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2. Fonctions de la micro-assurance

La micro-assurance est un service financier basé sur les principes de l’assurance classique. Elle comporte quatre fonctions principales. La répartition de ces fonctions entre les différentes organisations impliquées dans le dispositif d’assurance détermine les modèles institutionnels.  

1. Conception de produits

2. Distribution de produits et collecte de primes

3. Portage technique

4. Portage du risque financier


1. Conception de produits

Cette fonction fait référence à la création de produits d’assurance : couverture, montant de la prime, éligibilité, exclusions, durée de la couverture, projections financières, caractère obligatoire/facultatif, etc.

La caractéristique principale des produits de micro-assurance doit être la simplicité. Le concepteur de ces produits doit prendre en compte les quatre éléments de base pour tout produit d’assurance : l’événement assuré, le montant de la prestation, le bénéficiaire et la durée de la couverture.

La conception de produits de micro-assurance est complexe, non seulement car elle demande d’avoir accès à des données fiables à propos du marché (tables de mortalité, pathologies courantes, dépenses des ménages à faible revenu, etc.), qui ne sont pas toujours disponibles, mais aussi car il est important de limiter le risque moral et la sélection adverse. Pour cela il est nécessaire d’inclure dans le produit des caractéristiques pour limiter ces risques (période d’attente, adhésion en groupe, etc.).

Cette étape nécessite des compétences spécifiques et relève non seulement d’une étude de marché préalable (définition du marché cible, des besoins, de la capacité contributive, segmentation, etc.) mais aussi d’une analyse technique actuarielle, par exemple pour la tarification des produits et les projections financières. Dans le cas de l’assurance santé il est aussi nécessaire de faire une analyse et un diagnostic de l’offre de soins présente dans la région.

La conception des produits doit aussi tenir compte des éventuelles contraintes opérationnelles pour la distribution et la gestion du produit. Par exemple, un programme qui propose un produit dont la prime est mensuelle doit assurer les ressources humaines et les moyens de gestion et de contrôle nécessaires pour garantir cette collecte une fois par mois.

Un des défis que rencontre la micro-assurance est de concevoir des produits à faible coût qui puissent couvrir des risques complexes. Globalement, plus le produit est complexe et plus il a de chances d’être coûteux et donc inaccessible aux ménages à faibles revenus en l’absence de subventions.

Le schéma ci-dessous présente la complexité des différents produits de micro-assurance actuellement disponibles sur le marché. 


En savoir plus sur la conception des produits…


2. Distribution de produits et collecte de primes

La distribution de produits est un enjeu important pour la micro-assurance : il est important de limiter les coûts d’opération lorsqu’une organisation souhaite avoir accès à des clients à faibles revenus, or les contraintes sont nombreuses (les clients ne connaissent pas l’assurance ou ne font pas confiance aux assureurs, ils peuvent être géographiquement éloignés, etc.). D’où l’importance de trouver des canaux de distribution qui soient proches de ce marché et reconnus par lui.

En ce sens, les IMF sont des canaux de distribution privilégiés mais elles ne sont pas les seules et le secteur de la micro-assurance cherche aujourd’hui à développer des canaux de distribution alternatifs.

Le canal de distribution peut prendre en charge tout ou partie des tâches liées aux activités suivantes : conception des produits, promotion, adhésion (collecte des données des assurés, signature du contrat, octroi des éventuelles cartes de membre, collecte des éventuels frais d’adhésion) et remontées d’information qualitative et quantitative à l’assureur (profil des clients, montants collectés, éventuellement satisfaction des clients, retour à propos des produits, des procédures, etc.) et éventuellement collecte des primes.

Le canal de distribution peut parfois contribuer à la promotion active des produit(s). Cette activité suppose d’adopter une démarche marketing et d’informer les clients pour qu’ils fassent des choix éclairés. Cela demande une bonne connaissance des produits de la part des agents de distribution, donc implique des coûts de formation.

Le canal de distribution peut aussi jouer un rôle dans la conception des produits car généralement c’est l’acteur qui connait le marché, qui détient les données nécessaires aux calculs actuariels et qui participe à la décision sur le caractère éventuellement obligatoire des produits.

Rendre obligatoire un produit d’assurance peut permettre de contrôler plus facilement le risque moral et la sélection adverse, et donc d’atteindre plus rapidement l’équilibre financier. D’après quelques études de cas concernant des assurances emprunteur,  le pendant de ce type de choix est que les assurés ne sont pas toujours bien informés des garanties qu’ils contractent et qu’ils tendent alors à considérer l’assurance comme une taxe supplémentaire sans en comprendre l’intérêt.

Il est important que l’agent de distribution choisi soit en capacité de bien remplir son rôle. Il doit donc disposer d’une proximité géographique avec les clients, d’un SIG pour le suivi des clients, d’une capacité de gestion d’un service financier, et des moyens humains conséquents.

Lors de la collecte de primes, ainsi que dans d’autres opérations qui impliquent une transaction financière, un risque de fraude peut se présenter à plusieurs niveaux (assurés, canal, fournisseurs, personnel interne à l’organisation). L’organisation qui porte le risque doit donc concevoir et mettre en place des systèmes de con-trôle rigoureux pour chacune des étapes, à son niveau et au niveau du canal de distribution.

En savoir plus sur la collecte des primes

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3. Portage technique

Les opérations liées à cette fonction englobent la gestion d’entreprise et la gestion technique propre à l’assurance. Ces opérations de gestion technique et administrative incluent : suivi des adhésions et des primes collectées, traitement et règlement des sinistres, renouvellement des contrats, gestion des ressources humaines, gestion des partenariats, trésorerie, comptabilité, finances, tableaux de bord (indicateurs classiques et indicateurs spécifiques à l’assurance) et rapports, etc.

Elles nécessitent un Système d’Information de Gestion (SIG) qui puisse optimiser la gestion et permettre aux managers de fonder leur prise de décision sur des données fiables et actualisées.

Pour un bon suivi de l’activité, il est important de formaliser les procédures, ainsi que le contrôle interne et d’évaluer les programmes à l’aide des indicateurs de performance. Un groupe de dix indicateurs clés a été défini par des praticiens et des experts en assurance. Néanmoins chaque organisation peut établir d’autres indicateurs selon ses besoins.

Ces indicateurs clés doivent être mis en œuvre et interprétés différemment en fonction du modèle institutionnel, des produits, du contexte (régulation), etc. et peuvent se classer en trois catégories :

1. Portée et fidélisation des clients :

Taux de couverture = Nombre d’assurés n / Population cible n

Taux de fidélisation = Nombre de reconductions / Nombre de reconductions potentielles

2. Gestion financière et viabilité

Ratio de revenu net = Revenu net / Primes acquises

Ratio de croissance = (Nombre d’assurés n – Nombre d’assurés n-1) / Nombre d’assurés n-1

Ratio de solvabilité = Actif agréé / passif

Ratio de liquidité = Trésorerie disponible ou équivalents de trésorerie / Dettes à court terme (3 mois)

3. Efficacité, efficience et valeur ajoutée pour les assurés

Ratio des sinistres encourus (ratio S/P) = Sinistres encourus / Primes acquises

Ratio des dépenses engagées = Dépenses engagées / Primes acquises

Rapidité de règlement des sinistres : nombre de jours qu’il a fallu pour régler chacun des sinistres

Ratio de rejets de demandes d’indemnisation = Nombre de demandes d’indemnisation rejetées / Total des sinistres déclarés

Le traitement et le règlement des sinistres, qui sont inclus dans cette fonction, doivent être efficaces (rapides et simples pour l’assuré) et permettre de contrôler la fraude et le risque moral. Lorsqu’un sinistre survient il est nécessaire que l’assuré reçoive la prestation ou l’indemnisation quasi-immédiatement, autrement il se verra dans l’obligation d’en gérer les conséquences par d’autres moyens (crédit, vente d’actifs, etc.) et le bénéfice de l’assurance sera peu ou pas perçu.

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4. Portage du risque financier

Cette fonction n’est pas liée à des opérations proprement dites car elle relève de la responsabilité et de la capacité financière. L’organisation qui porte le risque doit aussi avoir des compétences en gestion financière afin de bien évaluer les risques liés aux produits proposés.

Une organisation qui propose elle-même des produits d’assurance se positionne en tant que porteur du risque. Par conséquent elle doit :

• mettre en place des réserves actuarielles,

• avoir le capital nécessaire pour faire face aux conséquences financières,

• s’assurer de la bonne tarification des produits,

• choisir des placements adaptés à la durée des risques assurés,

• contracter une réassurance pour se stabiliser financièrement et faire face aux risques catastrophiques.

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