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Trop de prises de participation étrangères en microfinance ?

Une étude d’ADA, réalisée en 2009 à partir d’un échantillon de 39 IMF (issues de la base de données du MIX Market), s’est penchée sur l’investissement en capital au sein de ces IMF, en déduisant plusieurs constats :
  • Les prises de participation étrangères dans le secteur de la microfinance ont eu tendance à considérablement augmenter de 2002 à 2007. Sur cette période en effet, si l’actionnariat local et les prises de participation étrangères dans les IMF ont tout deux augmenté, l’étude montre toutefois que la proportion des capitaux étrangers a augmenté bien plus rapidement que celle des capitaux locaux (respectivement de 384% contre 154%).
  • Par ailleurs, l’évolution des prises de participation étrangères observée est différente selon le type d’investisseurs. Alors que la contribution des fonds de développement dans les prises de participation étrangères a augmenté de 759% au cours de la période de référence, celle des investisseurs commerciaux a augmenté de 513%. De la même façon, la contribution des agences de développement dans les prises de participation étrangères a augmenté de 315% de 2002 à 2007 alors que celle des ONG ou des fondations n’a augmenté que de 196%.
  • On note également des différences régionales. En Amérique Latine, le capital de 23 IMF était détenu à 37% par des actionnaires étrangers en 2007 mais en Asie de l’Est, cette proportion était de 91% pour 8 IMF. En Afrique Sub-saharienne, la proportion de l’actionnariat étranger dans les capitaux des IMF avait augmenté pour atteindre 56% alors qu’en Asie du Sud, cette proportion avait diminué pour descendre à 22% à la fin de la période de référence.

En conclusion, cet article pose la question de savoir si la présence massive de capitaux étrangers au sein des IMF constitue un obstacle au développement local. L’idée sous-jacente est que l’augmentation des prises de participation étrangères dans les capitaux des IMF peut signifier qu’un nombre croissant de décisions relatives à la stratégie et au fonctionnement d’une IMF est pris par des entités étrangères, et que cela peut faire obstacle à la volonté de constituer des IMF gérées au niveau local, servant et renforçant sa clientèle locale et contribuant au bon fonctionnement des marchés locaux.

Cependant, la question de savoir si la prise de participation étrangère constitue effectivement un obstacle au développement local reste controversée, comme l’a montré la discussion organisée par ADA sur la base de cet article, et qui a associé des praticiens de la microfinance.

Les arguments apportés en retour, en opposition à cette thèse ou avec l’objectif de la nuancer, ont été les suivants :

  • Plusieurs participants, pour la plupart des investisseurs des pays du Nord, ont affirmé que la question de l’origine des investisseurs, étrangers ou locaux, n’était pas la plus importante. Selon eux, tant que les IMF et les actionnaires ont une vision, une attitude et des valeurs communes, et tant que la mission de l’IMF est protégée, une situation profitable aux deux parties est envisageable, que les actionnaires soient étrangers ou locaux. Cela suppose cependant que la mission de l’IMF soit clairement établie, et que des conventions détaillées et ayant force de loi puissent être rédigées conjointement avec les investisseurs et aborder certains points tels que la clientèle à cibler, la répartition de l’actionnariat, les dividendes, etc. Mais la pratique montre que cette tâche n’est pas toujours aisée.
  • L’actionnariat local ne garantit pas, en tant que tel, la performance sociale. Le fait que certains actionnaires soient des acteurs locaux est censé favoriser une prise de décision en accord avec la réalité locale et les intérêts des clients, et permettre de garder les gains générés à l’intérieur du pays, de les utiliser de façon productive pour d’autres objectifs et donc de contribuer à la création de richesses. Toutefois, il existe des exemples d’investisseurs étrangers ayant joué un rôle très positif en termes de performance sociale, tout comme il existe des exemples d’investisseurs locaux intéressés exclusivement par les gains que leur investissement peut rapporter mais aucunement par la performance sociale de l’IMF concernée. L’accent devait donc être porté sur la détermination des critères principaux permettant de définir les bons investissements de capitaux en microfinance tant locaux qu’étrangers.
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