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6. Recommandations aux IMF

La micro-assurance peut être intégrée aux services financiers des IMF qui souhaitent diversifier leur portefeuille, fidéliser leur clientèle et limiter le risque de leur activité de crédit. Un produit d’assurance contribue à réduire l’impact des décès ou des problèmes de santé sur le remboursement des crédits et le budget des clients.

Cependant, avant de décider de développer des produits de micro-assurance seules ou avec des partenaires, les IMF doivent garder à l’esprit que l’assurance est un métier complexe, différent du métier bancaire et qui demande des compétences techniques très spécifiques.

Cette section présente trois questions auxquelles les IMF doivent répondre avant de se lancer dans le domaine de la micro-assurance :

1. Quand une IMF peut-elle penser à introduire un produit de micro-assurance ?

2. Quels points faut-il anticiper ?

3. Faut-il offrir une assurance en partenariat avec d’autres acteurs ?


1. Quand une IMF peut-elle penser à introduire un produit de micro-assurance ?

La pertinence d’un produit complémentaire d’assurance, par rapport à l’épargne et au crédit, dépend de trois facteurs : les besoins des clients, l’importance des sinistres potentiels et leur probabilité.

L’assurance peut être une réponse adéquate si le préjudice économique potentiel est très important, mais sa probabilité faible, par exemple que l’apporteur des revenus d’un ménage devienne invalide. Mais si au contraire, le préjudice économique est faible et éventuellement prévisible (frais scolaires, dot) alors l’épargne ou le prêt d’urgence peuvent être davantage adaptés (Brown et Churchill, 1999).

L’expérience démontre qu’en raison de leur relative simplicité, les produits d’assurance de base (liés aux emprunts) sont attrayants pour les IMF et restent abordables pour les clients. Toutefois, ces produits n’apportent pas dans tous les cas une valeur ajoutée pour les clients. C’est la raison pour laquelle un nombre croissant d’IMF développent, seules ou en partenariat avec des assureurs, de nouveaux produits de micro-assurance.

Les conditions préalables requises pour l’offre d’un produit d’assurance dépendent naturellement du type de produit (elles seront très différentes selon que l’IMF envisage de proposer une assurance-crédit ou une assurance santé).

Le tableau suivant propose un ensemble de conditions nécessaires pour l’offre d’un produit d’assurance-crédit.

Quand recourir à l'assurance pour se protéger du risque de décès ?

Conditions pour envisager l'assurance-crédit Conditions pour envisager d'autres solutions pour couvrir le risque de décès
  • IMF moyennes et grandes.
  • IMF accordant des prêts importants (ou dont les montants sont en augmentation).
  • Environnement marqué par des taux de mortalité volatiles et/ou fréquemment affecté par des décès dus à des risques covariants.
  • Emprunteurs individuels qui ne nécessitent pas de garantie (ou lorsque l'IMF ne souhaite pas saisir les biens placés en garantie).
  • Organisations qui souhaitent proposer d'autres produits d'assurance à l'avenir.
  • Organisations de taille plus petite.
  • IMF accordant des prêts plus petits.
  • Régions dans lesquelles le taux de mortalité est bas et prévisible.
  • Clientèle composée de groupes importants d'emprunteurs.
  • Méthodologies de prêt basées sur un mécanisme d'épargne compensatoire.

                        Source : adapté de Churchill, 2004

Se lancer dans la micro-assurance signifie pour l’IMF s’engager dans un secteur nouveau. Une évaluation préalable est par conséquent absolument cruciale. Elle permettra à l’institution de déterminer si elle peut gérer cette nouvelle activité mais lui apportera également des informations sur les capacités et infrastructures requises pour le faire de manière efficace.

Le guide L’assurance et les institutions de microfinance (p.46) fournit un cadre d’évaluation aux IMF cherchant à déterminer si elles ont la capacité d’ajouter un service de micro-assurance à leur offre, passant en revue les sept domaines suivants :

1. Stratégie institutionnelle

2. Viabilité financière

3. Culture d’entreprise

4. Ressources humaines

5. Réseau de vente

6. Systèmes

7. Marketing


2. Quels points faut-il anticiper ?

La plupart des questions que l’IMF doit se poser sont liées aux fonctions de la micro-assurance qui servent de base pour prendre la décision à propos du rôle ou du modèle institutionnel dans lequel l’IMF souhaite s’inscrire.

Voici quelques éléments que l’IMF doit considérer :

Conception de produits : la conception d’un produit de micro-assurance adapté et viable exige des compétences techniques que la plupart des IMF ne possèdent pas (par exemple des compétences en actuariat).

Anticipation des coûts administratifs et des indemnisations : ce point comprend, entre autres facteurs, la détermination des ratios (par exemple le ratio Sinistres/Primes qui joueront dans la fixation des tarifs.

Gestion des risques : capacité technique de gestion des risques liés à l’activité de la micro-assurance (calcul pour la construction de réserves, choix de placements financiers).

Capacité financière : moyens financiers pour supporter les risques (coût des risques), mettre en place des procédures et un système d’information performant, former le personnel et informer le marché (marketing).

Maîtrise des opérations d’assurance : bonne capacité de gestion pour prévenir la fraude et le risque moral (par exemple vérification des demandes d’indemnisation).

Connaissance de l’environnement réglementaire : l’IMF doit connaître le cadre légal qui régit la micro-assurance (s’il existe une réglementation spécifique) ou l’assurance (portage du risque, distribution de produits, etc.)

Connaissances spécifiques liées au type de produit : pour des produits complexes tels que la santé ou l’assurance agricole, il est également nécessaire d’avoir des compétences complémentaires.

o En santé : savoir évaluer l’offre des soins existante, créer le lien avec le(s) prestataire(s) de soins, choisir et paramétrer la méthode de paiement des soins (par exemple la capitation), etc.

o En assurance agricole : identifier et paramétrer les différents indices qui peuvent être associés aux produits, avoir la capacité à évaluer l’infrastructure nécessaire, etc.


3. Faut-il offrir une assurance en partenariat avec d’autres acteurs?

Après évaluation des points à anticiper, l’IMF doit être en mesure de définir quel est le modèle institutionnel qui lui convient selon sa stratégie et ses capacités institutionnelles, financières et techniques.

La décision à prendre est principalement axée sur le(s) rôle(s) que l’IMF souhaite jouer dans le programme de micro-assurance : souhaite-t-elle se limiter à vendre les produits à ses clients ? Avancer l’argent des primes à ses clients ? Avancer l’argent des sinistres ?, etc.

Généralement, la décision la plus important à prendre est liée au portage du risque.

a. Choix du modèle partenaire-agent

Dans ce modèle, l’IMF est agent. Cette solution lui permet de ne prendre aucun risque financier. En revanche, il y a d’autres risques et difficultés liés à l’activité de micro-assurance :

Risque de mésentente entre les partenaires : peu importe qui porte initialement le projet, il est nécessaire qu’il y ait un intérêt réel des deux parties et une bonne relation entre elles.

Risque de réputation : par exemple quand les promesses faites à l’IMF ne sont pas toujours tenues par son partenaire, notamment au moment du règlement des sinistres.

Risque de sous-estimation de l’investissement nécessaire : le fait de ne pas supporter le risque financier ne libère pas l’IMF de faire un minimum de gestion, de suivi, ainsi que des efforts de formation du personnel, d’éventuelles adaptations du SIG (système d’information et gestion), d’être prête à fournir les données nécessaires à la conception des produits, etc.

Risque de non-engagement du partenaire : si l’intérêt stratégique du partenaire n’est lié qu’aux résultats financiers, il sera difficile de négocier les tarifs adaptés aux clients tout en concevant des produits qui leur offrent une réelle valeur ajoutée.

En savoir plus sur ces contraintes…

 « L’attrait, le piège de la micro-assurance : pourquoi les IMF devraient travailler avec les assureurs », ADA, Dialogue, (33), p. 5-9, McCord, M.J., 2004.

b. Choix du modèle assureur intégral

Dans ce modèle, l’IMF assure l’ensemble des fonctions liées à l’offre d’assurance (conception de produits, distribution de produits et collecte de primes, portage technique, portage du risque financier) et, dans le cas de la santé, la relation avec l’offre de soins. Outre les défis techniques d’internalisation de ces fonctions, l’enjeu financier est de taille.

Cependant l’externalisation du risque par le biais d’une réassurance permet de limiter ce poids, particulièrement pour réduire l’exposition de l’IMF à des risques covariants (risques climatiques, épidémie).

Le réassureur joue également un rôle d’assistance technique et de supervision, car il a tout intérêt à ce que l’IMF, si elle est cliente, gère correctement son produit d’assurance et dispose des moyens de prévenir les principaux risques (anti sélection, risque moral, fraude). Le réassureur évaluera également la solidité institutionnelle.

La difficulté est que les micro-assureurs non agréés ont rarement accès au marché de la réassurance, dont le coût peut atteindre des niveaux élevés. Il est possible en revanche pour l’IMF d’établir un partenariat avec une compagnie d’assurance formelle, qui accepte de jouer le rôle de réassureur.

En savoir plus…

Les articulations Microfinance/Micro-assurance (lien page bibliothèque, Aljounaidi, L., Prime - RFM (Réseau Français de la Microfinance), 2007

• « L’assurance et les institutions de microfinance », Churchill, C. & Liber, D. & J., M. & McCord & Roth, J., BIT, 2004

• « L’assurance comme produit de microfinance », USAID, Miller, M. & Northrip, Z., 2001

• Dossier thématique « Diversification des produits en microfinance »

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