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6. Comment aller plus loin ? Suivi d’indicateurs de performances sociales et démarches d’amélioration

1. Performances sociales, gouvernance et gestion

  • 1.1 Suivi d’indicateurs et systèmes d’information

Tout système financier a besoin d’un système d’information de gestion (SIG) performant comme outil d’aide à la décision. Les SIG servent en particulier à fournir des informations comptables. L’intégration d’indicateurs de performances sociales permet d’en faire un instrument précieux pour l’amélioration des services, la connaissance des usagers, la rétention et l’élargissement de la clientèle.
Plusieurs expériences existent qui visent à améliorer la prise en compte des performances sociales dans les systèmes d’information :

Suivi d’indicateurs sur le niveau de vie des clients

INAFI International a lancé en partenariat avec Oxfam Novib et Ordina, un vaste projet de mesure de l’impact social visant à collecter de manière exhaustive, des informations permettant un suivi d’impact auprès de 10 IMF membres du réseau. Ces informations se réfèrent en particulier à la santé, l’éducation, le capital social et l’émancipation des femmes.

Dans le cadre de l’Alliance ProsperA, plusieurs réseaux nationaux d’IMF sont en train de mettre en place des systèmes d’autorégulation qui prennent en compte les performances sociales de leurs membres. C’est le cas par exemple de FINRURAL en Bolivie, de RFR en Equateur ou encore du Consortium Alafia au Bénin.

Le CGAP, avec la Fondation Ford (projet en cours), cherche à développer des indicateurs de changement de niveau de vie des clients qui puissent évaluer les performances sociales des IMF selon les 5 dimensions principales des Objectifs de Développement du Millénaire :

  • Proportion de clients en dessous du seuil de pauvreté ;
  • Amélioration des conditions économiques des clients ;
  • Augmentation de la présence à l’école des enfants et réduction de l’analphabétisme ;
  • Amélioration de l’accès aux services de santé ;
  • Progrès en termes de responsabilisation / empowerment des femmes

    Le CGAP ne parle pas d’impact : on serait rapidement confrontés aux questions d’attribution des effets et de mesure précise des champs étudiés : comment attribuer à l’IMF seule un meilleur accès à la santé des clients, une meilleure sécurité alimentaires ou une plus grande fréquentation de l’école par les enfants ? La question se pose d’autant plus que l’impact sur la santé et l’éducation, par exemple, ne représentent pour l’IMF qu’un objectif indirect.

    Le Consortium ImpAct a élaboré une note méthodologique (en anglais) sur le suivi d’impact des institutions de microfinance qui décrit plusieurs cas d’application en lien avec les SIG, notamment ceux de CARD (Philippines), LAPO (Nigeria), SEF (Afrique du Sud) ou Sinapi Aba Trust (Ghana).
    Une des difficultés majeures des systèmes de suivi-évaluation et analyses d’impact intégrées au sein des IMF est de passer de l’analyse à l’action ou, quand des propositions d’amélioration sont décidées, à les mettre rapidement en pratique et éventuellement de prendre des sanctions quand elles ne sont pas appliquées. Le plus souvent, la solution réside dans la bonne synergie entre système de suivi et gestion opérationnelle, en évitant que le suivi ne soit vu comme un corps étranger imposé de l’extérieur ; on peut alors espérer que les propositions d’amélioration soient plus faciles à mettre en œuvre.

    Les indicateurs du MIX Market, suivi du processus et projet de « benchmarking » international

    La « Social performance Task Force » a créée un ensemble d’indicateurs de performance sociale standardisés avec l’apport d’investisseurs, de donateurs, de praticiens, d’organismes d’appui et d’experts.

    Ces indicateurs ont pour objet de compléter les indicateurs de performances financières pour donner une compréhension plus globale des performances des IMF. Ils reflètent les pratiques les plus abouties actuellement en cours pour mesurer les performances sociales et s’attachent tout particulièrement à la collecte des informations relatives aux processus et procédures internes des IMF et des caractéristiques de leurs clients. Au niveau des processus, la production des indicateurs reposent sur un ensemble de questions simples à renseigner basées sur les politiques et les opérations courantes de l’IMF. Au niveau des clients, les indicateurs ont pour objet de refléter les critères de sélection des ménages, d’estimer la portée et le caractère inclusif des services de microfinance, enfin, de recenser l’information pertinente et disponible pour suivre les évolutions dans le temps.

    Afin d’aider le MIX à affiner et à finaliser le premier jet d’indicateurs de performance sociale, une cinquantaine d’IMF a participé à une phase pilote afin de tester le processus de collecte et de traitement des données au premier semestre 2008.
    A partir du second semestre 2008, un ensemble d’indicateurs de performance sociale standardisé sera inclus dans le canevas de reporting du MIX Market.

    • 1.2 Performances sociales et gouvernance

    Les évaluations des performances sociales, de l'impact et le rating donnent une image statique de la dimension sociale de la microfinance. Pour passer du diagnostic à l’amélioration de l’impact en bout de chaîne, les aspects de gouvernance constituent un lever essentiel pour mettre en œuvre des mécanismes qui assurent la cohérence entre différentes facettes de sa mission sociale et les actions réalisées.
    En s'appuyant sur des expériences d’IMF et réseaux partenaires, les membres du réseau CERISE ont élaboré un guide opérationnel d'analyse de la gouvernance qui donne des grilles de lecture fonctionnelles pour aider les IMF (1) dans le diagnostic global de la gouvernance et (2) dans la réflexion sur les défis récurrents de la gouvernance. Ce guide a d’ailleurs été repris par le pour la conception d’un module de formation.

    Dans la perspective des performances sociales, l'outil gouvernance permet à l’IMF de vérifier, les points forts ou les points faibles qui influent sur son impact : les acteurs ont-ils une vision partagée de la stratégie de ciblage ? L’information est-elle disponible sur le profil des clients ? Les décisions opérationnelles favorisent-elles un ciblage effectif ? Les agents de crédits ont-ils la compétence et les motivations pour toucher le public visé ? Le contrôle permet-il de vérifier la mise en œuvre de la stratégie de ciblage ?
    Pour chacune des quatre questions-clés, l'analyse de la gouvernance

    1. identifie les acteurs qui prennent les décisions,
    2. vérifie les moyens et modes de décision de l’IMF et
    3. contrôle la bonne gestion des dysfonctionnements.
    L’identification des points faibles ou des incohérences dans la chaîne de décision a pour objectif d’aboutir, avec tous les acteurs de l’IMF, à une mission sociale claire et partagée par tous, une information fiable sur les réalisations de l’IMF, des mécanismes de prise de décisions clairs, une cohérence entre la compétence technique et le niveau de responsabilité et des organes de contrôle effectifs qui vérifient la réalisation de la mission sociale.

    Voir sur le site de Cerise (à venir), l’étude du réseau Mexicain de l’Amucss sur les liens entre Performances sociales et gouvernance.

    2. La mise en lien des acteurs

    Pour répondre aux enjeux liés à l’évaluation sociale et au renforcement de l’impact des IMF, plusieurs alliances ont été formées pour faciliter la cohérence entre les actions et les réflexions et créer des synergies opérationnelles.

    • 2.1 Réseaux de praticiens

    L’alliance ProsperA

    ProsperA (PROmotion of Social PERformance) est un réseau opérationnel d’acteurs de la microfinance, basé sur l’expérience et les initiatives de ses membres qui vise à promouvoir la culture et la pratique des performances sociales au travers du renforcement des capacités des IMF et des réseaux locaux.

    s’engage à promouvoir les performances sociales en défendant une pluralité d’objectifs : ciblage des pauvres et des exclus ; amélioration des services pour répondre aux besoins des publics cibles ; renforcement des capacités des bénéficiaires, en particulier en termes de capital social ; engagement en faveur de la responsabilité sociale vis-à-vis des employés, des clients, de la communauté et de l’environnement

    ProsperA renforce les capacités des IMF et des réseaux locaux, au travers d’échanges et de formations, accompagne l’innovation et le changement des pratiques, en mutualisant les savoir faire et en produisant des outils opérationnels. Cette alliance promeut la culture des performances sociale en valorisant le travail et la vision des praticiens auprès des autres acteurs de la Microfinance. ProsperA a en particulier été très actif pour alimenter une réflexion collective et des actions communes à partir de l’outil SPI et des initiatives de ses membres, en particulier en termes de gouvernance, d’impact et d’évaluation des performances sociales.

    Les activités que les membres réalisent en lien avec ProsperA sont diverses. Par exemple, au Bénin, le réseau d’IMF Consortium Alafia, travaille à l’inclusion d’indicateurs de performances sociales dans les systèmes d’information de ses membres. Pour des réseaux d’IMF comme RFR (Equateur) ou FINRURAL (Bolivie), l’évaluation sociale et l’analyse de la gouvernance s’intègrent aux mécanismes d’autorégulation nationaux et alimentent les échanges avec les autorités gouvernementales pour élaborer des cadres normatifs adaptés au financement du développement. Des investisseurs, tels que Oikocredit ou la Sidi utilisent des évaluations de performances sociales comme base de discussion avec leurs IMF partenaires. En Europe, l’Adie adapte des modes d’évaluation sociale (SPI et profil d’exclusion) aux particularités du microcrédit au Nord.

    Au niveau du réseau, ces activités sont capitalisées pour permettre une meilleure compréhension des liens qui existent entre d’une part performances sociales et performances financières, entre performances sociales et impact, entre performances sociales et gouvernance (voir plus de détails sur le site de CERISE).

    Le Consortium Imp-Act

    En tant que programme de recherche-action, Imp-Act soutient le suivi et le management de la performance sociale en microfinance. C’est une collaboration entre des praticiens de la microfinance, des réseaux nationaux et internationaux, des organisations de soutien et une équipe d’universitaires de trois universités du Royaume-Uni. Plus de 30 organisations dans 22 pays, sur les cinq continents, y ont participé. Il comprend des banques réglementées, des organisations à but non lucratif combinant services financiers et non-financiers, des communautés de base et des groupes de solidarité (self-help groups) de femmes. En représentant diverses approches de prestation de service, ces organisations travaillent aussi dans des contextes s’étendant de marchés urbains attractifs à des zones rurales reculées, d’économies fragiles de post-conflit à des marchés émergents des nouveaux pays industrialisés en Europe.
    Avec cette diversité, Imp-Act a soutenu des institutions de microfinance pour développer leurs propres systèmes pour évaluer les progrès dans l’atteinte de leurs objectifs sociaux. Avec le soutien de la Fondation Ford, chaque partenaire a reçu une aide pour entreprendre sa propre activité de SPM menée par son propre personnel et a été soutenu quand cela a été nécessaire par une expertise externe en contrat avec des réseaux, des cabinets de consultants ou de recherche. L’équipe universitaire anglaise a fourni le secrétariat technique. Certains partenaires ont choisi de faire des recherches ; certains se sont concentrés sur la construction de leur capacité dans SPM ; d’autres ont ciblé une question, un produit ou une méthodologie spécifiques.

    A l’origine, le programme se concentrait sur l’évaluation de l’impact, mais sur une période de trois ans, il a évolué pour englober une vue plus large de l’ensemble du processus par lequel l’impact est atteint. Par conséquent, Imp-Act a développé un cadre de travail pour le management de la performance sociale qui se concentre autant sur chaque aspect du processus par lequel l’organisation traduit ses objectifs sociaux en pratique, que sur les résultats et les impacts plus larges pour les clients et leurs communautés.

    Les partenaires d’Imp-Act ont gagné une meilleure connaissance de leurs clients et ont appris comment répondre de façon plus appropriée à leurs besoins. Par exemple, Sinapi-Aba Trust, au Ghana, a développé un programme de formation pour améliorer le savoir-faire des femmes et leur confiance en elles pour accéder à de plus gros crédits pour l’achat de biens productifs ; FOCCAS, en Ouganda, a appris que les clients sont particulièrement fragiles de février à juin et a développé un produit de prêts plus flexibles ; le Réseau Covelo au Honduras travaillait avec ses membres pour institutionnaliser l’utilisation annuelle d’une série d’outils d’évaluation de la clientèle (à partir de la gamme des outils AIMS) ; LAPO, au Nigeria, a affiné ses formulaires d’admission pour permettre de suivre le niveau de pauvreté de ses clients à l’entrée et à chacun des prêts suivants ; CAME, au Mexique, a conduit une évaluation de l’impact et une étude de l’utilisation des crédits qui a aidé les cadres de direction à mieux comprendre les caractéristiques des clients et la manière sophistiquée avec laquelle la plupart gèrent leurs finances. SHARE, en Inde, a construit son processus informel d’apprentissage des clients par des ateliers de travail de clients et maintenant SHARE a un plus grand savoir-faire pour consulter et apprendre des clients d’une façon plus systématique. Comme une communauté de chercheurs de recherche-action, Imp-Act a tiré les leçons de ses succès et défis. Parce que les IMF partenaires se sont activement engagées dans le processus, elles se sont mieux approprié les résultats. Pour plus d’informations sur le programme Imp-Act ou de détails sur le travail des partenaires individuellement, allez sur le site internet du réseau : www.Imp-Act.org

    Le Foro Lac Fr et les performances sociales

    Membre actif de ProsperA et partenaires d’ImpAct au travers du projet Mision, le réseau latino-américain ForoLacFr est un exemple emblématique de constitution d’un plateforme régionale pour la coordination d’actions et d’échanges, travaillant en particulier sur le thème des performances sociales. En effet, ce réseau est particulièrement actif dans la création et le renforcement de capacités locales au travers des réseaux nationaux, la valorisation ainsi que l’accompagnement pour l’amélioration des pratiques en matière de performance sociale. Concrètement, ForoLac impulse et soutient des processus de formation, d’expérimentation de méthodes de suivi et de gestion des performances sociales, contribue à la mise en place de mécanismes de suivi d’indicateurs financiers et sociaux et constitue un relais privilégié pour la communication et l’information, que ce soit entre praticiens ou vers le grand public.

    • 2.2 Groupe de travail à l’échelle internationale

    La « Social Performance Task Force »

    Devant le développement des initiatives relatives aux performances sociales, un travail d'échanges et de coordination a été jugé souhaitable à la progression de l'ensemble du secteur. Ainsi, la Social performance Task Force, initiée en 2005 par le CGAP, les fondation Ford et Argidius, réunit un ensemble d'acteurs intéressés par les performances sociales dans la microfinance (praticiens, chercheurs, bailleurs de fonds, investisseurs, agences de notation) et vise à développer les échanges sur le sujet pour harmoniser les approches et faire la promotion des performances sociales dans le secteur de la microfinance.

    Le groupe de travail de la Plateforme européenne

    En 2006, un groupe de travail a été créé dans le cadre de la plateforme européenne de la microfinance (e-MFP) pour échanger et promouvoir les actions des membres relatives aux performances sociales. Cette instance explore ce que les acteurs européens et en particulier les investisseurs, peuvent faire pour mieux atteindre leur mission et relever le défi social de la microfinance. Une publication a été produite dans la Revue Dialogue Européen qui présente un bilan des pratiques existantes de l’évaluation sociale par les investisseurs du secteur et discute des évolutions souhaitables (disponible sur le site de la plateforme en anglais en juin 2008 et en français en septembre 2008).

    3. L’implication des investisseurs dans la promotion des performances sociales des IMF

    L’investissement en microfinance, que ce soit en fonds propres, prêts et garanties, connaît un boom sans précédent (on est passé de 1,7 $US à 4 Milliards $US entre 2004 et 2006) du fait de l’intervention via des MIV (Microfinance Investment Vehicles). Les études sur cette tendance montrent que cet investissement, est avant tout motivé par des objectifs sociaux. Mais en l’absence de transparence sur la dimension sociale des opérations financées, un risque majeur sur leur réputation reste attaché à ces investissements. Les investisseurs cherchent donc à valoriser leurs activités à travers deux champs de leur responsabilité sociale : leur contribution au changement d’échelle de la microfinance et la performance sociale des IMF financées.
    Le secteur gagnera en outre à ce que les investisseurs et les bailleurs s’impliquent dans le renforcement structurel au-delà des IMF leaders déjà largement appuyées par les fonds d’investissements (89% des capitaux sont destinés à 2% des IMF). Il faudra alors pouvoir valoriser les actions des bailleurs et investisseurs en faveur des IMF en consolidation, des IMF « socialement responsables » tournées vers un public exclu, afin de diversifier l’offre des fonds sur un plus grand nombre d’IMF et répondre aux défis du secteur.
    L’évaluation des investissements socialement responsables permettra d’inciter à la diversification des investissements nécessaire à la consolidation et au changement d’échelle du secteur.

    Voir la Revue Dialogue Européen et les initiatives de différents investisseurs européens
    Voir sur le site de Cerise les avancées sur l’évaluation des investissements socialement responsable
    Voir le site de la conference d’INAISE (groupe de travail N°3),

    Pour en savoir plus :

    Voir aussi, en anglais

    Voir aussi, en espagnol

    • Le portail web de ForoLacFr dédié aux performances sociales


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