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5. Outils d’évaluation de la pauvreté

  1. Introduction
  2. Outils
  3. Modes d'application
  4. Éléments de résultats
  5. Bibliographie
Une des fonctions revendiquées par la microfinance est de desservir les pauvres et les exclus. Ce qui soulève deux questions : comment faire en sorte que les produits proposés par l’IMF touchent effectivement cette catégorie de population ? Et comment s’assurer a posteriori que les clients d’une IMF appartiennent bien à ce segment ? Des outils permettent de répondre à ces deux questions.

    1. Introduction

Disposer d’un outil de ciblage est important car :

  • l’expérience montre que, à moins d’appliquer une méthode de ciblage, les plus pauvres ne seront pas touchés ou bien ils auront tendance à s’exclure eux-mêmes des programmes. Les modèles « participatifs » en particulier (coopératives, caisses villageoises) vont fixer des règles implicites ou explicites où les plus pauvres ou les plus marginalisés socialement ne sont généralement pas acceptés dans le groupe ;
  • le risque de dérive de la mission ne doit pas être négligé. Une IMF peut avoir tendance à diriger son action vers le groupe de clientèle plus aisé et à prêter moins d’attention aux besoins de sa population cible originale.

Dans ces conditions, les outils d’évaluation du niveau de vie des clients peuvent servir en amont à la sélection des clients (lorsqu’ils sont suffisamment simples) ou en aval à l’évaluation et au suivi de leur profil.

    2. Outils

1. Outils de sélection des clients

Ces outils permettent aux IMF de privilégier certaines catégories de la population. Ils servent à sélectionner des clients en fonction de critères pré-établis : les demandeurs qui remplissent les critères pourront avoir accès à un prêt, ceux qui ne les remplissent pas en seront écartés. Les critères sont fixés en fonction des objectifs de l’IMF (sélection des populations pauvres, exclues ou au contraire, sélection de clients considérés comme sûrs à l’exemple des « scoring » bancaires).

Les outils doivent être rapides à appliquer et ne nécessitent pas une fiabilité absolue : ils doivent permettre à un agent de crédit ou un comité de sélection de déterminer rapidement et simplement si le client potentiel appartient à une catégorie précise. Il se peut que certains clients soient mal classifiés ; dans ce cas-là, un complément d’enquête auprès du client pourra approfondir les informations pour vérifier l’éligibilité du client.

Voir une présentation détaillée de l’évaluation participative de la richesse (PWR) et de l’Indice du logement de CASHPOR dans « Comment éliminer les obstacles liés à l’identification des familles des plus pauvres », A. Simanowitz, 2000

D’une façon générale, pour cibler des clients pauvres ou exclus, une institution de microfinance devra s’assurer de lever les contraintes à l’entrée pour les clients cibles (éviter par exemple des montants trop élevés de transactions, des formes de garanties peu adaptées, des contraintes administratives, des contraintes géographiques, etc.).

    2. Outils d’évaluation du niveau de pauvreté des clients

Ces outils servent à vérifier a posteriori le niveau de vie des clients qui ont accès aux services financiers d’une IMF. Utilisés ponctuellement, ils ne mesurent pas l’impact à proprement parler (« quel est l’effet des services ? ») mais déterminent la portée de l’IMF (« qui a accès aux services ? »), indiquant si les objectifs de ciblage sont atteints.

Les informations ainsi fournies peuvent servir à mieux adapter les produits et services aux besoins réels des clients. En mettant en place des systèmes de suivi, il devient possible de suivre l’évolution de la situation socio-économique des clients.

    Des outils innovants spécifiques à certains pays

Pour un certain nombre de pays dans le monde, des outils-pays ont été développés à partir des enquêtes nationales d’évaluation du niveau de vie des ménages pour permettre une évaluation rapide à moindre coût.

Deux outils proposent cette déclinaison par pays :

  • PAT (Poverty Assessement Tool) ou Outils d’évaluation de la pauvreté d’IRIS-USAID – Voir les pays concernés
  • PPI (Progress out of Poverty Index) ou Indice de passage du seuil de pauvreté, ou encore Carte de score de pauvreté, de la Fondation Grameen – Voir les pays concernés.

En se basant sur des enquêtes nationales d’évaluation du niveau de vie des ménages, un nombre réduit d’indicateurs non financiers est sélectionné. Ces indicateurs sont statistiquement corrélés à la probabilité d’être pauvre. Plusieurs lignes de pauvreté peuvent être utilisées (1 ou 2 dollar/jour/personne, seuil national de pauvreté, etc.). Les indicateurs choisis doivent être facilement identifiables et vérifiables. En posant une dizaine de questions simples aux clients (à un échantillon ou à tous les clients), on peut déterminer quel est le pourcentage de pauvreté de la clientèle.

Ces outils sont surtout utiles pour les IMF dont l’objectif est de toucher des personnes très pauvres. Ces approches devront être adaptées pour mieux prendre en compte d’autres types de ciblage : exclusion sociale, zones rurales, petites entreprises, etc.

Des outils plus classiques

Il est possible de construire des indicateurs basés sur des références nationales ou locales pour les zones pour lesquelles les outils précédents n’existent pas, ou si l’on veut affiner la connaissance du profil socio-économique des clients, en fonction de caractéristiques données : les déterminants du niveau de vie et de la pauvreté dans la zone d’intervention de l’IMF ; le type d’activité (agriculteurs, petits commerçants, etc.), le genre, etc.

Une tendance se développe dans certaines IMF d’inclure la collecte de ces informations dans leurs procédures quotidiennes et de les intégrer dans leur système d’information et de gestion, afin d’avoir un suivi pratique et fiable du niveau de vie des clients.

Voici quelques exemples d’outils :


3. Modes d’application

Les outils d’évaluation de la pauvreté peuvent être appliqués systématiquement à tous les clients ou à un échantillon. Afin qu’un échantillon soit représentatif de la clientèle il est nécessaire de respecter des règles strictes de calcul de taille d’échantillon et de sélection aléatoire. Pour réduire les coûts d’enquête, il est possible d’opérer une présélection géographique de la population dans laquelle sera effectuée la sélection aléatoire de l’échantillon.

Dans ce cas il est nécessaire de prendre des précautions méthodologiques pour éviter le « biais de l’asphalte » : en privilégiant des clients plus accessibles pour l’enquête, on risque de provoquer une surreprésentation dans l’échantillon de personnes qui ont un meilleur accès aux infrastructures et qui sont donc généralement moins pauvres que la population totale.

L’apparition de méthodes légères d’évaluation, comme le PPI ou les PAT, permettent aux IMF de les inclure dans les procédures routinières de collecte d’informations sur les clients par les agents de crédit et de les intégrer dans leurs systèmes d’information de gestion (SIG). Ces méthodes, qui s’avèrent peu coûteuses, permettent de générer rapidement des rapports fiables de performance en fonction des niveaux de pauvreté des clients.

Voir par exemple les normes d’utilisation du PPI développées par la Fondation Grameen.

    4. Éléments de résultats

Les nouveaux outils d’évaluation de la pauvreté permettent une évaluation peu onéreuse et fonctionnelle de la pauvreté des clients. Cependant, l’expérience montre que certaines améliorations sont encore nécessaires pour constituer des instruments adaptés aux questions et aux contraintes des praticiens. Il s’agit notamment de sélectionner des indicateurs dont les caractéristiques varient moins dans le temps (possession d’un téléphone portable ou d’une télévision), dans l’espace (éléments de la vie quotidienne qui varient selon les régions, l’urbain et le rural, etc.) et qui soient plus faciles à collecter.

Les seuils de pauvreté
La plupart des outils de type PPI ou PAT ne permettent généralement que d’établir la part des clients vivant au dessous d’un unique seuil socioéconomique (le plus souvent le seuil de pauvreté absolue de 1US$ par jour, ou la moitié du seuil national de pauvreté), parfois deux (1$ et 2$ par jour). Afin de générer une information plus riche pour les IMF, des recherches sont en cours pour que les résultats de ces outils de mesure de la pauvreté permettent de fournir des classifications plus complètes de la clientèle (très pauvre, pauvre, faible revenus, etc.).

Dans le cas de la Bolivie par exemple, le PPI peut calibrer le pourcentage de clients selon 8 seuils de pauvreté différents : seuil de pauvreté national, ligne de sécurité alimentaire, 150% du seuil national, 200% du seuil national, seuil de pauvreté “extrême” de l’USAID, USD1.25/jour 2005 PPP, USD2.50/jour 2005 PPP, USD3.75/jour 2005 PPP.

Exemples de résultats :

Pour en savoir plus


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