. Actuellement, il n’y a plus d’assistance technique dans aucun des réseaux.
Effets de la croissance
Ce succès incontestable des IFD s’est traduit par un volume de dépôts considérable qui représente actuellement (2006) plus de 30% du total du système financier. Ce résultat a été obtenu en prenant des parts de marché à la seule banque commerciale dont la part est passée de 80% à 60%, particulièrement au cours des 5 dernières années, dans un contexte de stabilité de la masse monétaire et en respectant les taux de rémunération fixés par la Banque Centrale (3% sur épargne stable). Les réseaux ne bénéficient pas d’emprunts à des conditions concessionnelles.
En matière de crédit, la position de la microfinance est tout aussi importante avec une part de marché de 35% des crédits à l’économie. Toutefois, ce développement, sans doute trop rapide, a produit un niveau de créances en souffrance insoutenable qui atteint 40% du portefeuille total. Certaines caisses sont au-delà de 90% mais ne sont pas fermées en raison de la stabilité des dépôts et d’un faible taux de transformation (de 40 à 50% pour les Sanduks et de 29% pour les Mecks).
Tant en milieu rural (Sanduk) qu’en milieu urbain (Meck), 80% des crédits sont destinés à financer des petites activités commerciales ou des besoins sociaux. La faiblesse des crédits relatifs à la production s’explique notamment par la stagnation économique générale et le peu d’opportunités d’activités ou d’affaires.
Typologie des produits financiers
Les ressources sont classées en dépôt et épargne. Une 3ième catégorie est l’épargne « bloquée » qui sert de garantie partielle à la bonne fin d’un crédit. Il n’existe pas de produit associé à une destination particulière telle que logement, étude, scolarité, etc. bénéficiant de conditions différenciées et incitatives.
Il en est de même des crédits qui sont classés, dans le cas des Mecks, par type de clientèle bénéficiaire : fonctionnaires, salariés, commerçants, etc. et non par objet ou besoin de financement (hors crédits dits sociaux). Il est à noter que les Mecks, principalement la caisse de Moroni, pratiquent des prêts gagés sur de l’or en général sous forme de bijoux ou de napoléons sans se préoccuper de la destination des crédits octroyés. L’existence d’une garantie de cette qualité provoque un effet d’éviction d’autres formes de garanties et donc de ceux qui ne disposent pas d’or, c'est-à-dire les plus pauvres.
Compte tenu d’une inflation de l’ordre de 3 à 4%, les taux d’intérêt pratiqués de 14% l’an (maximum autorisé par la Banque Centrale, voir infra) sont économiquement élevés. Ils ne suffisent cependant pas à couvrir les charges de structure très importantes résultant de la densité des implantations et des charges de gestion inhérentes. L’équilibre des comptes d’exploitation ne paraît pas pouvoir être atteint hors subvention récurrente. A fortiori, ils ne permettent pas de dégager des résultats positifs qui, mis en réserve, amélioreraient les fonds propres disponibles et permettraient de se rapprocher de ratios prudentiels (solvabilité, division) raisonnables, aujourd’hui très en deçà des normes admises en matière bancaire et surtout de microfinance.
L’important impact des transferts de la diaspora
Elle s’explique aussi par l’impact des transferts de la diaspora comorienne très importante (comorien et personnes d’origine comorienne représente 50% de la population résidente). Au nombre de 200.000 en France métropolitaine, à titre individuel ou regroupés dans de très nombreuses associations plus ou moins formelles (basées sur l’appartenance à une communauté villageoise), les comoriens expatriés transfèrent chaque année l’équivalent de 18% du PIB, soit le budget de l’Etat et 50% de la balance des paiements en 2005.
Le phénomène touche principalement la Grande Comore (90%). L’essentiel est destiné au soutien du revenu et aux urgences des familles qui se sont souvent cotisées pour organiser le départ du migrant dans le cadre d’une véritable stratégie. Une autre partie importante est destinée au financement de cérémonies traditionnelles, principalement celles du "Grand Mariage" qui constitue un véritable ascenseur social pour l’individu mais aussi pour toute sa parenté. Une dernière partie enfin est consacrée à la construction d’habitations (difficile et lente faute de crédits long terme) et à des activités productives, malaisées à gérer de l’extérieur.
A côté de ce soutien à la consommation qui contribue à creuser le déficit de la balance commerciale, les associations de migrants se cotisent pour financer des investissements sociaux (dispensaires, écoles, adduction d’eau ou d’électricité, pistes rurales) demandés par les communautés de base qui en ont identifié le besoin et, ensuite, en assurent la réalisation.
Les conséquences perverses des transferts
A côté de cette substitution à l’Etat en matière d’infrastructures sociales, l’aide aux ménages génère un assistanat qui n’incite pas à la recherche dynamique d’une activité productive, génératrice de revenus et d’épargne pour pallier les urgences.
L’incidence sur l’épargne des ménages est en effet faible et affecte peu les dépôts de la microfinance. Western Union a un accord exclusif avec la SNPSF, établissement financier public qui ne développe pas une politique dynamique de collecte de l’épargne, et sert de canal à environ 25% des transferts ; 65% des transferts s’effectuent de la main à la main en billets par l’intermédiaire d’amis ou de membres de la famille. Le solde transite par le circuit bancaire. Dans une certaine mesure, cette disponibilité explique également que, en l’état, la demande de crédit soit satisfaite et reste modérée.
Gouvernance et administration
En matière de gouvernance, les réseaux sont organisés en mutuelles autonomes sans que la structure faîtière n’organise la solidarité financière entre elles. Les principes de gouvernance coopérative sont formellement respectés mais le poids des notables et des chefs religieux (Cadi) mine l’efficacité d’un véritable exercice démocratique de l’administration. La gratuité des mandats électifs semble également provoqué, après une douzaine d’années d’existence, une lassitude qui affecte la rigueur de la gestion et amène parfois des tensions entre élus et techniciens.
On reconnaît néanmoins une bonne efficacité aux élus en matière de recouvrement des crédits en souffrance. L’important portefeuille immobilisé ne serait pas principalement lié à des défaillances de leur part en la matière mais bien aux niveaux d’octrois hasardeux effectués au niveau des comités de crédit.
Données significatives de la microfinance
Les tableaux suivants montrent les éléments caractéristiques de la situation des réseaux (fin 2006) :
Réseaux SANDUKS
| Gde Comore | Anjouan |
| Million FC | Montant | % | Montant | % |
| Dépôts | 711 | | 2 500 | |
| Encours Crédit | 276 | | 1 300 | |
| dont impayés | 117 | 42 | 105 | 8 |
| Fonds propres | 107 | 39 | n.d. | |
| Nombre membres | 11 500 | | 15 120 | |
| Nombre caisses | 26 | | 31 | |
| Membres/caisse | 442 | | 488 | |
| Dépôt moyen | 0.061826 | | 0.165344 | |
Réseau MECKS
| Million FC | Moroni | Autres caisses | Ensemble |
| Montant | % | Montant | % | Montant | % |
| Epargne stable | 142 | 4 | 2 329 | 57 | 2 471 | 31 |
| Epargne libre | 3 440 | 86 | 1 722 | 42 | 5 162 | 64 |
| Epargne bloquée | 430 | 11 | 25 | 1 | 455 | 6 |
| Total | 4 012 | 100 | 4 076 | 100 | 8 088 | 100 |
| Crédits sains | 796 | 65 | 579 | 52 | 1 375 | 59 |
| Créances douteuses | 436 | 35 | 526 | 48 | 962 | 41 |
| Total | 1 232 | 100 | 1 105 | 100 | 2 337 | 100 |
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