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2. L’activité de l’IMF est-elle adaptée à ses objectifs sociaux ? Les outils d’évaluation des performances sociales

Un premier stade dans l’étude de l’impact et des performances sociales consiste se demander dans quelle mesure l’institution se donne les moyens de remplir la mission sociale qu’elle s’est fixée par une analyse des systèmes internes et des processus organisationnels . Ce niveau d’évaluation est relativement léger et simple à mettre en place car il se base sur une information déjà disponible au niveau de l’IMF. Il part de l’hypothèse que des processus et des actions en ligne avec la mission sociale de l’IMF ont une probabilité forte d’aboutir à l’impact social attendu.

1. Cadrage

Il importe de partir de la mission sociale que chaque IMF s’est fixée, afin de rendre compte de la diversité des objectifs, des approches et des processus mis en oeuvre.

Les objectifs sociaux d’une IMF peuvent se décliner selon les dimensions suivantes :

  • Servir un nombre croissant de pauvres et d’exclus sur une base durable,
  • Appuyer les petites et moyennes entreprises pour favoriser la création d’emploi,
  • Améliorer la qualité et l’adéquation des services proposés aux clients ciblés,
  • Créer des bénéfices pour les clients de la microfinance, leur famille et leur communauté tels que l’augmentation des actifs, des revenus, la réduction de la vulnérabilité, l’amélioration de l’accès aux services et la satisfaction des besoins de base, l’amélioration du capital social et des liens sociaux.
  • Engager la responsabilité sociale de l’institution vis-à-vis de ses employés, de ses clients, de la communauté dans laquelle elle s’insère et de l’environnement.

2. Les outils

L’outil SPI (Social Performance Indicators) de CERISE mesure les performances sociales d’une institution en évaluant ses intentions, actions et mesures correctives Il se base sur un questionnaire et son guide d’utilisation qui peuvent être appliqués par l’IMF elle-même ou avec un auditeur externe. Le questionnaire évalue les quatre dimensions des performances sociales :

  1. ciblage des populations pauvres et exclues,
  2. adaptation des produits et des services pour les clients,
  3. Bénéfices économiques et sociaux pour les clients et
  4. responsabilité sociale.
SPI est standardisé, adaptable aux différents types d’IMF et à leur contexte local. Simple d’emploi, il permet une représentation visuelle des résultats.

Cet outil et son guide d’utilisation sont en accès libre sur le site de CERISE.

On voit ci-dessus l’exemple intéressant des performances sociales d’une institution de microfinance africaine, dont le ciblage se centre avant tout sur une stratégie géographique plutôt qu’individuelle. L’adaptation des services est encore limitée, étant donné la jeunesse et le caractère rural de l’institution, qui développe une intervention porteuse d’amélioration du capital social de ses clients (groupes de solidarité, formation et participation des clients, etc.). La responsabilité sociale envers les employés et les clients reste à consolider, mais elle est déjà très forte vis à vis de la communauté. Plus d’informations et d’exemples sont disponibles sur le site de CERISE.

D’autres outils d’évaluation des performances sociales existent ou sont en cours de préparation, mais ils ne sont malheureusement pas encore disponibles en français :

Le Centre de Microfinance (MFC), de Pologne a développé un outil d’audit qui aide les IMF à identifier leurs forces et faiblesses dans la gestion des performances sociales. Cet instrument vise avant tout à accompagner une analyse qualitative en interne.

Le réseau ACCION international a conçu un outil dénommé SOCIAL, dont l’acronyme provient de l’appellation en anglais des dimensions évaluées : mission sociale, service aux clients, transparence de l’information et protection du consommateur, association avec la communauté et climat de travail.

La Banque Triodos et GRI (Global Reporting Initiative) ont lancé une initiative qui vise à soutenir les IMF dans l’utilisation d’un cadre de reporting orienté sur la notion de développement durable qui prend compte un triple objectif de résultat (« triple bottom line ») : économique, social et environnemental. Ce cadre est commun à l’ensemble des activités économiques et des critères spécifiques à la microfinance sont encore à déterminer ? (voir les discussions, en anglais, sur ce thème).

L’Institution Financière de Développement Néerlandaise (FMO) a mis au point une méthode de d’audit du risque social et environnemental pour aider les IMF à mieux prendre en compte les activités qu’elles financent. Cet outil inclut une liste d’exclusion de secteurs d’activités à ne pas financer, une matrice pour l’analyse des risques sociaux et environnementaux des secteurs financés et un guide pour faciliter un suivi en continu de ces aspects.

De leur coté, les agences de rating Microfinanza, M-CRIL et Planet Rating ont développé des méthodologies de rating social, dont les critères sont similaires à ceux des outils évoqués ci-dessus. Elles ont été conçues en suivant une démarche commune, afin d’assurer leur cohérence avec la vision des performances sociales partagée par l’ensemble des acteurs du secteur. Cette compatibilité permet une complémentarité entre les actions de mesure et de gestion menées en interne par les IMF et des activités de notation qui apportent ponctuellement une validation externe, essentielle pour la crédibilité du processus.


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3. Modes d’application et qualité des données

L’évaluation des performances sociales peut être réalisée par l’institution, avec ou sans appui extérieur, ou elle peut être complètement externalisée, comme c’est le cas du rating social. La solution à privilégier dépend beaucoup des objectifs de l’exercice. (Voir les documents de travail produits par Cerise)

  • Application par les IMF

S’il s’agit de mener une réflexion interne ou un diagnostic stratégique, alors l’implication des acteurs de l’IMF est primordiale. Des expériences ont même été menées qui associent les clients et les employés de terrain, pour une réflexion approfondie. Les IMF utilisent alors les résultats pour discuter au sein de leurs conseils d’administration ou définir leur stratégie sociale, les indicateurs à suivre, les actions à mener ou réorienter, etc.

  • Application par les réseaux d’IMF

Dans certains pays, comme la Bolivie, l’Equateur ou le Bénin, des mécanismes d’évaluation des performances sociales ont été mis en place au niveau des réseaux nationaux d’IMF, qui permettent des analyses à l’échelle du secteur et des analyses croisées avec des pairs. Les évaluations menées au niveau de réseaux d’IMF sont certifiées par le contrôle des « pairs » : une IMF ne pourra manipuler des données qui seront partagées avec les IMF membres d’un même réseau.

  • Application par des acteurs externes

S’il s’agit de rendre des comptes vis à vis de parties prenantes extérieures, comme des bailleurs, des investisseurs ou l’Etat, alors l’intervention d’un auditeur extérieur peut devenir nécessaire, afin d’assurer la crédibilité des résultats. Néanmoins, l’intervention externe complète l’évaluation interne plus qu’elle ne s’y substitue, comme le montre la représentation schématique ci-dessous, souvent employée par les agences de rating :


Source : Planet Rating

La cohérence entre les outils d’évaluation interne et les ratings permet de donner une validité aux auto-évaluations qui sont menées sous le contrôle d’un éventuel rating social.

A mesure que l’évaluation des performances sociales se généralise, on considère qu’il faut conjuguer les évaluations internes, qui permettent la réflexion et l’amélioration au niveau des IMF, et des évaluations externes régulières, qui garantissent la qualité de l’information diffusée.

4. Eléments de résultat

Certaines IMF, ainsi que des réseaux et des organisations d’appui ont été pionnières pour renforcer leur prise en compte des performances sociales. Elles ont intégré cette dimension dans leur stratégie d’intervention et ont développé une expertise interne afin de gérer et de suivre l’évolution de leurs performances sociales. D’une façon générale, le développement d’outils et d’approches pour la mesure et la gestion des performances sociales a permis sur ces dernières années une large prise de conscience de l’importance, et de l’opérationnalité de ces notions. De nombreux réseaux et IMF se sont appropriés les concepts et les outils ; des bailleurs et investisseurs, parfois parties prenantes de ces avancées, reconnaissent ces approches et les intègrent de plus en plus dans leurs démarches. La mesure des performances sociales a permis de mieux visualiser et concrétiser les efforts des IMF en faveur de leurs clients, de développer les réflexions opérationnelles et stratégies des IMF et des réseaux autour de ces thèmes, d’établir des relations constructives avec les partenaires financiers pour renforcer les effets sur les clients.

Sur les sites des différentes initiatives, on peut trouver des études de cas et des synthèses qui font le point sur ces avancées.

En français, sur le site de Cerise, vous pourrez trouver (en cours ou prochainement), des exemples d’évaluation au niveau des IMF avec l’outil SPI, des applications d’analyses à l’échelle de réseaux d’IMF, des exemples d’implications des investisseurs, l’analyse des liens entre performances financières et performances sociales, les liens avec les notions de gouvernance, etc.

Sur le site de la Plateforme européenne en lien avec le groupe de travail sur les performances sociales, vous trouverez un numéro spécial de la revue Dialogue Européen sur le rôle des investisseurs sociaux dans la promotion des performances sociales des IMF partenaires (en anglais en juin 2008, en français en septembre 2008)

En anglais, vous pouvez visiter le site du Consortium Imp-Act, et le centre de ressource du Microfinance Gateway sur les performances sociales.

Pour en savoir plus

Audit des performances sociales d’une institution de micro finance: définition d’un outil
L’outil SPI et son guide d’accompagnement
CERISE
2005

Liens entre performances sociales et financières en microfinance,
Une étude comparant les efficiences sociales et financières avec un modèle économétrique DEA.
Cornée, S.
2007

Mesure des performances sociales : les implications pour le secteur de la microfinance,
Enjeux et perspectives de l’évaluation sociale en microfinance
Lapenu, C., Doligez, F.
2007

Performances Sociales versus Performances financières : peut-on être rentable en s’adressant à des populations pauvres
La présentation d’un enjeu crucial pour la microfinance.
Lapenu C.
2007

Rating des Performances sociales
Présentation d’une méthodologie de rating social pour les IMF
Planet Rating
2008

Voir aussi en anglais :

Social Performance Map
Une revue des outils qui existent sur mesure et gestion des performances sociales
SEEP working group on Social Performance
2008

Social Performance Progress Brief Nº 2 : Social Performance Management
Décrit la démarche de gestion des performances sociales
SEEP
2006

Social Performance Progress Brief Nº3 : Social Performance Assessment
Présente un état d’avancement des méthodologies et des pratiques de mesure des performances sociales.
SEEP
2007

Social Performance Progress Brief Nº 4 : Social Rating
Présente l’approche de notation des performances sociales développées par les agences de notation.
SEEP
2007

Assessing and Managing Social Performance in Microfinance,
Présentation détaillée de plusieurs approches et outils
IFAD
2006.

Voir aussi en espagnol :

Boletín de desempeño social
Ce grand réseau équatorien diffuse depuis des années des rapports sur les performances financières de ses membres. Désormais, il publie aussi leurs performances sociales
RFR
2007

Boletín de desempeño social
Ce réseau, qui rassemble IMF et réseaux à l’échelle du continent latinoaméricain (plus de 2 millions de clients), édite une publication dédiée aux performances sociales.
ForoLacFr
2007


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