|
Principe 4 : La tarification, les conditions et les modalités d’un produit seront déterminées de façon à ce que celui-ci soit abordable pour les clients, tout en permettant aux institutions financières d'être viables. Les prestataires s'efforceront de fournir des rendements réels positifs sur les dépôts.
Source : Smart Campaign |
Comment définir la tarification responsable ?
Le montant des taux d’intérêt pratiqués en microfinance est débattu depuis les débuts de la microfinance moderne (fin des années 1970). Toutefois, avec l’attention croissante portée par le public et les politiques sur le secteur, les critiques se sont intensifiées au cours des dernières années et le problème de la définition d’une tarification responsable a récemment attiré l’attention des médias : « Pour ceux qui souhaitent préserver l’aura de sainteté du secteur, le débat tourne autour de la question suivante : quel taux d’intérêt et quel niveau de profit sont acceptables, et qu’est-ce qui relève de l’exploitation pure et simple ? » (Microcrédits mais maxiprofits !).
La situation de certaines IMF soulevé une controverse sur l’acceptabilité du montant des taux d’intérêt et des niveaux de profits des institutions de microfinance et a amené certains observateurs à accuser la microfinance de pratiquer des prix abusifs. (Voir le cas de l’introduction en bourse de Compartamos). Ces situations, critiquées par des responsables politiques, ont entraîné dans certains pays l’adoption par les législateurs d’une réglementation imposant des plafonds aux taux d’intérêt dans le but de remédier à la défaillance apparente des mécanismes du marché.
Dans un article du New York Times, Muhammad Yunus a proposé l’introduction de lois visant la limitation des taux d'intérêt à 10 à 15 points supérieurs au coût du financement des institutions de microcrédit. L‘objectif de ce plafonnement serait d'éviter que les IMF cherchant à maximiser leurs profits ne tirent des bénéfices trop importants des prêts accordés aux plus pauvres.
Cette méthodologie, déjà présentée dans le livre Vers un nouveau capitalisme, Ed. J.-C. Lattès, 2008, définit trois catégories (« zones ») pour les taux d'intérêt du microcrédit :
- Verte : la différence entre le taux d’intérêt et le coût du financement est inférieure à 10%
- Jaune : la différence entre le taux d’intérêt et le coût du financement est inférieure à 15 %
- Rouge : la différence entre le taux d’intérêt et le coût du financement est supérieure à 15 %
Le MIX a publié une analyse de cette méthodologie sur la base de données de 2009 provenant de 1027 IMF touchant près de 88 millions d'emprunteurs. Les études des IMF sur le MIX identifient que, en 2008 et 2009 :
- 75% des IMF sont dans la zone « rouge », principalement du fait des coûts opérationnels (et non de profits insensés) ;
- aucune IMF ne bénéficie de profits « supranormaux », et même si on supprime tous bénéfices, la distribution des IMF selon les trois zones ne change pas foncièrement ;
- des IMF avec les montants moyens de crédit plus faibles (qui indiquent un ciblage des clients pauvres) se trouvent souvent dans la zone rouge ; et
- des institutions sans but lucratif ont plus de probabilité d’être dans la zone rouge que des institutions à but lucratif.
D’après les analyses du MIX, l’approche de M. Yunus si elle est appliquée de façon trop schématique ne reflète donc pas nécessairement la réalité. Il existe bien des IMF dans la zone rouge qui sont « poverty-focused – axées sur la pauvreté », et des acteurs privés dans la zone verte qui ne le sont pas (ou le sont moins). Ces réflexions peuvent cependant donner des ordres de grandeur pour des intérêts acceptables, et des objectifs sociaux et financiers à atteindre.
Le CGAP a publié une étude sur le niveau des taux d’intérêt pratiqués par les IMF (voir résumé en français.
Depuis juillet 2011, la tarification responsable est devenue un principe à part entière de la protection du client dans la Smart Campaign.
Comment assurer une tarification responsable ?
Les prestataires doivent fixer le prix de leurs produits et services d'une manière qui contribue à la santé financière à long terme de leurs clients, tout en répondant à leurs propres besoins de viabilité financière. Plutôt qu’une fin en soi, la viabilité financière constitue un élément indispensable pour permettre à l’institution de continuer à servir les clients. Par conséquent, les prestataires doivent s'efforcer de réaliser des gains d'efficacité permettant aux prix d'être aussi abordables que possible, et d'offrir le meilleur rapport qualité-prix. La transparence reste une condition préalable à la tarification responsable parce qu'elle permet aux clients de comprendre et de comparer les produits et les prestataires.
Assurer une tarification responsable implique les conditions suivantes :
- l'institution financière ne fait pas payer sa propre inefficacité aux clients (comme le démontre une comparaison avec les mesures de rentabilité et d’efficience de concurrents du même type) ;
- l’institution dispose d'une procédure interne de tarification claire pour chaque produit, qui tient compte du prix du produit, de la capacité du client à y souscrire, du bénéfice attendu par l’institution, ainsi que tout objectif que le produit devra réaliser ;
- le taux de rentabilité de l'institution est raisonnable pour lui permettre de continuer d'opérer et de croître, tout en permettant au client d'en faire de même ;
- les pénalités de remboursement anticipé ou les frais de fermeture de compte et autres pénalités ne sont pas excessifs. Par exemple, ils ne sont pas de nature à dissuader le client de choisir ce produit.
Les conditions garantissant des performances financières responsables ont ces dernières années été au centre des discussions au niveau secteur, notamment dans le cadre des réflexions sur les performances sociales. Les acteurs présents lors de la réunion annuelle de la Social Performance Task Force 2011 se sont penchés sur l’élaboration de Standards Universels destinés à tirer les leçons des récentes crises.
Pour en savoir plus
|
Manuels et outils
« Principe 2- Proposer une tarification transparente et responsable », série Webinaires sur les Principes de Protection des Clients, Smart Campaign, 2009Module de formation de la Smart Campaign sur Powerpoint |
Tarification responsable
- Tarification Responsable: L’État de la Pratique, document de travail de la Smart Campaign, juillet 2010
Niveau des taux d’intérêt
- Microcrédits mais maxiprofits !, N. MacFarquhar. The New York Times. 22 Avril 2010.
- Les taux d’intérêt du microcrédit sont-ils excessifs?, CGAP Brief, Fév 2010
- Les taux d’intérêt des microcrédits sont-ils abusifs ? Le Portail, d’après l’Etude Spéciale n°15 du CGAP, Coup de projecteur, août 2009
- Microcrédit : comment faire baisser des taux d’intérêt trop élevés, Boyé, S. & Hajdenberg, J. & Cheylan, M., 2007
- Introduction en bourse de l'IMF Compartamos (BIM), Frédéric PONSOT, 3 juillet 2007
Concurrence et taux d’intérêt des Microcrédits, Porteous, D., 2006
- Pour des références plus complètes, sélection de la bibliothèque du Portail sur le thème « Taux d’intérêt et tarification » : cliquer ici.
Plafonnement des taux d’intérêt
-
Études de cas: plafonnement des taux d’intérêt dans les pays de l’UEMOA, MFTransparency, mars 2011
- Des attentes irréalistes qui mettent en péril le secteur, Gonzalez, A. Mix, Février 2011
- Sacrificing Microcredit for Megaprofits, Muhammad Yunus, The New York Times, 14 Janvier 2011.
- Responsible Financial Performance: Growth and Profits, Gonzalez, A. & Gaul, S, 2011
Cette étude dresse les tendances du secteur en termes de croissance et profits des institutions de microfinance, et fournit des éléments de définition d’une performance financière responsable.
- Le plafonnement des taux d’intérêt en microfinance : qu’en est-il à présent ?, Etude Spéciale n°9, sept 2004
- L’impact du Plafonnement des Taux d’Intérêt sur la Microfinance, Note sur la microfinance n°18, sept 2004




