Portail Microfinance  

CGAP logo ada GRET

English     عربي     Rechercher dans le site: 

 

3. Qui sont les clients de l’IMF ? Les outils d’évaluation de la pauvreté

La fonction essentielle de la microfinance est de desservir les pauvres et les exclus. Cependant, on reconnaît aujourd’hui que même un programme de microfinance parfaitement conçu n’aura probablement pas d’impact positif sur les plus pauvres s’il ne cherche pas à les atteindre spécifiquement par une conception du produit et un ciblage appropriés. Des outils permettent de cibler en amont, ou d’évaluer ensuite le profil des clients qui ont eu accès aux services de la microfinance.

1. Cadrage

On constate deux tendances :

  • L’expérience montre que, à moins d’appliquer une méthode de ciblage, les plus pauvres ne seront pas touchés ou bien qu’ils auront tendance à s’exclure eux mêmes des programmes. Les modèles « participatifs » en particulier (coopératives, caisses villageoises) vont fixer des règles implicites ou explicites où les plus pauvres ou les plus marginalisés socialement ne sont généralement pas acceptés dans le groupe.
  • Les risques de changements d’orientation de la mission ne doivent pas être négligés. Une IMF peut avoir tendance à diriger son action vers le groupe de clientèle supérieur et à prêter peu d’attention aux besoins des plus pauvres.

Dans ces conditions, les outils d’évaluation du niveau de vie des clients peuvent servir en amont à la sélection des clients (lorsqu’ils sont suffisamment simples) ou en aval à l’évaluation et au suivi de leur profil.

2. Outils

  • 2.1 Outils de sélection

Ces outils permettent aux IMF de privilégier certaines catégories de la population, mais ne relèvent pas à proprement parler des outils d’évaluation d’impact. Ils servent à sélectionner des clients en fonction de critères pré-établis : les demandeurs qui remplissent les critères pourront avoir accès à un prêt, ceux qui ne les remplissent pas en seront écartés. Les critères sont fixés en fonction des objectifs de l’IMF (sélection des populations pauvres, exclues ou au contraire, sélection de clients considérés comme sûrs à l’exemple des « scoring » bancaires).

Les outils doivent être rapides à appliquer et ne nécessitent pas une fiabilité absolue : ils doivent permettre à un agent de crédit ou un comité de sélection de déterminer rapidement et simplement si le client potentiel appartient à une catégorie précise. Il se peut que certains clients soient mal classifiés ; dans ce cas-là, un complément d’enquête auprès du client pourra approfondir les informations pour vérifier l’éligibilité du client.

  • Le Participatory Wealth Ranking : Classement par évaluation participative de la richesse

  • L’Index du logement de CASHPOR (Housing Index)

  • Food Security Survey : développé par Freedom From Hunger, qui permet d’évaluer sur la base d’un questionnaire très court l’accès à la nourriture d’un foyer.

    Différents documents du Sommet du Microcrédit peuvent être téléchargés en français, dont une présentation de l’évaluation participative de la richesse (PWR) et de l’Indice du logement de CASHPOR (CHI).

    • 2.2 Outils d’évaluation

    Ces outils entrent dans la catégorie des outils d’évaluation d’impact. Ils servent à vérifier à posteriori le niveau de vie des clients qui ont accès aux services financiers d’une IMF. Utilisés ponctuellement, ils ne mesurent pas l’impact à proprement parler (« quel est l’effet des services ? ») mais déterminent la portée de l’IMF (« qui a accès aux services ? »), indiquant si les objectifs de ciblage sont atteints. Les informations ainsi fournies peuvent servir à mieux adapter les produits et services aux besoins réels des clients. En mettant en place des systèmes de suivi, il devient possible d’évaluer l’évolution du profil des clients qui entrent dans l’institution et pour suivre l’évolution de leur situation socio économique.

    Des outils innovants, pour certains pays

    Les outils PAT (Poverty Assessement Tool d’IRIS-USAID) et PPI (Progress out of Poverty Index du CGAP, Fondation Grameen et Fondation Ford) permettent, pour certains pays, de réaliser ces évaluations à moindre coût. En se basant sur des enquêtes nationales d’évaluation du niveaux de vies des ménages, un nombre réduit d’indicateurs non financiers est prédéterminés du fait qu’ils sont statistiquement corrélés au fait d’être dans une catégorie socio-économique donnée. Les indicateurs choisis doivent être facilement identifiables et vérifiables. En posant une dizaine de questions simples aux clients (à un échantillon ou à tous les clients), on peut déterminer quel est le pourcentage de pauvreté de la clientèle. Ces outils sont disponibles (en anglais et/ou en espagnol) pour les pays suivants :

    PPI (CGAP-Ford ou Grameen)
    PAT (IRIS/USAID)
    Bangladesh, Haïti; Inde, Mexique, Philippines, Vietnam, Malawi, Mexico, Nigeria.
    Bolivia ; Maroc; Pakistan; Népal; Afrique du Sud; Salvador; Palestine; Nicaragua; Egypte. Albanie, Azerbaïdjan, Colombie, Timor Oriental, Ghana, Guatemala, Indonésie, Jamaïque, Kazakhstan, Madagascar, Pérou, Tadjikistan, Tanzanie Uganda.

    Plus d’informations sur ces outils sont disponibles en anglais sur le site de la Grameen Foundation, de Mark Schreiner et sur le site dédié du PPI , ainsi que sur le portail dédié aux outils de mesure de la pauvreté d’IRIS et USAID.

    Ces outils sont utiles pour les IMF dont l’objectif est de toucher des personnes très pauvres. Ils restent moins adaptés pour des IMF qui ont des objectifs moins ciblés sur la grande pauvreté, mais ces approches devront être adaptées pour mieux prendre en compte d’autres types de ciblage : exclusion sociale, zones rurales, TPE, etc.

    Des outils plus classiques

    Il est possible de construire des indicateurs basés sur des références nationales ou locales pour les zones pour lesquelles les outils précédents n’existent pas, ou si l’on veut affiner la connaissance du profil socio-économique des clients, en fonction de caractéristiques de clients que l’on veut analyser : les déterminants du niveau de vie et de la pauvreté dans la zone d’intervention de l’IMF ; le type d’activité (agriculteurs, petits commerçants, etc.), le genre, etc. Plusieurs méthodologies existent pour cela, par exemple :

    Une tendance se développe dans certaines IMF d’inclure la collecte de ses informations dans leurs procédures quotidiennes et de les intégrer dans leurs systèmes d’information et de gestion, afin d’avoir un suivi pratique et fiable du niveau de vie de clients. Une loi du Congrès américain a d’ailleurs rendu obligatoire le reporting sur le niveau de pauvreté des clients pour tous les programmes de microfinance et d’appui à la microentreprise appuyés par USAID.
    Voir les discussions sur ce thème (en anglais) sur le Microfinance Gateway.


    Haut de page

    3. Modes d’application

    Les outils d’évaluation de la pauvreté peuvent être appliqués systématiquement avec tous les clients ou auprès d’un échantillon.
    Afin qu’un échantillon soit représentatif de la clientèle il est nécessaire de respecter des règles strictes de calcul de taille d’échantillon et de sélection aléatoire. Pour réduire les coûts d’enquête, il est possible d’opérer une présélection géographique de la population dans laquelle va être tirée aléatoirement l’échantillon. Dans ce cas il est nécessaire de prendre des précautions méthodologiques pour éviter le « biais de l’asphalte » : en privilégiant des clients plus accessibles pour l’enquête, on risque de provoquer une surreprésentation dans l’échantillon de personnes qui ont un meilleur accès aux infrastructures et qui sont donc généralement moins pauvres que la population totale.
    L’apparition de méthodes légères d’évaluation, comme le PPI ou les PAT, permettent aux IMF de les inclure dans les procédures routinières de collecte d’informations sur les clients par les agents de crédit et de les intégrer dans leurs systèmes d’information de gestion (SIG). Ces méthodes, qui s’avèrent peu coûteuses, permettent de générer rapidement des rapports fiables de performance en fonction des niveaux de pauvreté de leurs clients.

    4. Eléments de résultats

    Les nouveaux outils d’évaluation de la pauvreté permettent une évaluation peu onéreuse et fonctionnelle de la pauvreté des clients. Cependant, l’expérience montre que certaines améliorations sont encore nécessaires pour constituer des instruments adaptés aux questions et aux contraintes des praticiens. Il s’agit notamment de sélectionner des indicateurs dont les caractéristiques varient moins dans le temps (possession téléphone portable ou de télévisions), dans l’espace (éléments de la vie quotidienne qui varient selon les régions, l’urbain et le rural, etc.) et qui soient plus faciles à collecter. Par ailleurs, la plupart de ces outils ne permettent généralement que d’établir la part des clients vivant au dessous d’un unique seuil socioéconomique (le plus souvent le seuil de pauvreté absolue de 1US$ par jour, ou la moitié du seuil national de pauvreté1 ), parfois deux (1$ et 2$ par jour). Afin de générer une information plus riche pour les IMF, des recherches sont en cours pour que les résultats de ces outils de mesure de la pauvreté permettent de fournir des classifications plus complètes de la clientèle (très pauvre, pauvre, faible revenus, etc.). La notion de ciblage devra aussi intégrer à terme d’autres entrées : intervention rurale, soutien aux activités productives, en particulier l’agriculture, intervention auprès de groupes exclus socialement, soutien à la création d’emplois, etc.

    • Un exemple (en anglais) d'application du PPI auprès de Negros Women for Tomorrow Foundation (NWTF) aux Philippines
    • Voir sur le site de Cerise (prochainement) des exemples en français d’utilisation des outils d’évaluation de la pauvreté (Albanie, Maroc, Mexique, etc.)

    Pour en savoir plus

    Une méthode d'évaluation du niveau de pauvreté des clients de la microfinance (BIM)
    Présentation de l'outil développé par le CGAP et l'IFPRI pour évaluer le niveau de pauvreté des ménages clients des IMF
    Lapenu, C.
    2001

    Atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement et ceux du Sommet du Microcrédit de réduire la pauvreté extrême : les outils dernier cri mesurant de façon rentable le passage du seuil de 1 $US par jour.
    Présentation des outils de mesure de la pauvreté d’IRIS-USAID, Grameen Foundation et ACCION international
    Van Bastelaer T., Zeller M.
    2006.

    Comment éliminer les obstacles liés à l’identification des familles les plus pauvres
    Une présentation des possibilités permises par le Participatory Wealth Ranking et le CASHPOR Index en termes de ciblage des clients.
    Simanowitz A. & Kasim S.
    2000

    Voir aussi en anglais :

    Simple poverty scorecards
    Présentation des outils PPI développés pour la Grameen Foundation, la Fondation Ford et le CGAP
    Schreiner, M.
    2007

    Implementing Poverty Assessment Tools: The Progress out of Poverty Index. Results from the Philippines
    Une présentation de l’expérience de NWTF dans l’application de l’outil PPI aux Philippines.
    Biggar, N.
    2007

    Integrating Poverty Assessment into Client Assessment
    Une mise en perspective des outils de mesure de la pauvreté et de leur utilité pour la gestion d’une IMF.
    Woller, G.
    2004


    Haut de page

  • le site en détail | nous contacter | contribuer | envoyer cette page à un ami