La genèse de la microfinance malgache
La microfinance est née dans les années 90 à Madagascar, suite aux défaillances du secteur bancaire pour financer le monde rural et au moment où les projets et programmes de développement se sont vulgarisés. Dans les premiers temps, elle s'est surtout développée comme l'une des composantes d’accompagnement des initiatives promues par ces projets/programmes avec l'appui de bailleurs de fonds et d'opérateurs techniques internationaux.
Les faits marquants dans le développement du secteur
L’avènement de l’appellation « IMF mutualistes et non mutualistes » a vu le jour vers 1996. De 1990 jusqu’en 2000, l’appui financier au secteur s'est principalement concentré sur les institutions de microfinance mutualistes avec pour certaines de ces institutions, des crises de croissance et de gouvernance au début des années 2000 (scission, abus de pouvoir, problème d’autonomie opérationnelle et financière, …).
La stratégie nationale a été adoptée en 2001 et mise à jour en 2007, suivant les orientations du MAP (Madagascar Action Plan), feuille de route de développement de Madagascar pour la période 2007 à 2012, définie par l’Etat. La Microfinance y est citée comme l'un des leviers du développement, à travers l’Engagement 4, Défi 2 : « Améliorer l’accès au financement rural
», et l’Engagement 6, Défi 4 : « Réformer le système bancaire et financier».
En 2005, faisant suite à la revue CLEAR du CGAP visant à évaluer l’efficacité des fonds destinés à la microfinance, les bailleurs de fonds ont adopté de nouvelles stratégies d’appui au secteur : non renouvellement de la plupart des programmes d’appui arrivés à terme, appui à des projets de création d’IMF à potentiel mais qui desservent le milieu rural enclavé, orientation des appuis sur des thèmes plus ciblés comme les systèmes d’informations, le renforcement des capacités, etc.
La même année, la nouvelle loi sur la microfinance est apparue (voir partie "cadre légal") C'est à partir de 2005 également, que le secteur bancaire s'implique véritablement en microfinance, à travers le développement du refinancement bancaire et la descente en gamme de certaines banques. Elles visent principalement la clientèle des IMF en milieu urbain en proposant des produits comme des avances aux salariés ou des crédits d’investissement sur garantie salariale à titre d’exemple.
Très récemment (2006-2007), de nouveaux acteurs qualifiés par les praticiens de «banques de microfinance » sont apparus dans le paysage de la microfinance malgache et renforcent la concurrence entre IMF en milieu urbain. Il s’agit de PAMF (Première Agence de Microfinance, programme d’appui à la microfinance, financé par Aga Khan Foundation), Microcred (appuyé par PlaNet Finance) et Accès Banque (appuyé par LFS Financial Systems). Ils affichent des approches et des moyens différents de ce qui existe jusqu’à présent à Madagascar.
Depuis 2007, certains bailleurs de fonds manifestent un intérêt croissant pour le segment de la mésofinance (financement des PME, haut de gamme de la microfinance), peu couvert à Madagascar. L’AFD a mené en 2007 une étude pour la mise en place d'un projet de soutien à ce segment par la mise en place d'un dispositif de cautionnement mutuel entre entrepreneurs et le Gouvernement a sollicité le KfW allemande pour mettre en place une banque spécialisée pour les PME, incluant la microfinance. Il s’agit de la BMCD (Banque Malgache de Construction et de Développement).
Vers 2000, le PNUD avait lancé la diffusion du produit « crédit avec éducation » au niveau national, pour les femmes démunies en milieu urbain et périurbain dans les deux provinces plus pauvres de Madagascar (Tuléar et Fianarantsoa). Cette initiative a été généralisée dans tout Madagascar en 2007.
Selon la Coordination nationale de microfinance à Madagascar (CNMF), on peut distinguer trois types de structures exerçant la microfinance : les IMF mutualistes, non mutualistes et les organisations financières de proximité (OFP) de type pré-institutions. Les « banques de microfinance » peuvent être classées comme non mutualistes. Les OFP sont en général des petites structures associatives ou ONG ou projets qui essaient de faire de la microfinance sans entrer directement dans le cadre de la loi en vigueur.
Les chiffres suivants indiquent cette situation.
(*) Source : www.madamicrofinance.mg/bluebook/diagnostic_secteur.pdf. Chiffre n’incluant pas une partie des réalisations des OFP ainsi que celle des Banques de microfinance
1 Soit 9 IMF mutualistes, 5 IMF non mutualistes, 32 Organisations financières de proximité (OFP), 3 banques de microfinance
En termes de couverture nationale, le taux de couverture de la microfinance est de 8,3%, avec des déséquilibres entre milieu urbain et rural contre 3% au niveau bancaire. En 2007, il ne reste plus que 2 régions sur les 22 régions qui ne disposent pas d’IMF. Il s’agit de celles de Betsiboka et de Melaky.
Les IMF mutualistes sont au nombre de 9 :
Les IMF non mutualistes sont au nombre de 5 : Les IMF à statut de banque territoriale et d’établissements financiers sont : L’OFP de type mutualiste est la mutuelle de FIVOY (dans la région Anosy)
Les OFP de type non mutualiste sont au nombre de 31 :
I. celles qui interviennent exclusivement dans la capitale à Antananarivo ville, comme II. celles qui interviennent en dehors de la capitale comme III. celles qui sont de couverture nationale ou multirégionale comme Les banques comme la BOA, BNI-CA et BFV-SG ont également un département de microfinance ou mésofinance en leur sein qui gère le refinancement aux IMF et/ou développe une offre en direction des micro et petites entreprises.
L’Etat n’a pas de participation dans les IMF. Il se positionne en tant que tutelle de la profession à travers deux ministères : le Ministère des finances et du budget (MFB) et le Ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche (MAEP). Les méthodologies sont assez diversifiées. Pour les IMF mutualistes, il s’agit essentiellement de la méthodologie de modèle coopératif avec du crédit individuel, impliquant des garanties matérielles de valeur moyenne de 120% du crédit.
Pour les IMF non mutualistes, le modèle est soit (i) un système de crédit individuel utilisant des garanties matérielles (gage, hypothèque ou nantissement de biens), financières (avec des cautions financières) et/ou sociales (caution d’un tiers), soit (ii) un système de caution solidaire de groupes souvent sans garantie matérielle pour les premiers prêts. Dans les deux cas, la gestion du crédit et pouvoir d’octroi sont souvent concentrés sur les salariés.
Le secteur touche à la fois l'urbain et le rural. Néanmoins, on constate une domination plutôt urbaine du fait de la difficulté d’accès et de l’augmentation des coûts de transaction du milieu rural. Les trois nouvelles banques microfinance se concentrent essentiellement en milieu urbain, dans la capitale et les grandes villes du pays.
Les prêts moyens octroyés par les IMF à Madagascar sont en général inférieurs à 1200 Dollars US. La segmentation peut se faire à 3 niveaux : le niveau supérieur entre 600 Dollars US à 1200 Dollars US est occupé par les IMF comme Accès Banque, Microcred et Sipem. Le niveau intermédiaire entre 250 Dollars US à 600 Dollars US est occupé par les IMF comme les OTIV et CECAM et le niveau inférieur de moins de 250 Dollars US est occupé par les IMF comme PAMF, Paiq-Apem, Cefor, …
Le niveau de développement de la microfinance aujourd’hui
Indicateurs Fin 2006 Fin 2007 Nombre d’IMF (y compris les trois nouveaux venus) 491 Clientèle/membres 294.349 (*) 407.2702(**) Taux de pénétration (***) 8% Encours des dépôts 14,8 millions de Dollars US 18,1 millions de Dollars US Encours des crédits 23, 7 millions de Dollars US 41,5 millions de Dollars US3
(***) Nombre de clients/nombre de familles malgaches (5 pers/ménage)
2(**) Chiffres collectés auprès des IMF : 357.360 membres épargnants, 10.090 emprunteurs des IMF non mutualistes, 28.820 clients d’OFP, 12.100 clients de banques de microfinance
3 Soit 32,031 millions de Dollars US pour les IMF mutualistes, 2,99 millions de Dollars US pour les non mutualistes, 0,819 million de Dollars US pour les OFP et 5,7 millions de Dollars US pour les Banques de microfinance
5 OTIV à Antananarivo, zone littorale, zone Alaotra-mangoro, SAVA, DIANA), Les principales caractéristiques du secteur

