L’objectif de cette section est de présenter une catégorie particulière de financeurs, dont l’importance relative s’est beaucoup développée ces dernières années : les investisseurs étrangers, qui comprennent deux grandes catégories - les IFI (institutions financières internationales) et les fonds spécialisés en microfinance, apparus plus récemment. Ces fonds regroupent en réalité, sous un terme commun, une grande variété d’acteurs – il est donc assez difficile de s’y retrouver, et cette section vise à donner un premier aperçu de ce qu’ils sont et représentent.
Cette section est organisée en trois grandes parties :
Qui sont ces fonds ? Quelles IMF financent-ils, et sous quelle forme ? Les résultats d’une enquête du CGAP.
Où trouver un recensement des fonds aussi complet que possible ? Références accessibles en ligne.
Enfin, on trouvera en fin de section, dans la partie " Pour en savoir plus ", des références et ressources complémentaires.
1. Quelques repères d’ensemble
L’investissement étranger (autrement dit, le financement soit en dette, soit en capitaux propres, qui n’est pas mobilisé localement) provient de deux sources :
- les IFI (institutions financières internationales)
- les fonds spécialisés en microfinance.
Les fonds internationaux spécialisés en microfinance, appelés aussi MIV (Microfinance Investment Vehicles) en anglais, sont apparus dans la deuxième partie des années 90, avec l’avènement d’IMF rentables et la volonté des bailleurs de fonds d’attirer des capitaux privés dans le secteur.
Le principe de ces fonds consiste à lever de l’argent dans les pays du Nord pour l’investir dans des institutions de microfinance situées dans des pays du Sud. L’investissement dans les IMF peut prendre différentes formes (principalement prêt ou investissement en capital).
Cet investissement génère pour les fonds un revenu soit d’intérêt (dans le cas des prêts), soit de dividendes et de plus-value sur cession (dans le cas du capital). Ces revenus permettent de couvrir les coûts de l’investissement et in fine de rémunérer l’argent investi dans le fond.
Le montant du capital investi en microfinance (IMF exclusivement), était estimé en 2006 à 17 milliards de dollars US 1, soit 1/15 des besoins estimés pour satisfaire le marché.
Sur ces 17 milliards, l’essentiel - 75% - est fourni par les marchés locaux (essentiellement sous forme d'épargne domestique et d'emprunts sur le marché local).
Le solde (4 milliards de dollars) correspond à des investissements étrangers, sous forme de prêts (70%), d'appuis en fonds propres (20%) et de garanties (10%). L’investissement étranger en microfinance est en croissance forte : il ne représentait que 1,6 milliards de dollars US en 2004.
Sur ces 4 milliards d'investissements étrangers, 80% correspondraient à des fonds non commerciaux (subventions ou dont l'objectif est uniquement la préservation de la valeur du capital), malgré la volonté de faire entrer des sources de financements privées.
Ces chiffres nous amènent à quelques constats simples :
- Malgré tout, les fonds spécialisés ne représentent encore aujourd’hui qu’une part très minoritaire du financement de la microfinance, et une part encore très faible des besoins totaux qu’exigerait le secteur pour couvrir la demande potentielle ; même si la croissance des fonds est extrêmement rapide (+ 233% en volume entre 2004 et 2006).
- Malgré la présence croissante d’investisseurs privés dans le secteur, la microfinance est encore largement financée par des sources non commerciales, autrement dit dont la rémunération attendue ne correspond pas à des critères de rentabilité commerciale habituelle des investisseurs.
- Il est difficile de tracer une frontière nette entre financeurs publics et privés, et de déterminer la part exacte de ces derniers. En effet, les fonds spécialisés sont aussi largement financés par les mêmes IFI (pour plus du tiers, d’après des estimations du CGAP en 2005)…
L’un des débats actuels (voir section 1, Enjeux et débats) est de savoir comment financeurs privés et publics se répartissent justement les rôles. Une étude récente (MicroRate, 2007) qui fait débat affirme que les bailleurs publics, en concentrant leur aide sur les IMF les plus matures (au lieu de jouer un rôle de financement des IMF plus jeunes et plus risquées), contribuent à évincer les investisseurs privés du secteur. Enfin, IFI et fonds sont dominés par une poignée de grands acteurs. Les fonds spécialisés sont de création récente : sur 74 fonds recensés par le CGAP (étude CGAP/MicroRate de 2005), 30 avaient été créés dans les deux dernières années.
Les fonds sont en majorité de petite taille : 61 fonds sur 74 recensés détiennent moins de 1 million de dollars US. Ce type de financement est concentré, et quelques fonds plus importants représentent l’essentiel du financement : les 10 premiers fonds équivalent à 65% de toute la part de financement des fonds spécialisés. Le financement du secteur est encore très inégal, concentré sur certaines régions ou pays. L’Amérique Latine (incluant les Caraïbes) représente 42% de l’investissement total, et l’Europe de l’Est et l’Asie Centrale ensemble, 39%. L'Afrique représente une part marginale de ces investissements. De même, l’investissement tend à être concentré sur une poignée d’IMF. 10 IMF situées en Amérique Latine, Europe de l’Est et Asie Centrale absorbent à elles seules 26% du total investi par les fonds spécialisés. Au total, environ 450 à 500 IMF dans le monde auraient reçu un financement par des fonds spécialisés. L’essentiel du financement des fonds est du refinancement par dette des IMF. Sur ces prêts aux IMF, 70% sont en devises fortes. Toutefois, l’investissement en monnaie locale croît très rapidement, en raison notamment de la mise en place de mécanismes de protection contre le risque de change (voir section 5 de ce Dossier)
Le capital-investissement représente 25% de l’ensemble de l’investissement étranger. Les nouvelles institutions (nommées couramment " Greenfield " en anglais) reçoivent l’essentiel de ces renforcements de fonds propres – les trois-quarts. Le retour sur investissement (ROI, résultat net/actif total) estimé des fonds est relativement faible encore – en 2005, l’estimation était de 2 à 4% (avant ajustement tenant compte des subventions reçues par les fonds). Composition des fonds : 47% des fonds recensés provenaient d’investisseurs sociaux ; 36%, des IFI ; 17% d’investisseurs commerciaux classiques. On note une rapide croissance de la part des investisseurs privés.
I&P est une société d’investissement et de financement créée en avril 2002 par un groupe d’entrepreneurs issus du milieu du capital-risque et de l’investissement en Europe. En 2006, elle disposait d’un capital de 15 millions d’euros apportés par 18 personnes physiques , une société privée et deux bailleurs de fonds publics (l’Agence Française de Développement et la Banque Européenne d’Investissement). I&P intervient à la fois dans le domaine de la microfinance (qui représente environ 50% de ses investissements) et dans des sociétés de taille moyenne en Afrique francophone. Dans les deux cas, I&P apporte des financements en fonds propres (éventuellement complétés par de la dette), permettant, au delà des ressources apportées, de créer de véritables partenariats stratégiques. I&P revendique un rôle d’actionnaire actif, participant à la gouvernance des IMF dans lesquelles il investit. Le secteur Microfinance d’I&P représentait au 30/09/2006 un portefeuille total de 3,2 millions d'euros - dont 800 000 euros investis en capital et 2,4 millions d'euros en prêts. Source : Guide de la microfinance et site internet d’I&P Plusieurs sites accessibles en ligne, et documents également téléchargeables, offrent un panorama assez complet des financeurs en général, et des fonds spécialisés en particulier. Le CGAP , le MIX (Microfinance Information eXchange) et ADA (Appui au Développement Autonome) ont mené une enquête entre juillet et septembre 2004 auprès de 54 investisseurs internationaux ayant investi dans des institutions de microfinance, pour connaître leur structure juridique, l’historique et l’objet de leurs investissements, le volume de leurs ressources disponibles et leurs performances financières. Ces " investisseurs étrangers " et la demande dont ils font l’objet sont les thèmes de la Note Focus n°30 du CGAP.
Voir un BIM de résumé de l’enquête : Barlet K., BIM, Les investissements internationaux en microfinance , 28/03/06.
et la note complète du CGAP, en anglais : (à paraître en français) MicroRate a fait l’effort de recenser les fonds spécialisés existants et d’analyser leur évolution en termes de volumes et d’instruments dès 2005, en proposant une typologie des fonds entre fonds commerciaux, quasi-commerciaux, et fonds de développement en microfinance. CGAP, Brief, Les instruments d'investissement en microfinance , avril 2007.
Les résultats du recensement de 2005 sont présentés de façon plus détaillée dans le powerpoint ci-après, en anglais mais sous forme de tableaux des fonds par catégorie, et à l’aide de graphes simples : Le Microfinance Information eXchange (MIX), site internet d'échange d'information sur la microfinance, propose différents services : La partie "Company Data", sous-section " Funders ", offre des informations mises à jour par les acteurs eux-mêmes, sur les grands financeurs du secteur, et notamment les fonds spécialisés, proposant un moteur de recherche sur la base de critères variés :
Voir aussi Creusot A.C., BIM 18/5/04, Présentation du MIX Cela reste évidemment, dans la plupart des cas, le meilleur moyen d’obtenir une information précise et à jour sur les fonds spécialisés.
Voir aussi, en anglais : Synthèse d'un coup de projecteur paru sur le Microfinance Gateway, et qui se faisait l’écho d’étude publiée début 2007, par l'agence de rating Microrate. Abrams J., Von Stauffenberg D., Role Reversal: Are Public Development Institutions Crowding Out Private Investment in Microfinance? , MicroRate MFInsights, février 2007, 22 pages. Voir aussi plusieurs articles courts et passionnants, sur ce même sujet, mais en anglais :
Selon cette étude, les IFI, qui dans le discours, ont vocation à prendre des risques là où le secteur privé refuse de le faire, ont en réalité aujourd'hui tendance à concentrer leur appui financier sur les IMF les plus solides du secteur, reléguant l'afflux de nouveaux investisseurs privés vers le segment des IMF les plus risquées. En 2005, le financement direct par les IFI des IMF les mieux notées du secteur aurait quasiment doublé pour atteindre 1 milliard de dollars US. Les données du Mixmarket, qui couvrent 160 IMF, confirment cette tendance. Dans certains cas, des prêteurs privés qui souhaitaient apporter leur financement à des IMF, n'ont pas réussi à le faire car ils ont été incapables de rivaliser avec les conditions offertes par les IFI. Non seulement, la complémentarité n'existerait pas mais en plus, il y aurait un risque de découragement rapide du secteur privé, dont l'investissement est pourtant indispensable à l'atteinte des objectifs du secteur.
1. Source : CGAP Brief 2007
2. Caractéristiques du financement par les fonds spécialisés
Bien sûr, la situation n’est évidemment pas la même dans toutes les régions et les pays, et des contraintes effectives (réglementations contraignantes, risque de change) expliquent pour une part l’inégalité de la répartition géographique.
Acep Cameroun
Adéfi, Madagascar
Alternativa, Pérou
Amret, Cambodge
Findesa, Nicaragua
LA-CIF, Amérique Latine
Semisol, Mexique
Uganda Finance Trust, Ouganda
Kenya Women Finance Trust, Kenya
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3. Recensement des fonds existants
Une nouvelle étude a été réalisée par MicroRate et CGAP fin 2006 (dont les résultats ont alimenté cette section). Une CGAP Brief de 2007 en résume les résultats, en anglais :
Stauffenberg, S., Review of Microfinance Investment Vehicle Market, MicroRate, 2006.
Nom du fonds
Pays d’origine
Principaux outils d’intervention
Site Internet
Pincipaux acteurs basés en France
Investisseur & Partenaire pour le Développement
France
Capital
www.ip-dev.com
Advans SA
France
Capital
www.advansgroup.com
Microcred
France
Capital
www.microcred.org
SIDI
France
Capital
www.sidi.fr
Principaux acteurs internationaux
Accion Investments
USA
Capital
www.accion.org/Page.aspx?pid=493
Calvert Fondation
USA
Capital et Dette
www.calvertfoundation.org
Deutsche Bank Microcredit Development Fund
USA
Dette et garanties
www.community.db.com/
Dexia Micro-Credit fund
Suisse
Dette
www.blueorchard.org/jahia/Jahia
Incofin
Belgique
Capital et Dette
www.incofin.be
Latin America Challenge Investment Fund (LA-CIF)
Pérou
Dette
www.cyrano-management.com/lacif/english/lacif.htm
Microvest
USA
Capital et Dette
www.microvestfund.com
Oiko Credit
Pays-Bas
Capital et Dette
www.oikocredit.org
Procredit Holding
Allemagne
Capital
www.procredit-holding.com
Responsibility
Suisse
Dette
www.responsability.ch/fr/index.html
ShoreCap International
USA
Capital et Dette
www.shorecap.net
Triodos Bank
Pays-Bas
Capital et Dette
www.triodos.com
(powerpoint sur l’évolution et les tendances des fonds)
Au terme des 10 ans de sa durée statutaire, cet article revient sur le parcours et la raison d'être originelle de ce fonds pionnier créé en 1994 en Amérique latine. Il fournit une description de l'actionnariat et de la structure de gouvernance et la philosophie de ce fonds de capital risque dont le principal objectif est le développement plus large du secteur émergent de la microfinance.
Ce texte questionne l’évolution du rôle des bailleurs publics et privés et le risque d’une concurrence, plus qu’une complémentarité, entre ces financeurs – au détriment d’une implication du secteur privé.
Résumé du débat sur le texte de MicroRate, sur la liste de discussion Devfinance.
Cet article met en évidence l’évolution récente et tendances à venir des " fonds spécialisés " en microfinance, en montrant les déséquilibres – surinvestissement en Amérique Latine par exemple.
