Avant d’entrer dans des éléments plus " techniques ", comme la description des instruments de financement et leurs principaux acteurs, cette section présente les principaux éléments du débat actuel sur le financement des IMF, centré autour de cinq thèmes fréquemment abordés :
- L’inclusion de la microfinance dans le secteur financier
Quelques rappels sur l’évolution du secteur : commercialisation et construction d’un secteur financier ouvert à tous, et implications en termes de financement des IMF.
- Quelle est l’ampleur du financement de la microfinance aujourd’hui ?
Quels sont les volumes en jeu ? Quel est l’écart, en termes de financement, entre l’offre actuelle et les besoins du secteur ?
- Qui finance la microfinance ?
Comment se répartit le financement aujourd’hui, par grandes catégories d’acteurs ?
- Quelle répartition des rôles entre financeurs privés et publics ?
Y a-t-il un relais du financement par le privé ? Une " segmentation " du marché par type de financeurs, ou au contraire un recoupement ? Quel rôle ont aujourd’hui les bailleurs de fonds publics ?
- A qui profite la rentabilité des IMF ?
Les débats autour de l’entrée en bourse de Compartamos, une " success story " de la microfinance contestée. L’entrée des IMF sur les marchés de capitaux présente-t-elle un risque de dérive ? A qui profitent les bénéfices des IMF rentables : aux clients ou aux actionnaires ? Qui peut aujourd’hui jouer un rôle d’ " arbitre " ou de régulation ?
- Quels besoins et quels outils de financement ?
L’évolution historique de la demande à mesure que le secteur de la microfinance devient plus mature. En parallèle, le développement et la complexité croissante des instruments de financements disponibles.
L’encadré " Pour en savoir plus ", en fin de section, donne quelques références complémentaires (liens Internet, ressources bibliographiques).
1. L’inclusion de la microfinance dans le secteur financier
Jusqu'à la fin des années 90, l'enjeu de la microfinance était de prouver qu'il était possible d'offrir des services financiers à des populations défavorisées sur des bases pérennes, via la promotion d'institutions viables financièrement. En schématisant, la plupart des IMF nées durant cette vague se sont construites sous la forme d’organisations initiées par le secteur non gouvernemental, dont le développement a été appuyé financièrement par des ressources gratuites (ou quasi-gratuites) des bailleurs de fonds publics, bilatéraux et multilatéraux.
A l’issue de cette période, il a été possible de démontrer que l'offre de services financiers viables et profitables était possible sous certaines conditions, et avec un impact positif. Pour parvenir à une bancarisation de masse des populations, l’idée est donc d’impliquer l'ensemble des acteurs du secteur financier, (banques de développement, réseaux postaux, banques commerciales.), et non plus seulement les IMF strictement, dont on met en avant les faiblesses : difficulté à atteindre des échelles significatives, parfois sujettes à problèmes de gestion et de gouvernance (notamment lorsqu'elles ont le statut d'ONG), souvent dans l'incapacité légale de mobiliser l'épargne du grand public. La microfinance doit donc faire partie intégrante du système financier mondial. Révélateur de cette tendance, le terme d'Institutions financières alternatives (IFA) prend, depuis quelques années, le pas sur celui d'IMF dans le discours de certains acteurs du secteur. Les Institutions financières alternatives (IFA) regroupent l'ensemble des structures d'intermédiation financière qui cherchent à combiner objectif financier et objectif social. Cela inclut les IMF mais aussi les banques agricoles publiques, les réseaux coopératifs d'épargne et de crédit, caisses d'épargne ou banques postales, incités à adopter eux aussi les techniques de microfinance déjà éprouvées, dans le but d’élargir leur clientèle. Plus généralement, l’inclusion des IMF dans le secteur financier formel se fait aujourd’hui réalité, dans certains pays ou pour une partie des IMF du moins. De plus en plus, des articulations se créent entre les IMF, les banques, divers acteurs financiers (réseaux postaux, banques agricoles…), dans un cadre réglementé, en s'appuyant sur l'infrastructure technico-financière (cabinet d'audit, SIG, prestataires de services d'appui, agences de rating, systèmes de paiement) et en s'insérant sur les marchés bancaires et financiers. D’autre part, les IMF les plus performantes doivent se structurer en sociétés à but lucratif, avec notamment pour but de pouvoir accéder à des sources de financement commerciales (banques, fonds d'investissement) ou à l'épargne, pour financer leur croissance et/ou leur montée en gamme.
Le secteur de la microfinance a amorcé alors ce que l’on a appelé sa " commercialisation " : l’enjeu est devenu, non plus la démonstration du succès de quelques expériences, mais celui de toucher un nombre significatif de personnes dans le monde (la " massification " de la microfinance) et d’intégrer les IMF dans le secteur financier formel.
L’accent a alors été mis (notamment par le CGAP) sur la nécessité de déplacer l'enjeu de " promotion de la microfinance " à celui plus ambitieux, de " création de systèmes financiers ouverts à tous " (ou systèmes financiers inclusifs). L’objectif est de faire passer les pauvres, qui constituent la grande majorité de la population mondiale, du statut d'assistés à celui de consommateurs avertis de services financiers.
Les banques commerciales, de leur côté, sont incitées, par la démonstration faite de la rentabilité des IMF, à entrer sur le marché de la microfinance soit directement (descente en gamme pour offrir des services financiers) soit indirectement (par le financement des IMF notamment).
2. Quelle est l’ampleur du financement de la microfinance aujourd’hui ?
La microfinance touche entre 113 millions1 et 150 millions2 de personnes aujourd'hui selon les estimations, soit au mieux 10% du marché potentiel.
La demande des IMF en capitaux, pour financer la croissance de leur portefeuille de crédits, ne cesse de grandir. Aujourd’hui, les 100 plus grandes IMF accroissent leur portefeuille de clients de 26% par an, avec un besoin correspondant en capital (source : MIX Market )
Couvrir la demande potentielle (1,5 milliards de personnes), exigerait 280 milliards de dollars US en capitaux potentiels, du point de vue stricte des besoins en crédits (c'est-à-dire hors financement de l’appui aux structures : assistance technique et exploitation). Le montant du capital investi en microfinance (IMF exclusivement), est aujourd'hui estimé à 17 milliards de dollars US, soit 1/15 des besoins estimés pour satisfaire le marché. En prenant l'hypothèse d'un ratio dette/fonds propres de 5 pour 1, le volume de dette nécessaire est estimé à 235 milliards de dollars US et le volume de fonds propres à 35 milliards.
En anglais :
Le financement de la croissance de la microfinance reste donc un enjeu réel, pour accroître la portée du secteur.
1Source : State of the Microcredit Summit Campaign, report 2006
2Source : CGAP 2007
Sur l’estimation de 17 milliards de dollars US de capital investi en microfinance (IMF exclusivement), 75% sont fournis par les marchés locaux (essentiellement sous forme d'épargne et d'emprunts sur le marché local). Le financement local de la microfinance reste donc un enjeu essentiel, qui ne doit pas être occulté par la visibilité des investisseurs européens et américains. Le solde (4 milliards de dollars US) correspond à des investissements étrangers, sous forme de prêts (70%), d'appuis en fonds propres (20%) et de garanties (10%). Sur ces 4 milliards, 80% des investissements étrangers demeurent des fonds non commerciaux (subventions ou fonds dont l'objectif est uniquement la préservation de la valeur du capital), malgré la volonté de faire entrer des sources de financements privées dans le secteur. Malgré tout, la commercialisation de la microfinance progresse, et la proportion d’investissements commerciaux s’accroît.
En anglais : De nouvelles catégories de financeurs sont apparues aux côtés ou en relais des bailleurs de fonds publics qui avaient dominé la phase de développement du secteur : banques commerciales, investisseurs privés, fonds spécialisés en prêt ou investissements aux IMF. Une étude récente de MicroRate (intitulée : Les IFI (institutions financières internationales) sont-elles en train d’évincer de la microfinance les investisseurs privés ? voir référence plus bas) a jeté un pavé dans la mare, en abordant le sujet du rôle respectif des financeurs privés et publics. Les IFI sont les institutions spécialement chargées des activités d’investissement des agences de coopération publiques bilatérales ou multilatérales, comme la Société financière internationale (SFI) ou le Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) allemand, entre autres. Fondamentalement, cette étude pose la question du rôle des bailleurs de fonds publics sur un secteur qui ambitionne d'attirer de plus en plus de financeurs privés, en soulevant plusieurs points : Le comportement des IFI s'expliquerait de la manière suivante : que les décideurs en soient conscients ou pas, il y aurait au sein des IFI, une incitation forte à maximiser leur engagement en microfinance en se concentrant particulièrement sur les institutions les plus importantes et les moins risquées. La microfinance étant très en vue aujourd'hui, les IFI veulent marquer leur engagement sur le secteur et il est plus facile d'assurer le décaissement complet de leur budget annuel de microfinance en finançant de gros prêts sur les " majors " qu'en faisant des prêts plus modestes à des IMF de petite taille et moins matures. Ainsi les prêts aux IMF ne seraient pas guidés par la demande (vers les IMF qui en ont le plus besoin) mais par l'offre. Selon l'étude, le rôle des IFI devrait plutôt être de renforcer les capacités et la transparence du secteur et d'agir en catalyseur vis-à-vis de capitaux privés, qui sans cela n'investiront pas en microfinance. Plus précisément, leur rôle devrait être de : Un débat s’est engagé suite à la publication de cette étude en avril 2007, abondamment documenté.
Voir aussi en anglais, le texte d’origine résumé par ce BIM : Voir aussi plusieurs articles courts et passionnants, sur ce même sujet, en anglais : Par ailleurs, avec le temps, les besoins en financement de la microfinance ont évolué. Si les subventions initiales des bailleurs de fonds restent en général nécessaires dans la phase de construction des institutions, la structuration d’IMF plus matures et rentables, et l’implication croissante de nouvelles catégories de structures financières intéressées par la microfinance, a suscité l’apparition de nouveaux modes de financement. Les institutions de microfinance (IMF) ont aujourd’hui à leur disposition un éventail toujours croissant de sources de financement : prises de participation au capital des IMF sous statut de société ; prêts commerciaux aux IMF et garanties facilitant ces prêts ; outils de gestion du risque de change… Plus récemment enfin, on a même pu parler de l’émergence d’un " marché de capitaux " du secteur de la microfinance, au fur et à mesure que se créaient des fonds spécialisés et des montages financiers plus complexes. C’est ainsi qu’ont eu lieu en particulier les premières émissions obligataires et opérations de titrisation, ainsi que l’entrée en bourse de " success stories " du secteur (Compartamos au Mexique ; Equity bank au Kenya). En outre, lorsque leurs statuts le permettent, un grand nombre d’IMF intègrent à leur stratégie de financement des campagnes massives de mobilisation de l’épargne publique.
Du point de vue des IMF, cela permet une plus grande diversification des ressources, mais rend plus complexes les décisions relatives à la structure de capital.
Voir les sections suivantes de ce Dossier thématique (Prêt / Garantie de prêt / Gestion du risque de change / Emission d’ obligations et titrisations ). L’introduction en bourse d’IMF est un phénomène tout récent, avec peu d’exemples encore. Mais ce phénomène frappe les esprits, à la fois parce qu’il marque clairement l’entrée d’IMF matures et rentables dans le club des entreprises privées comme les autres ; parce qu’il permet à ces IMF d’accéder à des moyens de financement nouveaux, en levant des fonds du public. Mais surtout, pour la première fois, des transactions impliquant les actionnaires d’IMF sont rendues publiques : la valeur de l’IMF est connue. Or dans le cas de Compartamos, la valorisation en bourse de l’IMF rend évident le fait que les actionnaires de l’IMF ont tiré un profit très substantiel de la vente des actions. Le cas de Banco Compartamos, IMF de référence mexicaine (600 000 clients) introduite en bourse en avril 2007, a marqué les esprits, par son succès et les chiffres évoqués. D’où une série de questionnements plus généraux : La note précise que les 5/8 des plus values seront réinvestis vers des actions de développement via l’activité des agences de développement international (en incluant la SFI), des opérations d’appui à la microfinance menées par ACCION et celles de l’ONG Compartamos dédiées pour l’essentiel à des services de santé et de nutrition pour les exclus. L’auteur considère que l’existence de profits n’est pas discutable en soi dans la mesure où toutes les parties prenantes partageaient la même vision quant à la nécessité de financer une croissance forte en captant l’épargne (quitte à migrer pour ce faire vers une entité lucrative) et avaient la même projection d’un marché de la microfinance au Mexique constituée de nombreuses IMF commerciales, dont le financement ne reposerait pas sur des fonds publics, rares par essence. En résumé, la rémunération des actionnaires est partie intégrante de l’option commerciale retenue par Compartamos qui a permis d’atteindre 600 000 clients. Les sources des profits proviennent : Aussi, le point clé est d’appréhender la relation entre le niveau des profits et celui des taux d’intérêt. La note analyse la politique de taux d’intérêt de Compartamos en la comparant aux niveaux moyens (groupes de pairs de MBB), et montre que les taux de Compartamos (taux de sortie supérieur à 100%) sont largement supérieurs à la moyenne, quasiment le double – mais les taux au Mexique sont plus élevés, de manière générale. Lors de la crise de dévaluation et d’inflation en 1995, Compartamos a porté son TEG au-delà des 100% pour assurer la couverture des coûts. Malgré la stabilisation, elle a maintenu ces niveaux de taux profitant de son quasi-monopole et ce, pour financer son expansion par ses reports à nouveau. Pendant cette période, l’accès à des prêts commerciaux comme à des subventions supplémentaires n’aurait pas été possible. Tant que Compartamos avait le statut d’ONG, cette stratégie de taux d’intérêt et de bénéfices (non distribués) élevés semblait défendable, même dans l’intérêt des clients de Compartamos et des autres pauvres du Mexique. Le choix de la croissance s’inscrit dans une perspective de développement qui satisfait les clients actuels (condition de pérennisation) et futurs (accès rapide à des services). Par contre, le mode de financement de cette croissance retenu par Compartamos (par la genèse de bénéfices importants et leur capitalisation) peut être discuté. En s’endettant auprès de ces investisseurs, Compartamos aurait augmenté son ratio dettes/fonds propres et peut-être érodé la qualité de ses ratings (augmentation des risques portés) et majorer ses charges financières. Pourtant, c’eut été une opportunité de diminuer son taux d’intérêt auprès des clients (en desserrant la contrainte de marge de profit). Des investissements en fonds propres auraient permis de maintenir le ratio dettes/fonds propres mais auraient dilué le pouvoir des actionnaires et certainement la plus value de la mise en vente d’une partie de leurs actions. La préférence des actionnaires de Compartamos pour des investisseurs commerciaux repose sur l’image qu’ils apportent à l’institution et sur leur faible influence (dissémination des actions entre un grand nombre d’investisseurs) au niveau de la gouvernance de l’institution. Avec une telle approche, Compartamos a certes convaincu les marchés financiers, mais elle donne la part belle aux détracteurs de la microfinance (responsables politiques, activistes sociaux, journalistes, grand public) qui méconnaissent les coûts de la microfinance (ou en font un enjeu politique) et la considère comme un instrument d’exploitation des pauvres. Les actionnaires fondateurs orientés vers le développement ne sont plus désormais majoritaires même s’ils conservent une capacité (déclinante) d’inflexion de la majorité d’investisseurs commerciaux qui, eux s’attendent à des retours sur investissement en proportion à l’évolution des prix d’achat de leurs actions. Le message de fond que véhicule la stratégie de commercialisation de Compartamos est que l’ensemble des parties prenantes à ce type de transformation doit être plus au clair et plus réaliste sur les options et les enjeux de gouvernance qui y sont rattachés même si les précédents sont encore trop peu nombreux pour dégager de l’observation des principes opérationnels tangibles.
Portail microfinance – Coup de projecteur Compartamos Voir aussi : D’autres informations sur l’introduction de Compartamos en bourse sont disponibles sur le site d’ Accion
Le profil de Compartamos sur le site du MIX 3. Qui finance la microfinance aujourd’hui ?
4. Quelle répartition des rôles entre financeurs privés et publics ?
Voici le résumé de cette étude (source : BIM, avril 2007)
Synthèse d'un coup de projecteur paru sur le Microfinance Gateway, et qui se faisait l’écho de l’étude publiée début 2007, par l'agence de rating Microrate.
Résumé du débat sur le texte de MicroRate, sur la liste de discussion Devfinance.
Cet article met en évidence l’évolution récente et tendances à venir des " fonds spécialisés " en microfinance, en montrant les déséquilibres – surinvestissement en Amérique Latine par exemple.
5. Quels besoins, pour quels outils de financement ?
6. A qui profite la rentabilité des IMF ? Débats autour du cas Compartamos
Les actionnaires de Banco Compartamos, IMF récemment constituée sous forme bancaire, ont mis en vente 30% du capital existant sur le New York Stock Exchange (80%) et le Mexico Stock Exchange le 20 Avril 2007. En une journée, ces actions ont gagné plus de 20% et la demande excédait 13 fois l’offre des titres mis en vente. Le montant de la transaction a atteint 450 millions de dollars US, soit 12 fois la valeur de mise en vente.
Un Coup de projecteur du Portail , en avril 2007, résumait une Note focus de R. Rosenberg, du CGAP.
Voici les principaux éléments de réponse et débat qu’apportait cette note, permettant de resituer cet événement dans le contexte historique de Compartamos et au sein du secteur de la microfinance (et bancaire) mexicain pour dégager ce qui relève des spécificités propres à Compartamos (à rattacher à sa vision, sa stratégie de croissance extensive et son mode de gouvernance) des éléments ayant une portée plus générale.
Evidemment, les dons initiaux ont été transférés au capital de l’établissement financier, puis de la banque (en devenant la propriété de l’ONG Compartamos), mais ce, bien avant que toute plus value latente puisse être envisagée ou que l’institution ne constitue une société attractive pour des investisseurs à visée strictement commerciale (raison pour laquelle les premiers investisseurs privés avaient une orientation sociale pour la plupart).
Au total, les 6,3 millions de dollars US de dons initiaux ont eu un effet de levier certain permettant de lever plus de 130 millions de dollars US et permettre finalement à Compartamos de mobiliser l’épargne.
Si l’on ramène le montant cumulé des dons au nombre actuel d’emprunteurs actifs, le rapport est de 10 dollars US par emprunteur.
Par contre, le volume des profits réalisés pose question et il convient de s’interroger sur leur origine (sont-ils extraits des poches des pauvres ?) et de leur affectation (vont-ils dans les poches des investisseurs privés ou servent-ils la croissance ?).
Dans l’analyse du taux, on constate que le niveau des profits (23%) est de fait considérable d’autant plus si l’on compare la rentabilité de Compartamos avec celle du secteur bancaire (rendement des fonds propres de Compartamos de 56,2% contre 15,1% pour les banques) et encore plus avec celle d’autres IMF. La rentabilité de Compartamos est proche, voire supérieure à celle des établissements de crédits à la consommation.
Malgré tout, les coûts spécifiques à la mise en œuvre de services de microfinance restent le déterminant majeur du niveau des taux d’intérêt : même avec un niveau de rentabilité identique au secteur bancaire, le taux d’intérêt s’établirait à 68%.
Par ailleurs, la concurrence n’est pas encore à un stade qui permette d’envisager la baisse des taux à court terme.
Jusqu’en 2000, Compartamos " surfacturait " les clients existants afin de pouvoir servir plus de clients futurs et tous les bénéfices accumulés par l’ONG restaient au service des pauvres – qu’ils soient clients de microfinance ou qu’ils bénéficient d’autres programmes non financiers – plutôt que d’enrichir les investisseurs privés.
A partir de 2000, l’orientation commerciale de la stratégie de Compartamos a permis de doubler le rythme de croissance (de 24 à 46% par an), mais a fondamentalement changé l’équation. Si la distribution de dividendes est restée largement mesurée (moins de 25% des bénéfices en 2006), l’introduction en bourse de Compartamos fait apparaître l’opportunité de plus values latentes pour les propriétaires par la vente de leurs parts du coup, un conflit patent entre ces derniers et les clients de l’institution qui en supportent la charge.
En effet, les années 2000 ont vu l’émergence d’institutions financières et de fonds d’investissement en microfinance dont l’offre de financement dépasse largement la capacité d’absorption des quelques IMF majors comme Compartamos remplissant leurs critères.
Néanmoins, force est de reconnaître que la tension entre objectifs commercial et social est antérieure à cette mise en vente et remonte à la transformation de Compartamos en 2000.
Voici une synthèse très complète d’une bonne partie des éléments disponibles sur le cas Compartamos et le débat qui s’est ensuivi, sur plusieurs angles : Les taux sont-ils trop élevés? La rentabilité de l’IMF enrichit les actionnaires, parfois les dirigeants, mais quid du retour pour les clients ? L’accès au marché financier favorise-t-il une " dérive " de la microfinance ? Quelle responsabilité des bailleurs publics, qui ont financé la construction de l’IMF ?
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