La microfinance est née dans les années 90 à Madagascar, suite aux défaillances du secteur bancaire pour financer le monde rural et au moment où les projets et programmes de développement se sont vulgarisés. Dans les premiers temps, elle s'est surtout développée comme l'une des composantes d’accompagnement des initiatives promues par ces projets/programmes avec l'appui de bailleurs de fonds et d'opérateurs techniques internationaux.
Évolution du secteur
Trois facteurs ont influencé le développement de la microfinance à Madagascar : les institutions mutualistes, l’implication de l’État et l’arrivée des investisseurs étrangers.
Les institutions mutualistes. De 1990 jusqu’en 2000, l’appui financier au secteur s'est principalement concentré sur les institutions de microfinance mutualistes. Trois réseaux ont émergé du lot : ADEFI, CECAM et OTIV. En 2003, ils détenaient 88% des portefeuilles de crédit (Source AFD). De 1998 à 2010, le nombre des caisses est passé de 248 à 482. L’évolution des membres est plus significative. Entre ces deux périodes, le nombre de membres a été multiplié par 11, passant de 47 000 à plus de 538 000.
L’implication de l’État. Dès 1996, l’État a spécifié l’organisation et les activités des institutions financières mutualistes (loi 96-020) afin de favoriser les initiatives de développement en microfinance. La volonté d’intégrer la microfinance en tant que composante à part entière de la lutte contre la pauvreté s’est concrétisée par l’adoption de la stratégie nationale de la microfinance en 2001. Une stratégie qui a été mise à jour en 2007, en conformité avec le Madagascar Action Plan. Les insuffisances de la loi 96-020 ont entraîné l’élaboration d’un nouveau cadre spécifique aux activités de microfinance, d’où la promulgation de la loi 2005-016 en 2005. Cette nouvelle loi a accéléré la maturation du secteur. Depuis octobre 2010, une base des données sur le secteur de la microfinance à Madagascar est disponible en ligne via l’adresse www.madamicrofinance.mg.
L’arrivée des investisseurs étrangers. Depuis 2006, trois acteurs ont modifié le paysage de la microfinance à Madagascar. Il s’agit de Microcred, Accès Banque et PAMF Madagascar. Plutôt présents au niveau des grandes villes, ils ont exacerbé la concurrence sur le marché urbain. Ces trois institutions ont entraîné la croissance de la part des non-mutualistes en termes d’encours de crédit. Depuis 2009, les institutions mutualistes et non mutualistes détiennent une part égale des encours de crédit. Les banques de microfinance (Microcred, Accès Banque) occupent une part non négligeable avec 28% de l’encours de crédit.
La microfinance aujourd’hui
Entre 2008 et 2010, l’évolution du secteur de la microfinance à Madagascar se présente comme suit :
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2008 |
2009 |
2010 |
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Nombre de points de services |
638 |
652 |
700 |
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Taux de pénétration des ménages |
13,90% |
16,1 |
17,5 |
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Pourcentage de femmes membres et/ou clients |
43,06 |
45,35 |
46,41 |
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Encours de crédit (En millions MGA) |
119 871 |
145 174 |
177 868 |
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Encours d'épargne et/ou dépôts (En millions MGA) |
72 943 |
91 050 |
136 443 |
Source : www.madamicrofinance.mg
Au niveau de la couverture nationale, sur les 22 régions, seule la région de Melaky n’est pas encore servie par les IMF. D’après une étude de l’AFD1 : "La majorité des IMF sont présentes en ville où le secteur est devenu fortement concurrentiel, alors que les populations vivant dans les régions rurales enclavées continuent, pour la plupart, à ne pas bénéficier des services financiers de base".
Faire face à la crise
Depuis 2009, Madagascar vit au rythme d’une crise socio-économique et politique. D’après une étude partagée par l’AFD lors du séminaire intitulé « Les institutions de microfinance face à la crise », le secteur a essuyé une perte nette de 652 millions d’ariary en 2009. Cependant, le volume des financements accordés par les IMF a progressé grâce au développement du secteur informel. En effet, les personnes qui ont perdu leur emploi lors de la crise se tournent vers les IMF en vue de démarrer de nouvelles activités.
L’Institut National de la Statistique (INSTAT), lors d’une étude réalisée dans l’agglomération d’Antananarivo souligne que depuis 2009 le secteur informel a enregistré 116 000 emplois supplémentaires. Il représente ainsi 65,1 % des emplois en 2010, un poids jamais encore atteint auparavant.
Se rapprocher des bénéficiaires
Deux initiatives soulignent ce rapprochement. Le Partenariat avec la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale et le lancement des services de mobile banking.
En mars 2009, la CNAPS et la CNMF ont signé un accord de partenariat pour le paiement de la pension de retraite auprès des IMF. Trois régions (Analamanga, Amoron’Imania et Haute-Matsiatra) ont été choisies pour piloter le projet. La capitalisation des expériences a permis l’extension du projet dans tout Madagascar au début de l’année 2010. Plus de 50 000 pensionnaires bénéficieront de cette initiative.
En partenariat avec des banques ou des IMF, trois acteurs de téléphonie mobile proposent des services financiers via un téléphone portable depuis 2010. Les utilisateurs peuvent effectuer des dépôts, des retraits, des transferts d’argent ou payer leurs factures. L’Office Malagasy d’Étude et de Régulation des Télécommunications (OMERT) a estimé le nombre d’abonnés en téléphonie mobile à plus de 7 millions, soit environ 35% de la population, en 2010. Les 22 régions de l’île ont tous accès à un réseau de téléphonie mobile.
Les trois opérateurs et leurs partenaires : Airtel Money (BOA) Orange Money (BMOI et Paositra Malagasy) M vola (BFV Société Générale – Réseau Tiavo).
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1Les institutions de microfinance malgache face à la crise. Quelles premières leçons tirer ? Assouline, N. & Poursat, C. ; AFD, 2011, 37p




