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Importance et couverture de la microfinance

L’Union des Comores dispose d’une forte implantation de la microfinance à base exclusivement mutualiste. Deux réseaux de mutuelles d’épargne et de crédit, regroupées en unions : les trois Unions de Sanduks et l’Union des Meck représentent les seules Institutions Financières Décentralisées (IFD) de l'archipel. Chacune développe sa propre stratégie et sa propre politique.

Les Caisses SANDUK sont organisées aujourd’hui en trois réseaux régionaux indépendants, un par île, à savoir le réseau d’Anjouan (le plus important, 31 caisses), le réseau Mohéli (9 caisses) et le réseau Grande Comore (26 caisses). Sa principale cible d’implantation a été le milieu rural avec une stratégie de financement de projets agricoles de montants assez faibles.

L’idée a germé en 1990 et le réseau s’est créé en 1993 avec l’appui de l’AFD. Il s’est développé en trois phases :

  • une phase d’expérimentation, de 1993 à 1995, qui a vu la création de 10 caisses,
  • une phase d’extension et d’institutionnalisation, de 1996 à 1998, qui a conduit à l’implantation de 40 caisses supplémentaires et la constitution d’une structure centrale, l’Union nationale des Sanduks,
  • une phase de consolidation, de 1999 à aujourd’hui, qui a vu le renforcement du réseau avec 16 caisses supplémentaires mais également la scission du réseau en trois Unions indépendantes les unes des autres.
Le réseau des MECKs a été créé en 1995 à l’initiative du Gouvernement et du projet « Appui aux initiatives économiques de base », avec l’appui du FIDA. L’objectif était de mettre en place des structures de financement intermédiaires entre les caisses Sanduks et les autres établissements financiers classiques, en ciblant les grandes villes régionales et une clientèle à revenu moyen. 12 caisses autogérées ont été créées dont 7 en Grande Comore (1 caisse fermée entre-temps), 4 à Anjouan et 1 à Mohéli. Un organe central (Union des Mecks) a été installé en 2003 avec pour mission le contrôle des caisses, la gestion des excédents de ressources et le refinancement des caisses.

Taux de pénétration

Le tableau ci-après fait apparaître un taux de pénétration (Décembre 2006) très élevé : un compte pour 9,5 habitants et 1,5 comptes par ménages. En incluant la banque (BIC) et la Caisse d’épargne (SNPSF : Société Nationale des Postes et des Services Financiers), on obtient une couverture de 1 compte pour 5,2 habitants et de 1,2 comptes par ménage. On admet généralement que 15% des ménages disposent de 3 comptes dont 11.000 fonctionnaires qui perçoivent leurs salaires sur des comptes chèques postaux, et on arrive à un taux de pénétration de 87% des ménages restant.

Gde ComoreAnjouanMoheliEnsemble
Population estimée 2006300 000250 00050 000600 000
Nombre de ménages48 00040 0008 00096 000
Superficie Km²1 0254242111 660
Densité ménages/Km²47943858
Nombre de guichets
BIC11 2
SNPSF127221
Réseau MECK64111
Réseau SANDUK2631966
Total guichets454312100
Ménages/guichet1 067930667960
Km²/guichet23101817
Nombre comptes
BIC 20 200
SNPSF 31 000
Réseau MECK 36 800
Réseau SANDUK 26 600
Total comptes 114 600

Cette densité et cette croissance sont remarquables et montrent à quel point elles correspondaient à une véritable demande, sachant que le nombre de comptes des autres établissements financiers est resté stable.

Développement

Le développement des réseaux de microfinance a pourtant connu de multiples difficultés à l’image de l’instabilité politique et économique du pays et des crises sécessionnistes qui l’ont perturbé. L’AFD et le FIDA comme les autres bailleurs de fonds, ont été amenés à suspendre à diverses reprises leur appui, entraînant la suspension des subventions et le retrait des assistances techniques. Les Sanduks ont reçu une assistance initiale de l'IRAM et du GRET tandis que les Mecks ont reçu celle de DID. Suite aux difficultés de plusieurs caisses, les Mecks ont été un bref moment encadrées également par le GRET/IRAM. Actuellement, il n’y a plus d’assistance technique dans aucun des réseaux.

Effets de la croissance

Ce succès incontestable des IFD s’est traduit par un volume de dépôts considérable qui représente actuellement (2006) plus de 30% du total du système financier. Ce résultat a été obtenu en prenant des parts de marché à la seule banque commerciale dont la part est passée de 80% à 60%, particulièrement au cours des 5 dernières années, dans un contexte de stabilité de la masse monétaire et en respectant les taux de rémunération fixés par la Banque Centrale (3% sur épargne stable). Les réseaux ne bénéficient pas d’emprunts à des conditions concessionnelles.

En matière de crédit, la position de la microfinance est tout aussi importante avec une part de marché de 35% des crédits à l’économie. Toutefois, ce développement, sans doute trop rapide, a produit un niveau de créances en souffrance insoutenable qui atteint 40% du portefeuille total. Certaines caisses sont au-delà de 90% mais ne sont pas fermées en raison de la stabilité des dépôts et d’un faible taux de transformation (de 40 à 50% pour les Sanduks et de 29% pour les Mecks).

Tant en milieu rural (Sanduk) qu’en milieu urbain (Meck), 80% des crédits sont destinés à financer des petites activités commerciales ou des besoins sociaux. La faiblesse des crédits relatifs à la production s’explique notamment par la stagnation économique générale et le peu d’opportunités d’activités ou d’affaires.

Typologie des produits financiers

Les ressources sont classées en dépôt et épargne. Une 3ième catégorie est l’épargne « bloquée » qui sert de garantie partielle à la bonne fin d’un crédit. Il n’existe pas de produit associé à une destination particulière telle que logement, étude, scolarité, etc. bénéficiant de conditions différenciées et incitatives.

Il en est de même des crédits qui sont classés, dans le cas des Mecks, par type de clientèle bénéficiaire : fonctionnaires, salariés, commerçants, etc. et non par objet ou besoin de financement (hors crédits dits sociaux). Il est à noter que les Mecks, principalement la caisse de Moroni, pratiquent des prêts gagés sur de l’or en général sous forme de bijoux ou de napoléons sans se préoccuper de la destination des crédits octroyés. L’existence d’une garantie de cette qualité provoque un effet d’éviction d’autres formes de garanties et donc de ceux qui ne disposent pas d’or, c'est-à-dire les plus pauvres.

Compte tenu d’une inflation de l’ordre de 3 à 4%, les taux d’intérêt pratiqués de 14% l’an (maximum autorisé par la Banque Centrale, voir infra) sont économiquement élevés. Ils ne suffisent cependant pas à couvrir les charges de structure très importantes résultant de la densité des implantations et des charges de gestion inhérentes. L’équilibre des comptes d’exploitation ne paraît pas pouvoir être atteint hors subvention récurrente. A fortiori, ils ne permettent pas de dégager des résultats positifs qui, mis en réserve, amélioreraient les fonds propres disponibles et permettraient de se rapprocher de ratios prudentiels (solvabilité, division) raisonnables, aujourd’hui très en deçà des normes admises en matière bancaire et surtout de microfinance.

L’important impact des transferts de la diaspora

Elle s’explique aussi par l’impact des transferts de la diaspora comorienne très importante (comorien et personnes d’origine comorienne représente 50% de la population résidente). Au nombre de 200.000 en France métropolitaine, à titre individuel ou regroupés dans de très nombreuses associations plus ou moins formelles (basées sur l’appartenance à une communauté villageoise), les comoriens expatriés transfèrent chaque année l’équivalent de 18% du PIB, soit le budget de l’Etat et 50% de la balance des paiements en 2005.

Le phénomène touche principalement la Grande Comore (90%). L’essentiel est destiné au soutien du revenu et aux urgences des familles qui se sont souvent cotisées pour organiser le départ du migrant dans le cadre d’une véritable stratégie. Une autre partie importante est destinée au financement de cérémonies traditionnelles, principalement celles du "Grand Mariage" qui constitue un véritable ascenseur social pour l’individu mais aussi pour toute sa parenté. Une dernière partie enfin est consacrée à la construction d’habitations (difficile et lente faute de crédits long terme) et à des activités productives, malaisées à gérer de l’extérieur.

A côté de ce soutien à la consommation qui contribue à creuser le déficit de la balance commerciale, les associations de migrants se cotisent pour financer des investissements sociaux (dispensaires, écoles, adduction d’eau ou d’électricité, pistes rurales) demandés par les communautés de base qui en ont identifié le besoin et, ensuite, en assurent la réalisation.

Les conséquences perverses des transferts

A côté de cette substitution à l’Etat en matière d’infrastructures sociales, l’aide aux ménages génère un assistanat qui n’incite pas à la recherche dynamique d’une activité productive, génératrice de revenus et d’épargne pour pallier les urgences.

L’incidence sur l’épargne des ménages est en effet faible et affecte peu les dépôts de la microfinance. Western Union a un accord exclusif avec la SNPSF, établissement financier public qui ne développe pas une politique dynamique de collecte de l’épargne, et sert de canal à environ 25% des transferts ; 65% des transferts s’effectuent de la main à la main en billets par l’intermédiaire d’amis ou de membres de la famille. Le solde transite par le circuit bancaire. Dans une certaine mesure, cette disponibilité explique également que, en l’état, la demande de crédit soit satisfaite et reste modérée.

Gouvernance et administration

En matière de gouvernance, les réseaux sont organisés en mutuelles autonomes sans que la structure faîtière n’organise la solidarité financière entre elles. Les principes de gouvernance coopérative sont formellement respectés mais le poids des notables et des chefs religieux (Cadi) mine l’efficacité d’un véritable exercice démocratique de l’administration. La gratuité des mandats électifs semble également provoqué, après une douzaine d’années d’existence, une lassitude qui affecte la rigueur de la gestion et amène parfois des tensions entre élus et techniciens.

On reconnaît néanmoins une bonne efficacité aux élus en matière de recouvrement des crédits en souffrance. L’important portefeuille immobilisé ne serait pas principalement lié à des défaillances de leur part en la matière mais bien aux niveaux d’octrois hasardeux effectués au niveau des comités de crédit.

Données significatives de la microfinance

Les tableaux suivants montrent les éléments caractéristiques de la situation des réseaux (fin 2006) :

Réseaux SANDUKS

Gde ComoreAnjouan
Million FCMontant%Montant%
Dépôts711 2 500
Encours Crédit276 1 300
dont impayés117421058
Fonds propres10739n.d.
Nombre membres11 500 15 120
Nombre caisses26 31
Membres/caisse442 488
Dépôt moyen0.061826 0.165344

Réseau MECKS

Million FC MoroniAutres caissesEnsemble
Montant%Montant%Montant%
RESSOURCES
Epargne stable14242 329572 47131
Epargne libre3 440861 722425 16264
Epargne bloquée430112514556
Total4 0121004 0761008 088100
CREDITS
Crédits sains79665579521 37559
Créances douteuses436355264896241
Total1 2321001 1051002 337100

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