure des performances sociales a permis de mieux visualiser et concrétiser les efforts des IMF en faveur de leurs clients, de développer les réflexions opérationnelles et stratégies des IMF et des réseaux autour de ces thèmes, d’établir des relations constructives avec les partenaires financiers pour renforcer les effets sur les clients. Sur les sites des différentes initiatives, on peut trouver des études de cas et des synthèses qui font le point sur ces avancées.

    1. Le travail des IMF et des réseaux

Exemple d’une IMF ayant réalisé un audit SPI en 2010. Sur la base des résultats obtenus, un ensemble de recommandations a été formulé afin de suivre et améliorer la performance sociale de cette institution. L’encadré ci-dessous est extrait du résumé du rapport d’audit SPI de cette IMF.

Rapport audit SPI

Exemple de la Confédération des Institutions Financières (CIF) de l’Afrique de l’Ouest

Le défi est apparu clairement pour la CIF de concrétiser son double objectif de pérennité économique et de contribution au développement en se dotant d'indicateurs à la fois financiers mais aussi sociaux. La CIF a utilisé l’outil SPI (Social Performance Indicators) de CERISE pour évaluer ses performances sociales, et élaboré une démarche partagée d'évaluation et de mutualisation des résultats. Le processus, initié en 2008, a donné lieu à la réalisation d’un Rapport consolidé des performances sociales de la CIF et de ses membres.

Divers exemples de ratings sociaux (rapports de notation) peuvent être téléchargés sur le site de la Rating Initiative.

En français, sur la page Publications du site de Cerise, dans la rubrique « Audit Social SPI - Etudes de cas », vous pourrez trouver des exemples d’évaluation d’IMF avec l’outil SPI (dont Mozambique, Maroc, Niger, Albanie, Mali) et des applications d’analyses à l’échelle de réseaux d’IMF (réseau CIF notamment).

    2. Le travail des investisseurs

Un premier champ de la responsabilité sociale des investisseurs est d’être transparent sur les performances sociales des IMF financées et d’accompagner leur amélioration. Un certain nombre de fonds d’investissement européens ont déjà une démarche active dans ce domaine (voir encadrés). Un groupe de travail des investisseurs au sein de la « Social Performance Task Force » s’efforce d’identifier les indicateurs sociaux clés qu’ils collecteront de façon systématique et standardisée auprès de leurs IMF partenaires.

Exemples de fonds d’investissement favorisant la mesure et la transparence des performances sociales des IMF

Les cas des organisations belges Incofin et Alterfin démontrent de manière détaillée comment elles sélectionnent les IMF en fonction de leurs performances sociales. Triodos, une banque privée néerlandaise, et FMO, qui gère des fonds publics, encouragent les IMF à prendre en compte les aspects sociaux et environnementaux dans leurs activités de crédit et leurs pratiques quotidiennes de gestion. La Sidi, basée à Paris, explique au travers d’un exemple péruvien, comment elle travaille avec les IMF pour améliorer leurs performances sociales et assurer la ‘viabilité humaine’ d’une IMF.
Le Fonds hollandais Oikocredit présente la manière dont il constitue une base de données interne qui fournit un ensemble d’informations sur le profil social de ses investissements, alors que EFSE (le Fond Européen pour l’Europe du Sud-Est) explique comment il promeut les performances sociales et environnementales des institutions de prêts en établissant des standards et un suivi régulier, et en menant des études.

(Extrait de Le rôle des investisseurs dans la promotion des performances sociales en microfinance, Dialogue Européen Numéro 1, European Microfinance Platform, novembre 2008, p. 10)

Exemple d’Oikocredit

En s’appuyant sur ses objectifs, les efforts consentis en faveur de la transparence et les recommandations d’un audit conduit avec CERISE (SAM – Social Audit for Microfinance Investment Vehicles), Oikocredit a établi un Département « Performance sociale et Analyse Financière » en 2009. Le Département fixe les objectifs de performance sociale, suit les progrès dans la réalisation de ces objectifs et utilise des informations (audits SPI, analyses de pauvreté avec le PPI, ratings sociaux, etc.) pour améliorer ses performances et accompagner les IMF partenaires dans la gestion des PS.
Auparavant, Oikocredit rendait surtout des comptes sur ses performances sociales au travers d’histoires de clients et d’études de cas. Bien que celles-ci fournissent un bon aperçu de la manière dont les individus ou les organisations tirent parti des financements d’Oikocredit, elles ont rapidement été perçues comme insuffisantes. Aujourd’hui, Oikocredit a une vision complète de ses partenaires et peut proposer des services adaptés pour divers types d’organisations (fonds de renforcement des capacités, prêts, capital, etc.).

Les « social scorecards » : De nombreux investisseurs utilisent en phase de sélection de leurs partenaires (« due diligence ») des indicateurs sociaux clés pour identifier les points forts et points faibles de leurs partenaires, et adapter éventuellement leurs services en fonction de ces résultats.

Exemples de social scorecards

Incofin par exemple, utilise un outil propre « ECHOS », évaluant le partenaire selon 5 dimensions : Mission et Vision (10%), Etendue et profondeur de la portée (30%), Qualité du service (25%), Ressources Humaines (25%) et Environnement et contribution sociale à la communauté (10%). Oikocredit, SNS Asset Management et d’autres partenaires ont défini une carte « ESG » qui suit les dimensions Environnement – Social – Gouvernance de l’investissement socialement responsable.

Pour en savoir plus

  • Audit des performances sociales d’une institution de microfinance: définition d’un outil, CERISE, 2011

Voir aussi en anglais :

  • Social Performance Map, SEEP working group on Social Performance, 2008, Une revue des outils qui existent sur mesure et gestion des performances sociales

Voir aussi en espagnol :

  • Les publications du Foro Lac Fr : travail du Foro Lac Fr et ses membres sur la gestion des performances sociales, la gouvernance, la finance rurale, la régulation, etc.
  • Análisis Auditorías Sociales SPI en el Ecuador
    Une analyse des audits sociaux entrepris dans le cadre de la performance sociale et financière des IMF en Equateur. Bilan, tendances et normes pour la réglementation et les politiques publiques
    RFR, 2011

Haut de page

le site en détail | nous contacter | contribuer | envoyer cette page à un ami