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Importance et couverture de la microfinance

On peut affirmer que l’introduction de la microfinance est relativement récente en Tunisie : la création de ses deux principaux acteurs actuels, la Banque Tunisienne de Solidarité et Enda inter-arabe est en effet postérieure à 1995.

Quelques expériences antérieures de microfinancement peuvent être citées, notamment dans le secteur agricole.

L’expérience coopérative, entre 1962 et 1968, donne lieu à l’apparition des Caisses d’épargne et de crédit (CEC) ayant pour mission principale le financement des coopératives principalement agricoles. Les CEC ont pour objectifs la collecte de l’épargne individuelle et l'octroi de prêts aux membres des coopératives. L'expérience connaît des prémices de réussite, rapidement étouffées par les conditions climatiques difficiles, par la mauvaise gestion et par l'absence d'un fonds de garantie pour soutenir les caisses en période de sinistre.

Au début des années 1970, un autre système de financement des microprojets agricoles est instauré : les Sociétés de cautionnement mutuel (SCM). Les SCM n'accordent pas de prêts mais cautionnent les adhérents auprès de l'établissement de crédit pour l'obtention de fonds. Elles s'engagent à couvrir 25% des prêts contractés.

Quelques dispositifs de création et de soutien aux microentreprises sont également mis en place pour faciliter le financement de petits projets. Un important dispositif de lutte contre la pauvreté est institué en 1993 : le Fonds national de solidarité (FNS).

Par ailleurs, quelques ONG (APPEL, ASAD, FTDC) travaillant sur de petits projets de développement rural gèrent de petits fonds de microcrédit, mobilisés dans le cadre de partenariats avec des ONG étrangères. Quoique non réglementaires, ces activités sont tolérées du fait de leur caractère pilote.

En 1997, la Banque tunisienne de solidarité (BTS) est créée pour reprendre une partie des attributions du FNS : le financement des microprojets.

La création de la BTS va changer ce paysage institutionnel. Société anonyme dotée du statut de Banque de dépôt, elle a pour objet de faciliter l’accès au crédit des petits promoteurs aux moyens limités ne disposant pas de garantie bancaire. En 2000, son capital était détenu à 54% par l’Etat.

Elle dispose d’une agence régionale par gouvernorat, et finance aussi bien l’agriculture que les autres secteurs économiques. Son intervention se fait à travers 2 dispositifs :
(i)      prêts directs de montants situés entre 4 et 50 000 DT (et 80 000 DT pour les diplômés du supérieur)
(ii)     prêts via un réseau d’associations locales de microcrédit.
Les associations locales de microcrédit (AMC) liées à la BTS ont été créées en majorité à l’initiative des autorités locales sur instructions gouvernementales. La loi bancaire de 1960 a été modifiée en 1999 pour permettre à ces associations de gérer des fonds de microcrédit après autorisation du ministère des Finances.

Ces AMC ont pour activité exclusive (ou majoritaire pour les quelques ONG créées avant la BTS) la gestion du microcrédit sur des fonds BTS rétrocédés par convention et sur la base de programmes annuels. Plus de 271 associations sont actives en 2008, et pratiquement tous les sièges de délégations en sont pourvus. Les prêts sont plafonnés à 4 000 DT et la part des populations rurales est de l’ordre de 55% toutes activités confondues, avec une place importante des prêts agricoles (41%).

Ce mécanisme BTS / AMC a largement « comblé le vide » laissé par le système bancaire classique au niveau des petits exploitants agricoles et des populations rurales défavorisées en général. Ce sont les AMC qui ont aujourd’hui le meilleur taux de pénétration (en moyenne près d’un ménage sur 10).

Enda inter-arabe, ONG Internationale à but non-lucratif, est née en 1993 dans la mouvance d’Enda Tiers Monde. Elle débute son activité de microcrédit en 1995. Cette activité sera développée avec les contributions de deux bailleurs de fonds (AECI, UE). En 2000, Enda décide de s’orienter exclusivement sur l’appui aux microentrepreneurs, au travers essentiellement de services financiers (microcrédit) et de services non-financiers en accompagnement.

En 2003, le programme de microcrédit atteint l’autosuffisance ; Enda est régie par la loi 93-80 du 2 juillet 1993 relative à l’installation des ONG en Tunisie.

En mai 2005, Enda obtient du ministère des Finances l’autorisation d’octroyer des microcrédits dans le cadre de la loi 99-67 du 15 juillet 1999 relative aux microcrédits octroyés par les Associations, avec une dérogation spéciale par rapport aux normes de la BTS & des AMC. En juin 2005, Enda obtient de la Banque Centrale de Tunisie le statut de « résident » qui lui donne l’accès aux prêts commerciaux des Banques Tunisiennes.

De 1995 à 2007, Enda accorde 300 000 prêts à 100 000 microentrepreneurs, pour un montant total de 150 millions DT.

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