- Gestion et suivi des performances sociales
- Performances sociales et gouvernance
- L'implication des investisseurs dans la promotion des performances sociales des IMF
- Bibliographie
Les principes et normes de la SPTF
La gestion des performances sociales se fonde sur un certain nombre de principes, définis par la Social Performance Task Force (SPTF). Pour intégrer la gestion des performances sociales dans leur suivi, les IMF peuvent s’appuyer sur les Principes de gestion de la performance sociale et sur les Standards universels de performance sociale
Pour plus de précisions, voir la partie du dossier consacrée à la Social Performance Task Force.
Le reporting et le système d’information de gestion
Les Indicateurs de mesure des performances sociales développés par la SPTF et le MIX Market ont pour objet de compléter les indicateurs de performances financières pour donner une compréhension plus globale des performances des IMF. Ils reflètent les pratiques les plus abouties actuellement en cours pour mesurer les performances sociales et s’attachent tout particulièrement à la collecte des informations relatives aux processus et procédures internes des IMF et des caractéristiques de leurs clients.
Au niveau des processus, la production des indicateurs reposent sur un ensemble de questions simples à renseigner basées sur les politiques et les opérations courantes de l’IMF. Au niveau des clients, les indicateurs ont pour objet de refléter les critères de sélection des ménages, d’estimer la portée et le caractère inclusif des services de microfinance, enfin, de recenser l’information pertinente et disponible pour suivre les évolutions dans le temps. Les indicateurs doivent aider à simplifier le processus de reporting des performances sociales et permettre l’évaluation comparative à grande échelle des performances sociales des IMF.
Tout système financier a besoin d’un système d’information de gestion (SIG) performant comme outil d’aide à la décision. Les SIG servent en particulier à fournir des informations comptables. L’intégration d’indicateurs de performances sociales permet d’en faire un instrument précieux pour l’amélioration des services, la connaissance des usagers, la rétention et l’élargissement de la clientèle.
Plusieurs expériences existent qui visent à améliorer la prise en compte des performances sociales dans les systèmes d’information :
Suivi d’indicateurs sur le niveau de vie des clients
Dans le cadre de l’analyse de crédit, les IMF recueillent de nombreux renseignements sur la situation socio-économique de leurs clients. Néanmoins, au sein même d’une institution, ces données sont rarement enregistrées selon un format homogène et elles ne sont presque jamais informatisées. Les progrès réalisés en matière de SIG informatisés ainsi que la multiplication des scorecards de pauvreté permettent désormais d’instaurer des procédures systématisées afin de collecter et d’analyser ces données.
Voir sur ce thème la présentation de Buusaa Gonofaa, qui a reçu le prix européen de la microfinance responsable en 2008 pour avoir mis en place un système de ce type.
Le Consortium ImpAct a élaboré une note méthodologique (en anglais) sur le suivi d’impact des institutions de microfinance qui décrit plusieurs cas d’application de CARD (Philippines), LAPO (Nigeria), SEF (Afrique du Sud) ou Sinapi Aba Trust (Ghana).
Tableaux de bords
Une des difficultés majeures des systèmes de suivi-évaluation et analyses d’impact intégrées au sein des IMF est de passer de l’analyse à l’action ou, quand des propositions d’amélioration sont décidées, à les mettre rapidement en pratique et éventuellement de prendre des mesures correctives quand elles ne sont pas appliquées. Le plus souvent, la solution réside dans la bonne synergie entre système de suivi et gestion opérationnelle, en évitant que le suivi ne soit vu comme un corps étranger imposé de l’extérieur.
Ci-dessous un exemple de tableau de bord réalisé par un réseau régional de coopératives en Afrique (données fictives, pour illustration seulement). Utilisé lors des assemblées générales des membres et des conseils d’administration, ce tableau offre un langage commun pour l’ensemble du réseau et permet ainsi d’établir le suivi d’indicateurs clés de performance sociale.

Gestion et reporting des performances sociales au sein des réseaux
Dans le cadre de l’Alliance ProsperA, plusieurs associations professionnelles sont en train de mettre en place des systèmes d’autorégulation qui prennent en compte les performances sociales de leurs membres. C’est le cas par exemple de FINRURAL en Bolivie, de RFR en Equateur, du Consortium Alafia au Bénin ou encore de l’APIM au Mali.Dans ces différents cas, l’outil SPI et les standards SPTF/MIX ont servi de base à l’élaboration d’un mécanisme de collecte et de présentation de données sociales, les indicateurs ayant été adaptés aux contextes locaux, mais également aux attentes particulières des gouvernements ou des acteurs de la société civile. Dans des situations où la microfinance est interpelée de manière parfois virulente, ces dispositifs permettent de restaurer la confiance entre les IMF et le public, mais aussi d’identifier les institutions connaissant des dérives et les différencier de celles qui continuent de pratiquer leur activé de manière responsable.
Le travail des réseaux ne se limitent pas à la dimension du reporting.
Le projet MISION qui signifie littéralement « Amélioration de l’Impact Social et des Services par les IMF aux Groupes Marginalisés à travers les réseaux », a été élaboré par CRS en partenariat avec CAURIE-MF et a été officiellement lancé au Sénégal le 21 juillet 2009 à Dakar dans sa phase pilote. C’est un projet financé par les fondations Mastercard et Ford, et initié en Amérique Latine depuis trois ans. Le projet vise la gestion de la performance sociale dans les institutions de microfinance. L'AFMIN est placé au cœur de la mise en œuvre pour l'Afrique.
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Face aux enjeux de croissance et dans un contexte de turbulence financière, la pérennité de la microfinance repose sur sa capacité à concilier viabilité économique et financière d’une part, et utilité sociale d’autre part. Les institutions de microfinance doivent alors intégrer dans leurs prises de décision stratégiques et opérationnelles la réalisation de la mission sociale comme un pan indissociable de leur viabilité et de leur raison d’être. La gouvernance est centrale pour assurer la cohérence d’une IMF et sa pérennité à long terme.
Les évaluations des performances sociales, de l'impact et le rating donnent une image statique de la dimension sociale de la microfinance. Pour passer du diagnostic à l’amélioration de l’impact en bout de chaîne, les aspects de gouvernance constituent un levier essentiel pour mettre en œuvre des mécanismes qui assurent la cohérence entre différentes facettes de sa mission sociale et les actions réalisées.
En s'appuyant sur des expériences d’IMF et réseaux partenaires, les membres du réseau CERISE ont élaboré un guide opérationnel d'analyse de la gouvernance qui donne des grilles de lecture fonctionnelles pour aider les IMF (1) dans le diagnostic global de la gouvernance et (2) dans la réflexion sur les défis récurrents de la gouvernance. Ce guide a d’ailleurs été repris par le CGAP pour la conception d’un module de formation en Afrique francophone.
Dans la perspective des performances sociales, l'outil gouvernance permet à l’IMF de vérifier les points forts ou les points faibles qui influent sur son impact :
- Les acteurs ont-ils une vision partagée de la stratégie de ciblage ?
- L’information est-elle disponible sur le profil des clients ?
- Les décisions opérationnelles favorisent-elles un ciblage effectif ?
- Les agents de crédit ont-ils la compétence et les motivations pour toucher le public visé ?
- Le contrôle permet-il de vérifier la mise en œuvre de la stratégie de ciblage ?
Pour chacune des quatre questions-clés, l'analyse de la gouvernance :
- identifie les acteurs qui prennent les décisions,
- vérifie les moyens et modes de décision de l’IMF,
- contrôle la bonne gestion des dysfonctionnements.
L’identification des points faibles ou des incohérences dans la chaîne de décision a pour objectif d’aboutir, avec tous les acteurs de l’IMF, à une mission sociale claire et partagée par tous, une information fiable sur les réalisations de l’IMF, des mécanismes de prise de décisions clairs, une cohérence entre la compétence technique et le niveau de responsabilité et des organes de contrôle effectifs qui vérifient la réalisation de la mission sociale.
Pour en savoir plus sur les liens entre Performances sociales et Gouvernance, voir la version traduite en français de la Social Performance Progress Brief de SEEP « Social Performance Governance » January 2009, Volume 1, Number 5.
L’investissement en microfinance, que ce soit en fonds propres, prêts ou garanties, connaît un boom sans précédent (on est passé de 1,7 $US à 8,2 Milliards $US entre 2004 et 2009) du fait de l’intervention via des MIV (Microfinance Investment Vehicles) (voir aussi la section sur l’investissement étranger dans le Dossier thématique sur le financement des IMF). Les études sur cette tendance montrent que cet investissement est avant tout motivé par des objectifs sociaux. Mais en l’absence de transparence sur la dimension sociale des opérations financées, un risque de réputation majeur reste attaché à ces investissements. Les investisseurs cherchent donc à valoriser leurs activités à travers deux champs de leur responsabilité sociale : leur contribution au changement d’échelle de la microfinance et la performance sociale des IMF financées.
Le secteur gagnera en outre à ce que les investisseurs et les bailleurs s’impliquent dans le renforcement structurel au-delà des IMF leaders déjà largement appuyées par les fonds d’investissements (89% des capitaux sont destinés à 2% des IMF).
ADA propose deux documents sur ce sujet :
Il faudra alors pouvoir valoriser les actions des bailleurs et investisseurs en faveur des IMF en consolidation, des IMF « socialement responsables » tournées vers un public exclu, afin de diversifier l’offre des fonds sur un plus grand nombre d’IMF et répondre aux défis du secteur. L’évaluation des investissements socialement responsables permettra d’inciter à la diversification des investissements nécessaire à la consolidation et au changement d’échelle du secteur.
Aujourd'hui, un certain nombre d'outils basés sur des critères de responsabilité sociale ont également été conçus pour les MIV:
- Audits sociaux : Le Social Audit Tool for MIVs (SAM) conçu par CERISE afin de promouvoir l'investissement socialement responsable en microfinance (voir Lapenu et Ledesma).
- Ratings sociaux (voir Sinha et al.)
- Cadres de reporting (voir Reille)
- Labels (voir Luxflag)
- Principes : Les Principes pour les Investisseurs en Finance Inclusive sont une initiative d’un petit groupe d’investisseurs et de son Altesse Royale la princesse Maxima des Pays Bas. Le Groupe a développé les Principes de pair avec les Principes pour l’Investissement Responsable soutenu par les Nations Unies et en consultation avec le CGAP et plusieurs acteurs-clés de l’industrie. Ces principes affirment entre autres le soutien d’une variété de services aux clients à faible revenu et la protection du client.
Voir la Revue Dialogue Européen et les initiatives de différents investisseurs européens
Voir sur le site de Cerise les avancées sur l’évaluation des investissements socialement responsables.
Pour en savoir plus :
- Reporting et Gestion de la Performance Sociale : état des lieux, Pistelli, M., MIX, 2011
Étude de 405 IMF ayant communiqué leurs données sociales au MIX en 2009-2010
- « Gouvernance et privatisation » en microfinance : les dilemmes du Crédit rural de Guinée (CRG-SA), 2002-2006, Doligez, F. & Koulibaly, B. 2009
Est-il possible de préserver les performances sociales d’une IMF après sa « privatisation » ?
- Investissements étrangers en microfinance : Conjuguer objectifs sociaux et financiers, Forster, S. & Reille, X 2008
Quel impact l’investissement étranger est-il susceptible d’avoir sur l’objectif social de la microfinance ?
- ProsperA : une Alliance pour la promotion des performances sociales en microfinance, Newsletter janvier 2008, Newsletter juin 2008
- Guide opérationnel d’analyse de la gouvernance d’une institution de microfinance, Lapenu, C., Pierret, D., CERISE, IRAM, FIDA, GTZ 2005
- Revue Dialogue Européen sur le rôle des investisseurs dans la promotion des performances sociales.
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