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Importance et couverture de la microfinance

Le développement de la microfinance en Haïti est lié à l’émergence du mouvement coopératif. Les opérations de microfinance furent lancées en 1946 avec la création de la première coopérative d’épargne et de crédit inspirée du modèle des caisses populaires Desjardins. Au cours des années 50, le nombre de caisses populaires évolua rapidement passant à 52 en 1953. L’intervention de l’État à travers des institutions spécialisées dans l’octroi de prêts aux petits exploitants a connu un échec important étant donné les risques inhérents à l’activité agricole et le peu de prise en compte de la spécificité d’un tel secteur. Il convient de mentionner aussi les problèmes de clientélisme favorisant les paysans aisés, qui ont été à la base de cet échec. Ce n’est qu’au début des années 80 que les premières institutions de microfinance (IMF) non-coopérative firent leur apparition.

Pendant la décennie 1990-2000, sous l’impulsion des ONG qui lancent des programmes de microcrédit, la microfinance non-coopérative se développe considérablement. Ce secteur connaît une forte croissance avec la libéralisation des taux d’intérêt par les autorités monétaires en 1995. Il convient toutefois de préciser que c’est dans un contexte de crises politiques et économiques qu’il a évolué. Douze (12) ans après la libéralisation des taux d’intérêt en 1995, l’industrie de la microfinance haïtienne continue de se développer comblant ainsi les carences du secteur bancaire qui se révèle incapable d’assurer le financement des micro et petites entreprises, en particulier de l’économie informelle. En Haïti, les micro entrepreneurs représentent 70% de la force de travail exerçant un emploi.

L’industrie de la microfinance constitue à l’heure actuelle l’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie haïtienne. L’offre de services financiers est diversifiée que ce soit en termes de méthodologie ou de statut juridique des opérateurs (coopérative, association, fondation, ONG, institution religieuse, société de droit privé, banque commerciale). On compte plus de 220 caisses populaires et 25 IMF de type non-coopératif ayant un volume d’activités significatif. Le secteur coopératif demeure dominant en termes d’offre de crédit. Le portefeuille de crédit des caisses populaires a été évalué à 1,2 milliard de gourdes (environ USD 32 millions) lors du recensement réalisé en 2005 par la Banque de la République d’Haïti (la Banque Centrale). Le nombre de membres s’élève à 337 126 dont 39% sont des femmes ; les épargnants sont au nombre de 603 917. Au 31 juillet 2005, le total des actifs des caisses populaires recensées était estimé à environ 2.3 milliards de gourdes (USD 62 millions) et le montant de leur avoir à 345 millions de gourdes environ (USD 9,3 millions).

Le nombre de clients actuels du secteur de la microfinance coopérative et non-coopérative ne dépasse pas 180 000. Aujourd’hui qu’ils soient clients de coopératives ou d’IMF, ils constituent plus de 70% du système financier.

Les 25 IMF représentent un portefeuille de crédit de 2,1 milliards de gourdes environ (soit USD56 millions). Avec l’apparition des banques commerciales, c’est la méthodologie de crédit direct individuel qui est la plus pratiquée dans le secteur non-coopératif. Les opérateurs utilisant cette approche offrent des prêts d’un montant plus élevé (28 931 gourdes soit USD 782) alors que ceux privilégiant les méthodologies de crédit solidaire font des crédits de l’ordre de 9 725 gourdes soit USD 262.

La présence des prestataires de services financiers sur le terrain est très concentrée à Port-au-Prince (la capitale) et dans ses environs. Cette situation n’est pas sans lien avec la part considérable de l’informel dans l’économie (plus de 70%), d’autant plus que le système bancaire traditionnel est très focalisé autour d’acteurs économiques impliqués dans le commerce dans la zone métropolitaine. Ainsi, la microfinance est le vecteur essentiel du financement en milieu rural. Le taux de pénétration de la population par les services de la microfinance reste encore très faible comparé à d’autres pays de la région, ceci même en milieu urbain où il ne dépasse pas 10%. On observe une nette tendance au financement des activités commerciales en particulier du petit commerce (plus de 90% des services financiers) au détriment des secteurs productifs. Les femmes constituent environ 70% de la clientèle par rapport à 55% en 2000.

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