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Importance et couverture de la microfinance

A la fin des années 80, le Bénin a connu de graves difficultés économiques liées à la faiblesse des cours des matières premières et à la mauvaise gestion des finances publiques. Les importantes réformes mises en œuvre, ont permis la restructuration du secteur financier et l’installation de nouvelles banques. Le secteur financier est composé des institutions formelles régies par la loi bancaire, les institutions de microfinance (IMF) régies par la loi n°97-027 du 08 août 1997 portant réglementation des institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit, appelée communément "Loi PARMEC", et du secteur financier informel.

Le secteur bancaire compte une dizaine de banques et deux établissements financiers. Les banques commerciales sont installées dans les villes, et leur taux de couverture du territoire national est assez faible avec 43 guichets seulement au 31 décembre 2004. Leur taux de transformation des ressources prêtables en crédit est bas également, oscillant autour de 25%. Elles concentrent l’octroi des crédits sur les grandes entreprises et les institutions étatiques et paraétatiques, exigent des garanties réelles des clients conformément aux dispositions légales et cherchent à éviter tout risque pour maintenir un niveau de rentabilité acceptable à leurs actionnaires.

Ces limites du financement bancaire ont favorisé l’émergence et le développement des IMF qui ont connu rapidement un taux de croissance élevé. Les premières expériences datent des années 80. Les pionnières sont les CNCA (Caisses Nationales de Crédit Agricole) devenues ensuite CLCAM, et FECECAM après. Mais la microfinance a pris de l’ampleur avec la création de PADME et PAPME et l’émergence des ONG et association dans les années 90. Elles opèrent dans un vacuum laissé par les banques commerciales et dans une niche, qui ne peut pas être occupée par le secteur informel. Elles proposent leurs services à une couche de la population active, qui a parfois de la liquidité excédentaire, qu’elle peut déposer, et un besoin de liquidité, qui ne peut être financé par l’épargne.

Les prestataires de services financiers au niveau du secteur formel de la microfinance comprennent quatre types d’institutions :

  • les coopératives et mutuelles d’épargne et de crédit ;
  • les institutions de crédit direct constituées sous la forme d’associations et d’ONG ;
  • les sociétés commerciales de microfinance ;
  • les projets gouvernementaux et projets de développement des bailleurs de fonds.

Le secteur informel de la microfinance comprend :

  • les tontines ;
  • les gardes monnaies ou banques ambulantes ;
  • les usuriers.

La demande en services financiers des clients de la microfinance est très variée, et couvre d’abord les services de dépôts (surtout à vue), et les services de crédit du court terme (3 à 4 mois) jusqu’au moyen terme (2 à 3 ans). La gamme des clients comprend presque la totalité des couches basses et moyennes de la société, et les conditions d’accès aux services ne sont pas, en général, trop exigeantes.

Les activités des IMF couvrent l’ensemble des douze départements que compte le Bénin, avec une concentration dans les principales villes : Cotonou, Porto Novo, Parakou. Sur le plan structurel, la FECECAM demeure le leader, a 100 caisses, englobe à elle seule 65,9% de la clientèle, 66,7% des dépôts collectés et 19,7% des crédits accordés. Elle est suivie du PADME et du PAPME qui totalisent respectivement 5,7% et 1,9% de clientèle, 8,3% et 10,8% de l'épargne collectée et 29,5% et 24,8% des prêts au 31 décembre 2004.

Le nombre d’IMF recensées est passé de soixante onze (71) en 2002 à quatre-vingt et un (81) en 2004. En termes d'emplois, 1 860 salariés ont été recensés en 2004 contre 1 563 en 2003, soit un accroissement de 19% en un an. Les IMF se sont regroupées au sein de l’Association Nationale des Praticiens de la Microfinance du Bénin (Consortium ALAFIA), qui a pour objectifs la professionnalisation des praticiens de la microfinance, l’amélioration de l’environnement juridique, réglementaire, politique et économique dans lequel évoluent les IMF et la défense de leurs intérêts.

Le secteur de la microfinance au Bénin est caractérisé par la présence de systèmes de financement décentralisés de types différents. En 2006, sur la base des informations collectées auprès de la Direction de la Surveillance du Secteur de la Micro Finance) (ex Cellule de Micro Finance), sept cent soixante deux (762) IMF exercent sur l’ensemble du territoire national et apportent une assistance à 850 000 personnes (épargnants, emprunteurs et groupements) dont 54% de femmes, 40% d’hommes et 6% de groupements.

Selon la BCEAO, le taux de pénétration s’établirait en 2004 à 74,3%, ce qui fait qu’en moyenne, trois familles sur quatre au Bénin font régulièrement appel aux services financiers des institutions de microfinance.

Source : BCEAO. Monographie des SFD. Bénin 2004. Lire le résumé de la monographie

Evolution des principaux indicateurs entre 2002 et 2004

Principaux indicateurs 2002 2003 2004 Variations 2004/2003
Nombre d'institutions 71 79 81 1,3%
Nombre de points de services 311 * 449 435 -8,6%
Nombre de bénéficiaires directs 611 638 * 717 952 736 791 2,6%
Dépôts (millions de FCFA) 35 074 39 874 42 322 6,1%
Montant moyen des dépôts (FCFA) ** 62 531 58 008 56 381 -2,8%
Fonds propres (millions de FCFA) 12 070 16 942 20 204 19,3%
Subventions (millions de FCFA) 2 672 1 645 1 974 20,0%
Nombre de crédits accordés 163 248 201 744 192 546 -4,6%
Crédits accordés (millions de FCFA) 66 390 88 217 99 001 12,2%
Montant moyen des prêts (FCFA) ** 406 680 * 445 763 512 789 26,1%
Crédits en cours (millions de FCFA) 46 264 61 030 78 383 28,4%
Nombre de crédits en cours 151 328 164 982 186 816 13,2%
Montant moyen des crédits en cours (FCFA) ** 299 708 329 149 411 956 25,2%
Crédits en souffrance
(millions de FCFA)
1 253 3 595 4 844 34,7%
Placements (millions de FCFA) 9 566 9 637 11 676 21,2%
Actif total (millions de FCFA) 64 476 86 249 100 789 16,9%
Produits d'exploitation
(millions de FCFA)
11 978 17 096 21 055 23,2%
Charges d'exploitation
(millions de FCFA)
8 895 13 538 18 680 38,0%
Résultat net agrégé
(millions de FCFA)
3 077 3 557 2 376 -33,2%
Nombre d'employés 1 468 1 563 1 860 19,0%

    * Données corrigées. Les groupements sont comptés sur une base unitaire
    ** Les SFD pour lesquels le nombre de dépôts (respectivement crédits) ou le montant des dépôts (respectivement crédits) n'est pas disponible, ne sont pas pris en compte dans le calcul des moyennes.

    Source : BCEAO

D'autres données chiffrées sont disponibles sur le site de la Direction de la Surveillance du Secteur de la Micro Finance (voir la rubrique Statistiques)

Malgré des performances remarquables pendant plus d'une décennie, le secteur est affecté depuis 2005 par une série de crises. Malgré les mesures prises par la plupart des IMF pour ralentir le rythme des décaissements de crédits, la situation ne s’est guère améliorée. La plupart des grandes structures ont enregistré des résultats négatifs pour les années 2005 et 2006. Cette situation de crise s’explique par les éléments suivants :

  • la situation économique difficile que connaît le Bénin, caractérisé par un taux de croissance inférieur à 4% et un faible développement des activités génératrices de revenus ;
  • la concurrence de plus en plus vive et déloyale entre IMF ;
  • la centrale d’échange d’information des IMF n’a pas répondu efficacement et à temps en détectant plus tôt les comportements cavaliers des clients ;
  • le manque de professionnalisme au niveau de certaines IMF ;
  • les difficultés d’application de la législation par les promoteurs d’IMF ;
  • les difficultés organisationnelles rencontrées par les deux grands réseaux mutualistes ;
  • l’accumulation des impayés excédant déjà les 10% de l’encours total de crédit ;
  • l’insuffisance de coordination des interventions des partenaires au développement et des ministères impliqués dans le secteur ;
  • l’acharnement du fisc sur les IMF et le non respect des exonérations accordées ;
  • la pollution du secteur par certains gros débiteurs malhonnêtes et la création d’une association dite de consommateurs des produits de microfinance incitant les bénéficiaires de crédit au non remboursement ;
  • et tout récemment le programme du gouvernement de microcrédit aux plus pauvres (MCPP) présentant de graves dangers pour tout le secteur de la microfinance au Bénin.

Pour en savoir plus sur ce nouveau programme, voir le Coup de projecteur de mai 2007, proposé par le Consortium Alafia.

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