Le secteur de la microfinance a commencé à émerger aux Comores au début des années 90, sous l’impulsion du gouvernement et des partenaires au développement dans un souci de promotion du financement de projets à caractère productif au bénéfice des populations à faibles revenus particulièrement les petits artisans, les agriculteurs, les pêcheurs et les femmes.
Le paysage financier de l’Union des Comores se caractérise aujourd’hui par le poids important du secteur de la microfinance à base exclusivement mutualiste. Deux réseaux de mutuelles d’épargne et de crédit, regroupées en unions : les trois Unions de Sanduks et l’Union des Meck représentent les seules Institutions Financières Décentralisées (IFD) de l'archipel. Chacune développe sa propre stratégie et sa propre politique.
Les premières caisses SANDUK ont été créées en 1993 avec l’appui de l’AFD. Le réseau est constitué de plusieurs petites caisses implantées dans les campagnes, regroupées en trois Unions régionales réparties entre les îles et fonctionnant de manière autonome. Les SANDUK ciblent les petits projets agricoles de montant modeste.
Les Mutuelles d’Epargnes et de Crédit – Komor (MECK) ont été créées en 1995, avec l’appui du Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA). Le gouvernement a lancé l’initiative de créer des structures intermédiaires entre les « Sanduk » et les établissements financiers classiques, visant une clientèle à revenu moyen. Les MECK sont implantées essentiellement en ville dans les chefs lieux des régions dont elles assurent la couverture.
Au niveau de l’emploi, l’encours de crédit brut s’est établi à 9,2 milliards FC / 18,7 millions d’euro (+2,6 milliards FC / 5,2 millions d’euro par rapport à 2008), soit 28,2% du financement bancaire. Le taux de transformation s’élève à 56,1%. La qualité du portefeuille s’est améliorée avec un taux de créances en souffrance de 8% contre 10,1% en 2008, provisionné à hauteur de 46%. La trésorerie des deux réseaux s’est consolidée à 9,4 milliards FC / 19,1 millions d’euro, en hausse de 9% par rapport au 31 décembre 2008.
Taux de pénétration
En décembre 2009, les Comores affichent un taux de pénétration très élevé : un compte pour 5 habitants et 1,5 comptes par ménages. En incluant la banque (BIC) et la Caisse d’épargne (SNPSF : Société Nationale des Postes et des Services Financiers), on obtient une couverture de 1 compte pour 4,64 habitants et de 1,34 comptes par ménage. On admet généralement que 15% des ménages disposent de 3 comptes dont 11.000 fonctionnaires qui perçoivent leurs salaires sur des comptes chèques postaux, et on arrive à un taux de pénétration de plus de 90 % des ménages restant.
Source : consolidation de données effectuées par l'auteur*
Données significatives de la microfinance
Les tableaux suivants montrent les éléments caractéristiques de la situation des réseaux (fin 2009) :
Réseaux Sanduks
Source : consolidation de données effectuées par l'auteur*
Réseau MECK
Source : Union des Meck
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Développement et croissance
Les études réalisées sur les activités de microfinance aux Comores ont révélé le succès incontestable des institutions financières décentralisées. Par rapport à la taille du pays et de sa population, la microfinance a réalisé une grande avancée, démontrant l’existence d’une demande réelle et des besoins en services financiers de proximité. Elle constitue un outil efficace à la portée des ménages les plus vulnérables pour contribuer à l’amélioration de leur revenu et entamer un processus d’accumulation de l’épargne.
La part de la microfinance dans le secteur financier comorien est ainsi élevée. L’épargne collectée par les deux institutions de microfinance (SANDUK et MECK) représente le tiers de la masse monétaire scripturale et leur encours total de prêts représente plus du tiers des crédits à l’économie, même si la part des crédits au secteur productif et en particulier rural, est extrêmement faible.
Mais compte tenu de sa jeunesse relative, le secteur de la microfinance aux Comores fait face au grand défi de la gestion de sa propre croissance en vue de la satisfaction de la demande qui ne cesse de croître et de l’offre de services qui nécessite une plus grande diversification et une professionnalisation des prestations de services financiers.
Le tableau ci-après présente l’évolution des parts de marché du secteur financier comorien en termes de collecte de l’épargne et de distribution de crédit.
Source : Banque Centrale des Comores
Le tableau ci-après présente l’évolution de la collecte de l’épargne et de la distribution de crédit du secteur financier comorien.
Source : Banque Centrale des Comores
Typologie des produits financiers
Les produits d’épargne
Les deux réseaux de microfinance comoriens proposent pratiquement les mêmes produits d’épargne. Les ressources sont classées en deux grandes catégories : les dépôts à terme et les dépôts à vue (épargne libre et épargne stable). Une 3ième catégorie est l’épargne « nantie» qui sert de garantie partielle à la bonne fin d’un crédit. Le réseau Meck a lancé au cours de l’année 2010 des nouveaux produits, couplés épargne et crédit. Il s’agit notamment d’un plan épargne logement et un plan épargne étude qui sont lancés en même temps que le crédit habitat et le crédit étude.
Les produits de crédit
En ce qui concerne les crédits, on distingue les crédits classiques et les crédits conventionnés. Les crédits classiques sont ceux définis dans la politique de crédit de l’institution tandis que les crédits conventionnés sont ceux qui font l’objet d’accords spécifiques entre l’IMF et des partenaires (groupements professionnels).
L’important impact des transferts de la diaspora
Elle s’explique aussi par l’impact des transferts de la diaspora comorienne très importante (Comoriens et personnes d’origine comorienne représentent 50% de la population résidente). Au nombre de 200.000 en France métropolitaine, à titre individuel ou regroupés dans de très nombreuses associations plus ou moins formelles (basées sur l’appartenance à une communauté villageoise), les Comoriens expatriés transfèrent chaque année l’équivalent de 18% du PIB, soit le budget de l’Etat et 50% de la balance des paiements en 2005.
Le phénomène touche principalement la Grande Comore (90%). L’essentiel est destiné au soutien du revenu et aux urgences des familles qui se sont souvent cotisées pour organiser le départ du migrant dans le cadre d’une véritable stratégie. Une autre partie importante est destinée au financement de cérémonies traditionnelles, principalement celles du "Grand Mariage" qui constitue un véritable ascenseur social pour l’individu mais aussi pour toute sa parenté. Une dernière partie enfin est consacrée à la construction d’habitations (difficile et lente faute de crédits long terme) et à des activités productives, malaisées à gérer de l’extérieur.
A côté de ce soutien à la consommation qui contribue à creuser le déficit de la balance commerciale, les associations de migrants se cotisent pour financer des investissements sociaux (dispensaires, écoles, adduction d’eau ou d’électricité, pistes rurales) demandés par les communautés de base qui en ont identifié le besoin et, ensuite, en assurent la réalisation.
Les conséquences perverses des transferts
A côté de cette substitution à l’Etat en matière d’infrastructures sociales, l’aide aux ménages génère un assistanat qui n’incite pas à la recherche dynamique d’une activité productive, génératrice de revenus et d’épargne pour pallier les urgences. L’incidence sur l’épargne des ménages est en effet faible. Depuis novembre 2009, le réseau Meck a signé un accord de partenariat avec Money Gram deuxième opérateur mondial pour les transferts d’argent. En effet le réseau a obtenu l’agrément de la banque centrale des Comores pour se lancer dans ce nouveau créneau pour essayer de capter l’épargne de la diaspora dont la canalisation pourrait avoir une bonne incidence sur la mobilisation de l’épargne.
Le réseau cherche aujourd’hui à conclure d’autres partenariats avec des banques françaises afin de pouvoir proposer des produits d’épargne et des dépôts à terme. C’est une stratégie qui vise à augmenter la capacité de rétroversion de l’épargne en crédit afin de répondre.
La SNPSF, établissement financier public qui avait jusqu’alors un accord exclusif avec Western Union a commencé à développer depuis février 2009 une politique dynamique de collecte de l’épargne de la diaspora en ouvrant des guichets à Paris et à Marseille.
Les transferts de la diaspora comorienne de France sont estimés à plus de 80 millions d’euros par an et près des deux tiers des transferts s’effectuent dans un circuit informel de la main à la main en billets par l’intermédiaire d’amis ou de membres de la famille. Le solde transite par le circuit bancaire et les STA (sociétés de transferts d’argent).
Gouvernance et administration
En matière de gouvernance, les réseaux sont organisés en mutuelles autonomes sans que la structure faîtière n’organise la solidarité financière entre elles. Les principes de gouvernance coopérative sont formellement respectés mais le poids des notables et des chefs religieux (Cadi) mine l’efficacité d’un véritable exercice démocratique de l’administration. La gratuité des mandats électifs semble également provoquer, après une douzaine d’années d’existence, une lassitude qui affecte la rigueur de la gestion et amène parfois des tensions entre élus et techniciens.
On reconnaît néanmoins une bonne efficacité aux élus en matière de recouvrement des crédits en souffrance. L’important portefeuille immobilisé ne serait pas principalement lié à des défaillances de leur part en la matière mais bien aux niveaux d’octrois hasardeux effectués au niveau des comités de crédit.
Données significatives de la microfinance
Environnement concurrentiel
Le système financier aux Comores est constitué, outre de la Banque Centrale des Comores, par les établissements suivants :
*Sources utilisées pour consolider les données : Note de conjoncture de la Banque Centrale des Comores ; Rapports annuels de la BIC, BCC, BDC, UMECK, Union des Sanduk ; Document de projet du PAFIC
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Le paysage financier de l’Union des Comores se caractérise aujourd’hui par le poids important du secteur de la microfinance à base exclusivement mutualiste. Deux réseaux de mutuelles d’épargne et de crédit, regroupées en unions : les trois Unions de Sanduks et l’Union des Meck représentent les seules Institutions Financières Décentralisées (IFD) de l'archipel. Chacune développe sa propre stratégie et sa propre politique.
Les premières caisses SANDUK ont été créées en 1993 avec l’appui de l’AFD. Le réseau est constitué de plusieurs petites caisses implantées dans les campagnes, regroupées en trois Unions régionales réparties entre les îles et fonctionnant de manière autonome. Les SANDUK ciblent les petits projets agricoles de montant modeste.
Les Mutuelles d’Epargnes et de Crédit – Komor (MECK) ont été créées en 1995, avec l’appui du Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA). Le gouvernement a lancé l’initiative de créer des structures intermédiaires entre les « Sanduk » et les établissements financiers classiques, visant une clientèle à revenu moyen. Les MECK sont implantées essentiellement en ville dans les chefs lieux des régions dont elles assurent la couverture.
Importance de l’activité
Au niveau de l’emploi, l’encours de crédit brut s’est établi à 9,2 milliards FC / 18,7 millions d’euro (+2,6 milliards FC / 5,2 millions d’euro par rapport à 2008), soit 28,2% du financement bancaire. Le taux de transformation s’élève à 56,1%. La qualité du portefeuille s’est améliorée avec un taux de créances en souffrance de 8% contre 10,1% en 2008, provisionné à hauteur de 46%. La trésorerie des deux réseaux s’est consolidée à 9,4 milliards FC / 19,1 millions d’euro, en hausse de 9% par rapport au 31 décembre 2008.
Taux de pénétration
En décembre 2009, les Comores affichent un taux de pénétration très élevé : un compte pour 5 habitants et 1,5 comptes par ménages. En incluant la banque (BIC) et la Caisse d’épargne (SNPSF : Société Nationale des Postes et des Services Financiers), on obtient une couverture de 1 compte pour 4,64 habitants et de 1,34 comptes par ménage. On admet généralement que 15% des ménages disposent de 3 comptes dont 11.000 fonctionnaires qui perçoivent leurs salaires sur des comptes chèques postaux, et on arrive à un taux de pénétration de plus de 90 % des ménages restant.
| Gde Comore |
Anjouan | Mohéli | Ensemble | Clients | |
| Population (2009) | 365 000 | 305 000 | 60 000 | 730 000 | |
| Nombre de ménages | 58 400 | 48 800 | 9600 | 116 800 | |
| Superficie (km2) | 1025 | 424 | 211 | 1660 | |
| Densité ménages | 57 | 115 | 45 | 70 | |
| Nombre de guichets | 54 | 47 | 12 | 113 | |
| BDC | 1 | 1 | 0 | 2 | 2000 |
| BIC | 1 | 1 | 0 | 2 | 18000 |
| BFC | 1 | 1 | 0 | 2 | 2000 |
| EXIM BANK | 1 | 1 | 0 | 2 | 6000 |
| MECK | 8 | 4 | 1 | 13 | 54000 |
| SANDUK | 30 | 32 | 9 | 71 | ND |
| SNPSF | 12 | 7 | 2 | 21 | 35000 |
| 157 300 | |||||
| Ménage/ guichet | 1081 | 1038 | 800 | 1034 | |
| Guichet/ km2 | 19 | 9 | 18 | 15 |
Données significatives de la microfinance
Les tableaux suivants montrent les éléments caractéristiques de la situation des réseaux (fin 2009) :
Réseaux Sanduks
| SANDUK Anjouan (FC) | 2008 | 2009 |
| Collecte de l'épargne | 3 967 964 405 | 4 819 561 032 |
| Crédits à l'économie | 2 081 477 398 | 2 968 220 339 |
| Nombre d'adhérents | 38 000 | 40 300 |
| Nombre de caisses | 31 | 32 |
Réseau MECK
| Désignation (en millions de FC) |
2007 | 2008 | 2009 |
| Crédits nets à la clientèle | 3 051 000 000 | 4 185 000 000 | 6 036 000 000 |
| Crédits sains | 2 490 000 000 | 3 698 000 000 | 5 499 000 000 |
| Comptes douteux | 561 000 000 | 487 000 000 | 537 000 000 |
| Dépôts de la clientèle | 9 531 000 000 | 10 365 000 000 | 11 636 000 000 |
| Comptes à vue | 7 540 000 000 | 7 068 000 000 | 6 757 000 000 |
| Comptes d'épargne | 1 093 000 000 | 2 080 000 000 | 3 120 000 000 |
| Comptes bloqués et à termes | 898 000 000 | 1 217 000 000 | 1 758 000 000 |
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Développement et croissance
Les études réalisées sur les activités de microfinance aux Comores ont révélé le succès incontestable des institutions financières décentralisées. Par rapport à la taille du pays et de sa population, la microfinance a réalisé une grande avancée, démontrant l’existence d’une demande réelle et des besoins en services financiers de proximité. Elle constitue un outil efficace à la portée des ménages les plus vulnérables pour contribuer à l’amélioration de leur revenu et entamer un processus d’accumulation de l’épargne.
La part de la microfinance dans le secteur financier comorien est ainsi élevée. L’épargne collectée par les deux institutions de microfinance (SANDUK et MECK) représente le tiers de la masse monétaire scripturale et leur encours total de prêts représente plus du tiers des crédits à l’économie, même si la part des crédits au secteur productif et en particulier rural, est extrêmement faible.
Mais compte tenu de sa jeunesse relative, le secteur de la microfinance aux Comores fait face au grand défi de la gestion de sa propre croissance en vue de la satisfaction de la demande qui ne cesse de croître et de l’offre de services qui nécessite une plus grande diversification et une professionnalisation des prestations de services financiers.
Le tableau ci-après présente l’évolution des parts de marché du secteur financier comorien en termes de collecte de l’épargne et de distribution de crédit.
| Collecte de l'épargne (%) |
Crédits à l'économie (%) | ||||
| 2007 | 2008 | 2009 | 2008 | 2009 | |
| BDC | 0,18 | 0,84 | 4,05 | 6,72 | |
| BIC | 46,06 | 37,34 | 33,69 | 40,57 | 34,03 |
| BFC | 4,68 | 8,73 | |||
| EXIM BANK | 0,14 | 4,03 | 8 | 4,41 | 7,53 |
| MECK | 29,76 | 26,97 | 25,97 | 18,17 | 18,88 |
| SANDUK ANJOUAN | 10,21 | 10,29 | 10,79 | 8,99 | 9,34 |
| SNPSF | 13,84 | 21,19 | 16,02 | 23,84 | 15,37 |
Le tableau ci-après présente l’évolution de la collecte de l’épargne et de la distribution de crédit du secteur financier comorien.
| Collecte de l'épargne (FC) |
Crédits à l'économie (FC) |
|||
| 2008 | 2009 | 2008 | 2009 | |
| BDC | 69 410 456 | 375 202 156 | 937 706 725 | 2 135 593 220 |
| BIC | 14 398 813 496 | 15 048 286 484 | 9 393 274 531 | 10 814 618 644 |
| BFC | 0 | 2 090 412 014 | 0 | 2 583 686 441 |
| EXIM BANK | 1 554 022 989 | 3 573 353 870 | 1 021 058 434 | 2 393 008 475 |
| MECK | 10 400 000 000 | 11 600 000 000 | 4 200 000 000 | 6 000 000 000 |
| SANDUK ANJOUAN | 3 967 964 405 | 4 819 561 032 | 2 081 477 398 | 2 968 220 339 |
| SNPSF | 8 171 153 133 | 7 155 641 124 | 5 519 735 391 | 4 884 533 898 |
| Total | 38 561 364 479 | 44 662 456 681 | 23 153 252 481 | 31 779 661 017 |
Typologie des produits financiers
Les produits d’épargne
Les deux réseaux de microfinance comoriens proposent pratiquement les mêmes produits d’épargne. Les ressources sont classées en deux grandes catégories : les dépôts à terme et les dépôts à vue (épargne libre et épargne stable). Une 3ième catégorie est l’épargne « nantie» qui sert de garantie partielle à la bonne fin d’un crédit. Le réseau Meck a lancé au cours de l’année 2010 des nouveaux produits, couplés épargne et crédit. Il s’agit notamment d’un plan épargne logement et un plan épargne étude qui sont lancés en même temps que le crédit habitat et le crédit étude.
Les produits de crédit
En ce qui concerne les crédits, on distingue les crédits classiques et les crédits conventionnés. Les crédits classiques sont ceux définis dans la politique de crédit de l’institution tandis que les crédits conventionnés sont ceux qui font l’objet d’accords spécifiques entre l’IMF et des partenaires (groupements professionnels).
L’important impact des transferts de la diaspora
Elle s’explique aussi par l’impact des transferts de la diaspora comorienne très importante (Comoriens et personnes d’origine comorienne représentent 50% de la population résidente). Au nombre de 200.000 en France métropolitaine, à titre individuel ou regroupés dans de très nombreuses associations plus ou moins formelles (basées sur l’appartenance à une communauté villageoise), les Comoriens expatriés transfèrent chaque année l’équivalent de 18% du PIB, soit le budget de l’Etat et 50% de la balance des paiements en 2005.
Le phénomène touche principalement la Grande Comore (90%). L’essentiel est destiné au soutien du revenu et aux urgences des familles qui se sont souvent cotisées pour organiser le départ du migrant dans le cadre d’une véritable stratégie. Une autre partie importante est destinée au financement de cérémonies traditionnelles, principalement celles du "Grand Mariage" qui constitue un véritable ascenseur social pour l’individu mais aussi pour toute sa parenté. Une dernière partie enfin est consacrée à la construction d’habitations (difficile et lente faute de crédits long terme) et à des activités productives, malaisées à gérer de l’extérieur.
A côté de ce soutien à la consommation qui contribue à creuser le déficit de la balance commerciale, les associations de migrants se cotisent pour financer des investissements sociaux (dispensaires, écoles, adduction d’eau ou d’électricité, pistes rurales) demandés par les communautés de base qui en ont identifié le besoin et, ensuite, en assurent la réalisation.
Les conséquences perverses des transferts
A côté de cette substitution à l’Etat en matière d’infrastructures sociales, l’aide aux ménages génère un assistanat qui n’incite pas à la recherche dynamique d’une activité productive, génératrice de revenus et d’épargne pour pallier les urgences. L’incidence sur l’épargne des ménages est en effet faible. Depuis novembre 2009, le réseau Meck a signé un accord de partenariat avec Money Gram deuxième opérateur mondial pour les transferts d’argent. En effet le réseau a obtenu l’agrément de la banque centrale des Comores pour se lancer dans ce nouveau créneau pour essayer de capter l’épargne de la diaspora dont la canalisation pourrait avoir une bonne incidence sur la mobilisation de l’épargne.
Le réseau cherche aujourd’hui à conclure d’autres partenariats avec des banques françaises afin de pouvoir proposer des produits d’épargne et des dépôts à terme. C’est une stratégie qui vise à augmenter la capacité de rétroversion de l’épargne en crédit afin de répondre.
La SNPSF, établissement financier public qui avait jusqu’alors un accord exclusif avec Western Union a commencé à développer depuis février 2009 une politique dynamique de collecte de l’épargne de la diaspora en ouvrant des guichets à Paris et à Marseille.
Les transferts de la diaspora comorienne de France sont estimés à plus de 80 millions d’euros par an et près des deux tiers des transferts s’effectuent dans un circuit informel de la main à la main en billets par l’intermédiaire d’amis ou de membres de la famille. Le solde transite par le circuit bancaire et les STA (sociétés de transferts d’argent).
Gouvernance et administration
En matière de gouvernance, les réseaux sont organisés en mutuelles autonomes sans que la structure faîtière n’organise la solidarité financière entre elles. Les principes de gouvernance coopérative sont formellement respectés mais le poids des notables et des chefs religieux (Cadi) mine l’efficacité d’un véritable exercice démocratique de l’administration. La gratuité des mandats électifs semble également provoquer, après une douzaine d’années d’existence, une lassitude qui affecte la rigueur de la gestion et amène parfois des tensions entre élus et techniciens.
On reconnaît néanmoins une bonne efficacité aux élus en matière de recouvrement des crédits en souffrance. L’important portefeuille immobilisé ne serait pas principalement lié à des défaillances de leur part en la matière mais bien aux niveaux d’octrois hasardeux effectués au niveau des comités de crédit.
Données significatives de la microfinance
Environnement concurrentiel
Le système financier aux Comores est constitué, outre de la Banque Centrale des Comores, par les établissements suivants :
- la Banque pour l'Industrie et le Commerce (BIC), filiale de BNP PARIBAS, banque de dépôts dont les activités se concentrent sur le financement des transactions commerciales ;
- l’EXIMBANK (depuis avril 2008), filiale de la Banque EXIMBANK de Tanzanie, banque de dépôts également, dont les activités se concentrent sur le financement du petit et moyen secteur privé, en ciblant des services à la clientèle plus diversifiés comme les cartes bancaires et les transferts d’argent ;
- la Banque de Développement des Comores (BDC), établissement initialement spécialisé dans le financement de l'économie à moyen et long terme et dans le financement de la construction de l’habitat individuel, mais qui diversifie son offre depuis 2007 sur la mésofinance, les transactions commerciales et les opérations de court terme ;
- le réseau des MECK, qui rassemble une douzaine de mutuelles d’épargne et de crédit locales dans une Union nationale. Il compte environ 55 000 adhérents, dont la moitié à Moroni (source : Union des Meck). Les MECK rencontrent un grand succès dans la collecte de l’épargne, notamment du fait des ressources des émigrés. Au 30 juin 2008, le réseau mobilise plus de 9,3 milliards FC d’épargne (environ 19 M€), et son encours de prêts est d’environ 3,5 milliards FC (7 M€) ;
- le réseau des SANDUK, constitué de 65 caisses locales regroupées en Unions régionales. L’Union régionale de Grande Comore, en situation de quasi faillite en 2007, est en cours de redressement et d’assainissement après avoir connu une défaillance quasi généralisée (taux d’impayés considérables, détournements etc.) tandis que celle d’Anjouan, bien qu’ayant encore besoin d’appui pour se consolider et se professionnaliser, présente une situation équilibrée et très prometteuse au vu des résultats de l’exercice 2007. Le réseau d’Anjouan mobilise 3,6 milliards FC d’épargne (7,3 M€) et son encours de crédit s’élève à 1,8 milliard FC (3,6 M€).
*Sources utilisées pour consolider les données : Note de conjoncture de la Banque Centrale des Comores ; Rapports annuels de la BIC, BCC, BDC, UMECK, Union des Sanduk ; Document de projet du PAFIC
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