- Définitions
- Pourquoi évaluer socialement la microfinance ?
- Différents niveaux d'évaluation
- Bibliographie
1. Définitions
La notion de « performances sociales » a été définie au sein de la Social Performance Task Force comme « la traduction effective dans la pratique de la mission sociale d’une institution de microfinance en lien avec des valeurs sociales communément acceptées qui fixent de servir un nombre croissant de personnes pauvres et exclues, d’améliorer la qualité et l’adaptation des services financiers, de créer des bénéfices pour les clients et d’améliorer la responsabilité sociale d’une IMF ».
Cette définition se base sur le principe que les institutions de microfinance ont un double objectif de résultat (« double bottom line » en anglais), à la fois financier et social. Les performances sociales et financières d’une IMF sont donc complémentaires et composent ensemble ses performances globales.
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Responsabilité sociale et performances sociales
On entend ici par responsabilité sociale la préoccupation des parties prenantes (IMF, réseaux, investisseurs, bailleurs) à s’assurer que leurs actions sont transparentes (accountability), qu’elles contribuent à l’offre de services financiers et qu’elles n’ont pas d’effets négatifs sur leurs partenaires (employés, clients, communauté, environnement). |
Le schéma qui suit de la Social Performance Task Force (juin 2011) reprend les liens entre Responsabilité sociale, qui renvoie à la notion de « Ne pas nuire » (« Do No Harm ! »), et Performances sociales, champ plus large englobant l’idée d’engagement social. Les initiatives citées sur le schéma sont détaillées dans la partie suivante.
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Et l’impact ? La question de l’impact est abordée dans le même dossier car c’est une autre notion en lien direct avec la mission sociale de l’IMF. L’analyse d’impact a pour objectif de prouver les résultats sociaux des activités de l’IMF. Cette preuve est scientifiquement très difficile à établir. La gestion de la performance sociale permet donc de se préoccuper de la mise en pratique de la mission sociale et du bien-être des clients sans passer par la mesure d’impact.
Face aux enjeux de changement d’échelle et à la montée parallèle des critiques du secteur, le renforcement et la valorisation des performances sociales de la microfinance sont cruciaux pour sa crédibilité et sa pérennité.
Les raisons et modes d’évaluation sociale de la microfinance ont beaucoup évolué ces dernières années, en parallèle aux mutations du secteur. Jusqu’il y a quelques années, l’évaluation sociale, qui était essentiellement liée aux études d’impact, provenait d’une demande avant tout extérieure. En effet, la solidité du secteur doit beaucoup à l’appui des bailleurs, des ONG et des gouvernements qui ont vu dans la microfinance un outil efficace de lutte contre la pauvreté. Ayant choisi d’investir dans ce secteur plutôt que dans d’autres comme la santé et l’éducation, il était important pour ces acteurs de prouver qu’il existe un lien entre les activités de microfinance et les changements observés sur la population cible. Ainsi, à la fin des années 1980, on privilégiait l’étude de l’impact économique sur les clients avec des études très académiques, souvent longues, coûteuses et peu adaptées aux praticiens.
Au milieu des années 1990, l’objet d’attention principal s’est porté sur la croissance et la pérennité du secteur. On s’est focalisé sur le nombre de clients, la rentabilité, l’autonomie vis-à-vis des subventions, etc. Cependant aujourd’hui, la résurgence de crises (impayés, faillites, désaffections massives de clients) et de critiques conduit à rappeler l’importance de l’analyse qualitative, du renforcement de la mission sociale et de l’adéquation des services des IMF vis-à-vis de leur clients. « Back to Basics » !
Pour accompagner les IMF dans leur démarche d’adaptation à la demande et au contexte économique, on a maintenant établi un meilleur équilibre entre les études de recherche visant à démontrer l’impact (« to prove ») et celles conduites par les praticiens cherchant d’abord à améliorer opérationnellement les services pour un meilleur bénéfice pour les clients (« to improve »).
Pour les praticiens, sur la base des avancées de la recherche, et en partant de l’analyse de la stratégie d’une IMF, il est possible de définir des études « sur mesure », simples et opérationnelles, pour alimenter l’amélioration de ses pratiques au bénéfice des clients. Cette démarche conduit à internaliser autant que possible les études, afin que l’institution s’approprie cette connaissance de la clientèle, en tire des outils de pilotage et renforce ses capacités managériales.
Par ailleurs on assiste à un regain d’intérêt de la part des investisseurs privés, qui veulent connaître la plus-value sociale de leurs investissements. Pour leur part, les bailleurs et les Etats s’interrogent aussi sur le soutien règlementaire et financier dont bénéficie la microfinance.
De leur côté, les IMF sont conscientes que renforcer les performances sociales peut être un moyen de renforcer leurs performances financières. En effet, dans un contexte de concurrence accrue, l’amélioration de leurs relations avec la clientèle permet de limiter les impayés et les abandons de clients, ainsi que d’attirer des investisseurs ou d’autres partenaires. Grâce au développement récent d’un nouveau pan de l’évaluation de la microfinance, on s’achemine aujourd’hui vers un nouvel équilibre dans la gestion des IMF, qui prend en compte les performances à la fois sociales et financières.
Qu’en est-il des outils, approches et résultats récents dans le domaine de l’évaluation et de la gestion des performances sociales en microfinance ? Les différentes parties du dossier s’articulent autour des questions clés que se posent les IMF et leurs partenaires. Il doit aider à comprendre et à utiliser les outils et les approches de mesure et de gestion des performances sociales et de l’impact.
En 2005, le CGAP et les fondations Argidius et Ford ont impulsé la création de la « Social Performance Task Force », un groupe de travail international. L’une de ses premières réalisations a été de définir un cadre de référence commun entre les différentes initiatives qui travaillent sur le thème des performances sociales et de promouvoir les outils d’évaluation et de gestion des performances sociales.
La SPTF définit le « Social Performance Pathway », chaîne des performances sociales depuis les intentions de l’IMF jusqu’à son impact. On peut en déduire plusieurs types d’évaluation, tout au long de la chaîne, en utilisant une gamme d’outils complémentaires, chacun permettant de répondre à des questions spécifiques :
- L’activité de l’IMF est-elle adaptée à ses objectifs sociaux (intention/mission, conception, opérations)?
- Qui sont les clients de l’IMF ?
- L’IMF répond-elle aux besoins des clients ?
- Quels sont les effets de l’IMF sur les conditions de vie de ses clients?
Sur la base de l’évaluation des performances, on peut ensuite entrer dans la gestion des performances sociales :
- Comment aller plus loin pour améliorer les performances sociales ?
Chacune de ces questions sera abordée dans les chapitres suivants. Les outils qui permettent d’y répondre et leurs modes d’application seront présentés, ainsi que des éléments de résultat.
Pour en savoir plus
- Coup de projecteur : Quels liens entre performances sociales et performances financières ? CERISE, 2010
- La Microfinance est-elle socialement responsable ?, Guérin, I., Lapenu, C., Doligez, F., 2009
- Définition des concepts de responsabilité, performance, plus-value et transparence sociales en microfinance (BIM), Audran, J., 2009
- Quel équilibre entre soutenabilité financière et enjeux sociaux dans le secteur de la microfinance ?, Proparco, 2009
- Coup de projecteur : Mesure et gestion des performances sociales : des pas de géants ?, CERISE, 2008
- Au-delà des bonnes intentions : évaluation de la performance sociale des institutions de microfinance, CGAP, 2007




