Les années 90 vont également connaître de nombreuses innovations et diversification dans le secteur de la microfinance.
C’est ainsi que l’on va voir apparaître :
- des institutions développées de manière endogène comme les MC² (Mutuelles Communautaire de Croissance) développées avec l’assistance technique de l’ONG Appropriate Development for Africa Foundation (ADAF) et sous le parrainage de Afriland First Bank;
- les Caisses Villageoises d’Epargne et de Crédit Autogérées (CVECA) appuyées par l’ONG Microfinance et Développement (MIFED) à travers le projet de crédit rural décentralisé du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, la BICEC et deux institutions françaises : le Centre International pour le Développement et la Recherche (CIDR) et l’Agence Française de Développement (AFD);
- les Coopec exclusivement pour femmes, dont principalement : les Coopératives d’Epargne et de Crédit pour Promotrices (CEC Prom) avec l’appui de l’Agence Canadienne pour le Développement International (ACDI); et la Mutuelle Financière de Femmes Africaines (MUFFA) qui est appuyée par Afriland First Bank et l’ONG ADAF;
- les institutions qui n’offrent que du crédit, cas de ACEP Cameroun (concentré essentiellement dans les villes de Yaoundé et Douala) et de la Cameroon Gatsby Trust (CGT) ;
- de nombreux projets de développement ou agro-industriels avec un volet crédit. Cas de la Société de Développement du Coton (SODECOTON), South-West Développement Authority (SOWEDA), PREPAFEN, etc.
- les Caisses Villageoises d’Epargne et de Crédit Autogérées (CVECA) appuyées par l’ONG Microfinance et Développement (MIFED) à travers le projet de crédit rural décentralisé du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, la BICEC et deux institutions françaises : le Centre International pour le Développement et la Recherche (CIDR) et l’Agence Française de Développement (AFD);
L’entrée en vigueur de ce nouveau règlement va entraîner une recomposition du paysage de la microfinance au Cameroun, dans la mesure où il prévoit trois catégories d’institutions ; la première réservée aux Etablissements de Microfinance (EMF) qui ne traitent qu’avec leurs membres, la deuxième autorisée à traiter avec des tiers (devant obligatoirement être des sociétés anonymes), et la troisième constituée d’EMF qui n’offrent que le crédit, sans autorisation de mobilisation d’épargne. On va ainsi observer la transformation de plusieurs coopératives d’épargne et de crédit (essentiellement basées en zone urbaine) en sociétés anonymes, et qui vont par la suite solliciter et obtenir l’agrément d’exercer en deuxième catégorie.
Les dernières enquêtes de la COBAC (Commission Bancaire d’Afrique Centrale) de 2007 montrent que l’activité de microfinance est en pleine expansion au Cameroun, et s’accompagne de restructuration et de consolidation. C’est ainsi qu’en fin 2006, elle dénombre sur le territoire camerounais 490 EMF (en baisse par rapport aux 652 EMF recensées en 2000) mais avec 1 052 guichets contre 700 en 2000. Le nombre de membres/clients qu’en à lui est de 849 030 en forte progression par rapport aux 219 410 membres/clients de 2000.
Au sens de la réglementation CEMAC, on dénombre à fin 2006 six réseaux regroupant 252 EMF. Il s’agit du réseau CAMCCUL (177 EMF), des deux réseaux CVECA (41 EMF) et des trois réseaux Caisses Mutuelles d’Epargne et de Crédit –CMEC- (34 EMF). Il convient de signaler ici que les EMF dénommés MC2 évoluent en EMF indépendants. Parmi les autres EMF indépendants, on note que 35 ont choisi d’évoluer en 2èmecatégorie (contre 12 seulement en 2000). Fin 2006, près de 93% des EMF sont de 1ère catégorie, et les statistiques ne présentent pas d’EMF de 3ème catégorie agréés (la principale qui exerçait dans cette catégorie, à savoir ACEP, s’est transformée en EMF de 2ème catégorie).
Les actions d’assainissement du secteur de la microfinance au Cameroun ont entraîné un renforcement des fonds propres des EMF qui sont passés de 3 milliards de FCFA en 2000 à plus de 19 milliards de FCFA fin 2006. Les EMF les mieux capitalisés sont : les EMF du réseau CAMCCUL (3,16 milliards de FCFA), les MC2 (2,09 milliards de FCFA), COFINEST (1,09 milliards de FCFA), COMECI (956 millions de FCFA), et CCA (768 millions de FCFA).
Le total des dépôts collectés par les EMF à fin 2006 est de 162 milliards de FCFA (contre 38 milliards de FCFA en 2000). Les cinq EMF les plus importants (en encours d’épargne) sont : les EMF du réseau CAMCCUL (44 milliards de FCFA), COFINEST (17 milliards de FCFA), First Trust (11 milliards de FCFA), CCA (10 milliards de FCFA), et les MC2 (9,9 milliards de FCFA). S’agissant du total d’encours de crédit brut, il s’élève à 104 milliards de FCFA (contre 28 milliards de FCFA en 2000), et les 5 EMF les plus importants (encours de crédit) sont : les EMF du réseau CAMCCUL (29 milliards de FCFA), COFINEST (9 milliards de FCFA), CCA (7 milliards de FCFA), ACAP Cameroun (6 milliards de FCFA), et les MC2 (5,6 milliards de FCFA).
A fin 2006, l’encours total des dépôts collectés par les EMF au Cameroun représente 12% des dépôts collectés par le secteur bancaire (contre 6% en 2000), tandis que l’encours brut des crédits atteint 10,4% du secteur bancaire (contre 4,3% en 2000).
Le secteur de la microfinance camerounais occupe une place prépondérante en zone CEMAC. En effet, il concentre 67% du nombre total des EMF, 72% du nombre total des guichets, 70% du total des membres/clients, 69% de l’encours des dépôts, et 82% de l’encours brut des crédits.
Les principaux produits offerts par les Etablissements de microfinance au Cameroun sont l’épargne, le crédit, les transferts rapides d’argent, les opérations bancaires telles que les encaissements de chèques, virement, etc. On note aussi un développement de produits accessoires comme la vente des produits d’assurance, le paiement de salaires, etc. Mais le produit qui connaît la plus forte croissance est le transfert rapide d’argent avec des leaders comme Expess Union, COFINEST, First Trust, CCA, etc. Le volume mensuel des transferts de fonds opérés par les EMF se chiffre à 3 milliards de FCFA.
S’agissant des taux d’intérêt débiteur et créditeur dans le secteur de la microfinance, ceux-ci ne sont pas réglementés, et les institutions sont libres de les fixer. L’enquête de la COBAC (2007) révèle que les taux d’intérêt débiteurs varient de 6% à 78% par an, tandis que les taux d’intérêt créditeurs s’échelonnent de 0,3% à 16% par an.
Malgré la forte densification et expansion territoriale des EMF au Cameroun (tous les Départements sont couverts par les EMF), on note cependant une inégale répartition des IMF sur le territoire national. En 2002, 52% des IMF fonctionnelles étaient implantées en zone urbaine contre 48% en zone rurale. Trois des dix provinces que compte le Cameroun, à savoir le Nord-Ouest, le Centre et le Littoral comptaient 60% des IMF fonctionnelles, les provinces du Sud-Ouest, de l’Ouest et de l’Extrême-Nord comprenaient 28,7% de l’ensemble des IMF, tandis que les provinces de l’Est, du Nord, du Sud et de l’Adamaoua ne concentraient que 11,3% des IMF. Il convient cependant de signaler que ces dernières provinces ont les densités de population les plus faibles aussi.
Lors de l’atelier de concertation sur la mise en œuvre de la politique nationale de microfinance au Cameroun (Kribi – Cameroun, 28-30 juin 2004), les acteurs du secteur ont dressé l’état des lieux, et ont fait des constats majeurs : (i) la répartition géographique des IMF sur le territoire national est inégale, (ii) l’expansion de la collecte de l’épargne est remarquable, mais est accompagnée d’un faible coefficient de transformation de ces ressources en crédit, (iii) les dépôts sont concentrés auprès d’un petit nombre d’IMF, (iv) les ressources des IMF sont insuffisantes pour financer les besoins à court moyen et long terme de leur clientèle, (v) l’accès des IMF à des financements extérieurs est fortement limité par le manque de mécanismes de garantie adaptés, (vi) le manque de professionnalisme de certains acteurs, (vii) la concertation entre les différents acteurs du secteur est faible, (viii) les liens entre banques et IMF sont faibles, (ix) l’insuffisance de ressources pour l’expansion en zones défavorisées, (x) l’Etat joue un rôle encore insuffisant dans la promotion du secteur, du fait de l’insuffisance des moyens.
On observe au Cameroun, un intérêt croissant des banques classiques pour le secteur de la microfinance. C’est tout d’abord Afriland First Bank qui en 1992 se lance dans la promotion des MC2 et de la MUFFA, la BICEC qui engage un partenariat avec les CVECA (accent sur le refinancement) dès le milieu des années 90s, puis rentre dans le capital de ACEP Cameroun au moment de sa transformation en société anonyme, et le Réseau CamCCUL qui créé la Union Bank of Cameroon (UBC) en 1999. En 2006 la Société Générale des Banques du Cameroun (SGBC) va en collaboration avec des partenaires, dont la Société Nationale d’Investissement (SNI), créer un EMF (Advans). On note aussi la création au sein d’ECOBANK d’un Département de Microfinance qui développe des produits de microfinance pour sa clientèle qu’elle élargit vers des couches de populations exclues du secteur bancaire.

