La crise du secteur bancaire de la fin des années 80, et la restructuration de ce secteur qui a suivi ont entraîné la liquidation de plusieurs banques, la fermeture de la presque totalité des guichets des banques dans les zones rurales et les petites villes, et le licenciement de nombreux cadres de banques. Ces derniers vont se reconvertir en créant de nombreuses coopératives d'épargne et crédit (Coopec) fonctionnant ou essayant de fonctionner comme des quasi-banques.
Mais la microfinance n’a cependant connu un essor remarquable et ne s’est diversifiée qu’à partir du début des années 90 à la faveur des lois de 1990 sur la liberté d’association, et de 1992 sur les sociétés coopératives et groupes d’initiative commune. Les années 90 vont connaître de nombreuses innovations et diversifications dans le secteur de la microfinance.
C’est ainsi que l’on va voir apparaître d'autres types d'institutions :
- des institutions développées de manière endogène comme les MC² (Mutuelles Communautaire de Croissance) développées avec l’assistance technique de l’ONG Appropriate Development for Africa Foundation (ADAF) et sous le parrainage de Afriland First Bank ;
- les Caisses Villageoises d’Epargne et de Crédit Autogérées (CVECA) appuyées par l’ONG Microfinance et Développement (MIFED) à travers le projet de crédit rural décentralisé du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, la BICEC et deux institutions françaises : le Centre International pour le Développement et la Recherche (CIDR) et l’Agence Française de Développement (AFD) ;
- les Coopec exclusivement pour femmes, dont principalement : les Coopératives d’Epargne et de Crédit pour Promotrices (CEC Prom) avec l’appui de l’Agence Canadienne pour le Développement International (ACDI) ; et la Mutuelle Financière de Femmes Africaines (MUFFA) qui est appuyée par Afriland First Bank et l’ONG ADAF ;
- les institutions qui n’offrent que du crédit, cas de ACEP Cameroun (aujourd'hui transformé en Etablissement de microfinance de deuxième catégorie) et de Cameroon Gatsby Foundation (CGF) ;
- de nombreux projets de développement ou agro-industriels avec un volet crédit. Cas de la Société de Développement du Coton (SODECOTON), South-West Développement Authority (SOWEDA), PREPAFEN, etc.
L’entrée en vigueur de ce nouveau règlement va entraîner une recomposition du paysage de la microfinance au Cameroun, dans la mesure où il prévoit trois catégories d’institutions :
- la première réservée aux Etablissements de Microfinance (EMF) qui ne traitent qu’avec leurs membres,
- la deuxième autorisée à traiter avec des tiers (devant obligatoirement être des sociétés anonymes), et
- la troisième constituée d’EMF qui n’offrent que le crédit, sans autorisation de mobilisation d’épargne.
On va ainsi observer la transformation de plusieurs coopératives d’épargne et de crédit (essentiellement basées en zone urbaine) en sociétés anonymes, et qui vont par la suite solliciter et obtenir l’agrément d’exercer en deuxième catégorie.
Depuis 2005, les banques commerciales s'intéressent de plus en plus à ce secteur développé par les EMF, et c'est ainsi que la BICEC (www.bicec.org) est entrée dans le capital d'ACEP, la SGBC (www.sgbc.cm) a créée en 2006 avec d'autres partenaires (dont Horus Finance) ADVANS (www.andvansgroup.com). Eco Bank s'est associée à ACCION International pour lancer en début 2010 EB-ACCION Microfinance Cameroun (EAMF). A ces initiatives, il faut ajouter celles déjà en cours depuis plus d'une décennie. C'est tout d'abord Afriland First Bank qui en 1992 se lance dans la promotion des MC2 et de la MUFFA, la BICEC avec les CVECA (accent sur le refinancement) dès le milieu des années 1990, puis la Union Bank of Cameroon (UBC) et le réseau CamCCUL depuis 1999, collaboration qui pourra se renforcer avec l'entrée de OCEANIC BANK International dans le capital de UBC.
Les dernières enquêtes de la COBAC (Commission Bancaire d’Afrique Centrale) de 2008 montrent que l’activité de microfinance est en pleine expansion au Cameroun, et s’accompagne de restructuration et de consolidation. Fin 2008, elle dénombre sur le territoire camerounais 460 EMF (contre 480 EMF recensées en 2006).
Au sens de la réglementation CEMAC, on dénombre à fin 2008 six réseaux regroupant 254 EMF :
- réseau CAMCCUL (177 EMF).
- 2 réseaux CVECA (41 EMF).
- 3 réseaux Caisses Mutuelles d’Epargne et de Crédit –CMEC- (36 EMF).
Les EMF dénommés MC2 sont agrées comme EMF indépendants, mais évoluent au sein d'une association (comptant ainsi 46 MC2 agrées avec un total de 79 guichets en fin 2009).
Parmi les autres EMF indépendants :
- près de 92% des EMF sont de 1ère catégorie.
- 38 ont choisi d’évoluer en 2èmecatégorie (contre 12 seulement en 2000), et
- 2 EMF en 3ème catégorie.
Voir Données chiffrées sur le secteur et Présentation des principaux acteurs pour en savoir plus.
A fin 2008, le secteur de la microfinance compte 983 guichets contre 129 pour le secteur bancaire, ce qui contribue à accroître fortement le niveau de densité bancaire au Cameroun. Les relations d'affaire entre le secteur bancaire et celui de la microfinance se développent de plus en plus et dépassent désormais le simple domaine de réception des dépôts et opérations d'encaissement de chèques, virements et de transferts. Les financements accordés par les banques aux EMF en 2008 ont atteint 3,2 milliards de FCFA.
Le secteur de la microfinance camerounais occupe une place prépondérante en zone CEMAC. En effet, il concentre 66% du nombre total des EMF, 65% du nombre total des guichets, 70% du total des membres/clients, 68% de l’encours des dépôts, et 78% de l’encours brut des crédits.
Les principaux produits offerts par les Etablissements de microfinance au Cameroun sont l’épargne, le crédit, les transferts rapides d’argent, les opérations bancaires telles que les encaissements de chèques, virement, etc. On note aussi un développement de produits accessoires comme la vente des produits d’assurance, le paiement de salaires, etc. Mais le produit qui connaît la plus forte croissance est le transfert rapide d’argent avec comme leader Expess Union. Le nombre d'opérations effectuées en 2008 s'élève à 1 057 350 pour une valeur de 293 milliards de CFA (dont 87% des opérations à l'intérieur du pays).
Les taux d’intérêt débiteur et créditeur dans le secteur de la microfinance ne sont pas réglementés et les institutions sont libres de les fixer. L’enquête de la COBAC (2008) révèle que la moyenne du taux d’intérêt débiteur est de 21% (en baisse par rapport à 2006), et que ce taux varie de 6% à 63% par an ; tandis que le taux d’intérêt créditeur moyen est de 4% (en hausse par rapport à 2006) et s’échelonne de 1% à 22% par an.
Malgré la forte densification et expansion territoriale des EMF au Cameroun (tous les Départements sont couverts par les EMF), on note cependant une inégale répartition des IMF sur le territoire national. En 2008, 52% des IMF fonctionnelles étaient implantées en zone urbaine contre 48% en zone rurale. Les implantations urbaines se retrouvent principalement à Douala (169 guichets) et à Yaoundé (155 guichets). Trois des dix provinces que compte le Cameroun, à savoir le Nord-Ouest, le Centre et le Littoral comptaient 60% des EMF fonctionnelles en 2002, les provinces du Sud-Ouest, de l’Ouest et de l’Extrême-Nord comprenaient 28,7% de l’ensemble des IMF, tandis que les provinces de l’Est, du Nord, du Sud et de l’Adamaoua ne concentraient que 11,3% des IMF. Ces dernières provinces ont toutefois les densités de population les plus faibles aussi. Cette répartition n'a pas beaucoup changée en 2008.
Lors de l’atelier de concertation sur la mise en œuvre de la politique nationale de microfinance au Cameroun (Kribi – Cameroun, 28-30 juin 2004), les acteurs du secteur ont dressé l’état des lieux, et ont fait des constats majeurs :
Haut de page(i) la répartition géographique des IMF sur le territoire national est inégale,
(ii) l’expansion de la collecte de l’épargne est remarquable, mais est accompagnée d’un faible coefficient de transformation de ces ressources en crédit,
(iii) les dépôts sont concentrés auprès d’un petit nombre d’IMF,
(iv) les ressources des IMF sont insuffisantes pour financer les besoins à court moyen et long terme de leur clientèle,
(v) l’accès des IMF à des financements extérieurs est fortement limité par le manque de mécanismes de garantie adaptés,
(vi) le manque de professionnalisme de certains acteurs,
(vii) la concertation entre les différents acteurs du secteur est faible,
(viii) les liens entre banques et IMF sont faibles,
(ix) l’insuffisance de ressources pour l’expansion en zones défavorisées,
(x) l’Etat joue un rôle encore insuffisant dans la promotion du secteur, du fait de l’insuffisance des moyens.

